TROISIÈME
CIRCULAIRE
DU
PRÉSIDENT DE LA COMMISSION LITURGIQUE DE L'ORDRE CISTERCIEN
AUX
MONASTÈRES
POUR
LES TEMPS DU CARÊME ET DE PÂQUES DE L'AN 2004
PAX
Voici briller un temps de grâce :
Dieu a voulu nous le donner
Pour guérir le monde malade ;
En lui prescrivant l'abstinence.
(Hymne Nunc tempus acceptabile du Xème siècle )
Chères Sœurs,
Chers Frères,
Nous entrons de nouveau dans les jours saints qui nous
conduisent au centre, à la source et au point culminant de toute l'année
liturgique et de la vie chrétienne : le Mystère Pascal de Jésus-Christ.
Dans le document Paschalis Sollemnitatis [=PS] sur la célébration de Pâques
et sa préparation, cela est très bien exprimé : De même que le
dimanche constitue le commencement et le sommet de la semaine, avec toujours une
note pascale, de même le Triduum pascal de la Passion et de la Résurrection du
Seigneur brille-t-il comme le sommet de toute l'année liturgique; préparé par
le temps du Carême, il se prolonge dans la joie durant cinquante jours. (PS
2).
"Pascha
Mysterium" : c'est le titre connu d'un concept clé de la Constitution sur
la Liturgie, Sacrosanctum Concilium [=SC], dont l’Eglise a célébré
le jubilé des 40 ans, le 4 décembre 2003. Ce concept Mysterium Paschale qui a sa source chez les Pères de l’Eglise et
a acquis une nouvelle importance théologique par la "Théologie des Mystères"
de Dom Odo CASEL (+1948), bénédictin de Maria Laach, est une synthèse de la bienheureuse passion, de la résurrection du séjour
des morts et de la glorieuse ascension de notre Seigneur
Jésus-Christ
(v. SC 5). C'est le noyau central de l’Évangile et par cela nécessairement
le cœur de la célébration de notre foi chrétienne.
Devant la place centrale du Mystère Pascal dans l’année
liturgique, on peut comprendre que l’église ait commencé dès le IVeme
siècle à préparer la "Fête des Fêtes", Pâques, par un temps préparatoire
de quarante jours (le Carême), en tirant ce chiffre 40 de la Bible, plus spécialement
à travers les 40 jours de jeûne de Jésus au désert (cf.. Mc., 1,13 ; Mt.,
4,2 ; Lc., 4,1). Selon la tradition de l’église, le Carême
(Quadragesima) a une double mission et le Concile Vatican II y fait clairement référence :
Le double caractère du temps du Carême, à savoir que, surtout par la commémoration
ou la préparation du baptême et par la pénitence, il invite plus instamment
les fidèles à écouter la parole de Dieu et à vaquer à la prière, et les
dispose ainsi à célébrer te mystère pascal, ce double caractère, aussi bien
dans la liturgie que dans la catéchèse liturgique, sera mis plus pleinement en
lumière (SC 109). Pénitence, conversion, metanoia et baptême (son
souvenir et sa préparation) sont pour cela aussi deux guides importants et des
thèmes de la liturgie et des textes bibliques de ce temps de préparation à Pâques.
Ils apparaissent surtout dans le nouvel ordre des péricopes qui repose sur la
valeur de la pratique du baptême chrétien et de la pénitence chez les
premiers chrétiens. Depuis la dernière réforme liturgique nous avons
maintenant pour chaque jour du temps du carême et du temps pascal des péricopes
bibliques propres, les lectures étant choisies en correspondance avec l’évangile.
Les textes employés sont exclusivement tirés de l’Ancien testament, ce qui
trouve sa correspondance en temps pascal durant lequel on prend uniquement des
lectures du Nouveau testament. À partir du lundi de la quatrième semaine du
Carême on lit chaque jour, en considération de la fête de Pâques qui
approche, un passage choisi des chapitres 4 à 11 de l’Évangile selon Saint
Jean. Pour le reste, la lecture de Paschalis Sollemnitatis est recommandée.
La pratique pastorale conseille aux messes quotidiennes des féries de Carême,
une courte homélie (cf. P.S. n° 13), dans laquelle il est opportun de mettre
l'accent sur cette relation entre les lectures.
Diverses images expressives indiquent comment il faut
comprendre les quarante jours du Carême dans leur ensemble : chemin,
traversée du désert ou sortie vers la pâque. "Printemps de l’année de
liturgique", et "Exercices de toute l’Église" etc. Une fois,
le liturgiste Theodor Schnitzler (+1982) a comparé le temps des quarante jours
avec les basiliques antiques. Le Mercredi des Cendres est la porte d'entrée,
les cinq dimanches et semaines correspondent à la nef de l'Eglise. Le Dimanche
des Rameaux, nous entrons dans le chœur, et pendant les trois jours de Pâques
nous sommes introduits dans le Saint des saints, c'est à dire dans la communion
avec l’autel.
Dans ma circulaire précédente (n.2) je me suis concentré
avant tout sur le Carême comme temps de préparation et de pénitence et j’ai
rappelé quelques règles liturgiques de base dont j'aimerai encore parler brièvement
pour en faire ressortir leur importance :
1.
Les textes liturgiques propres du Carême ont la priorité sur les autres.
En outre j’avais attiré l’attention sur la tradition
monastique pleine de sens de distribuer des livres pour le Carême, comme le prévoit
la règle de St. Benoît au début du Carême (RB 48,15) et comme l’a mis en
pratique la tradition de notre Ordre dès le début.
Aussi, dans cette circulaire, j'aimerais dire quelque
chose sur la Célébration de la Semaine Sainte et du Triduum pascal
(mais sans la Nuit Pascale ni le jour de Pâques, pour que la lettre ne soit pas
trop longue !). On le trouvera également dans le document publié par la Congrégation du Culte divin Paschalis
Sollemnitatis. Sur la célébration de Pâques et sa préparation, du 16
janvier 1988. Ce document contient de précieuses indications théologiques et
pratiques. En ce qui concerne la liturgie de l’Ordre pour ces jours qui sont
les plus importants de l’année liturgique, il est préférable d'utiliser les
livres de la liturgie romaine ou au moins de s’en inspirer pour voir quels éléments
de notre ancienne liturgie peuvent être intégrés, surtout lorsqu'il s’agit
des célébrations auxquelles participent des fidèles et des hôtes. Chaque
monastère est dans une situation différente. Mais je veux signaler que le Rituale
Cisterciense (Bernardus Verlag Langwaden 1998), p. 44 – 84, décrit la célébration
du dimanche des Rameaux et du Triduum pascal reposant sur notre tradition propre,
comme telle elle a été approuvée par la Congrégation du Culte divin en
1973/1975 pour les Cisterciens de la Stricte Observance.
Étant donné que dans notre Ordre il y a de plus en plus
de communautés petites et vieillissantes, je me demande si ces communautés ne
pourraient pas s'interroger sur l'utilité de ce qui est écrit au n°43 de Paschalis
Sollemnitatis, c'est à dire : Il est bon que les
petites communautés religieuses … participent aux célébrations du Triduum
pascal dans une autre église importante.
I.
La Semaine Sainte et LE TRIDUUM PASCAL
Pendant la Semaine Sainte ou Grande Semaine, en allemand
« Karwoche » (du vieux mot allemand Kara : tristesse, deuil), l’Église
célèbre les mystères du salut, que le Christ a accomplis pendant les derniers
jours de sa vie, à partir de son entrée messianique à Jérusalem (PS 27).
1. Dimanche des Rameaux (Dimanche
de la Passion)
Le Dimanche des Rameaux dont la désignation officielle
est Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur ("Dominica in
Palmis de Passione Domini") est la porte d'entrée dans la Semaine
Sainte et il lie depuis les temps les plus anciens la célébration anticipée
du réel triomphe du Christ (première partie) à l'annonce de sa passion (deuxième
partie) (PS 28). Le Dimanche de la Passion au sens propre n’est plus le cinquième
dimanche du Carême, mais le Dimanche des Rameaux ! Sa liturgie commence
par la bénédiction des rameaux et la procession.
a) Célébration de l’entrée du Christ à Jérusalem
Pour commémorer l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem,
le Missel Romain prévoit trois formes :
Première forme : La Procession.
Le très ancien principe d'une véritable procession est
qu'elle débute à un endroit différent de l’endroit où l’on célèbrera
ensuite l'Eucharistie. C’est pourquoi cette forme est la plus idéale des
trois possibilités. Dans le Missel on lit : Au moment fixé la
communauté se rassemble dans une église du voisinage ou à un autre endroit
convenable hors de l’église qui est le but de la procession. C’est
pourquoi, dans certains monastères, la Liturgie du Dimanche des Rameaux
commence par exemple dans la salle du chapitre et se poursuit dans le cloître
jusqu'à l’église (cf. Rituale Cisterciense, p. 44.51).
Deuxième forme : l'Entrée solennelle.
Les fidèles se rassemblent avec des rameaux à la main
devant la porte d'entrée de l’église ou dans l’église même, ou à un
autre endroit convenable, en dehors de l'église. Après la bénédiction des
rameaux et la proclamation de l’Évangile, le Prêtre avec ses assistants et
les fidèles va solennellement à travers l’église jusqu'au presbytère. Sous
cette forme ce n’est pas une procession au sens strict, mais une entrée
solennelle.
Troisième forme : l'Entrée simple.
Cette forme très simple, sans bénédiction des rameaux,
n’est rien d’autre que l’entrée habituelle du prêtre pour commencer la
Messe, on y chante ou récite le chant d’entrée qui convient.
La tradition propre de l’Ordre, selon laquelle la bénédiction
des rameaux et la procession commence dans l’église, est justifiable, même
si la première forme décrite plus revêt davantage de sens. D’après le
Missel Romain on bénit les rameaux déjà distribués – autrefois c’était
différent (Les fidèles portent les rameaux dans leurs mains). Les
anciens chants cisterciens pour la procession sont toujours très appropriés,
avant tout l’hymne Gloria laus et honor de Théodulphe d’Orléans
(+821) et les antiennes Ave, Rex noster qui ont été introduites dans la
liturgie du dimanche des Rameaux au Xème siècle (un chant de
louange au Seigneur crucifié). Le dernier chant : Ingrediente Domino
peut servir à l’entrée dans l’église comme introduction (Introitus) à la
célébration de l’Eucharistie. Le Kyrie eleison n’étant pas un
chant de pénitence – contrairement à une opinion assez courante – mais un
chant de louange, le Nouveau Missel Romain de 2000-2002 recommande de le chanter
le dimanche des Rameaux, après l’entrée solennelle (ce qui signifie, avant
la prière d'ouverture du jour).
b) Proclamation de la Passion
Depuis la réforme liturgique, le dimanche des Rameaux, on
lit la Passion selon les évangélistes Matthieu ou Marc ou Luc, suivant l’année
en cours. Par la manière de répartir les rôles de la lecture de la Passion (Christ,
évangéliste et peuple), son récit est rendu plus vivant et reste mieux gravé
dans la mémoire. Les normes liturgiques réservent le rôle du Christ au prêtre
(PS 33). Pour cette proclamation on n’utilise évidemment ni cierges, ni
encens, il n'y a pas de salutation de l'assemblée ni de signation de l'évangéliaire
(PS 33). Les directives des livres liturgiques prévoient qu'on doit faire
une (courte) homélie après la Passion (PS 34), surtout si des fidèles
participent à la messe du monastère.
c) La Liturgie des Heures du Dimanche des Rameaux.
Comme le dimanche des Rameaux est estimé comme « Dimanche
de la Passion » depuis la réforme liturgique, on chante les hymnes
classiques de la Passion de Venance Fortunat (+après 600) : "Pange,
lingua, gloriosi", "Lustris sex qui iam peractis" et "Vexilla
Regis prodeunt" à partir des premières Vêpres du dimanche des
Rameaux. En tout cas, c'est ce qui est prévu dans le livre officiel de la Liturgie
des Heures de l'Eglise, où il y a toutefois une petite rubrique qui dit: Les
jours de la cinquième semaine du Carême on peut prendre pour les vigiles,
laudes et vêpres les hymnes de la
Semaine Sainte.
LE TRIDUUM PASCAL
(LES TROIS JOURS
SAINTS)
Le
Document Paschalis Sollemnitatis, au
numéro 38, donne pour ces jours une introduction théologique dense : L'Église célèbre chaque année les plus grands mystères de la Rédemption
des hommes depuis le Jeudi-Saint à la messe du soir en mémoire de la Cène du
Seigneur jusqu'aux vêpres du dimanche de la Résurrection. Ce temps est nommé
à juste raison « Triduum du Christ crucifié, enseveli et ressuscité »
; on l'appelle mieux encore « Triduum pascal » parce qu'en lui est
représenté et s'accomplit le mystère de Pâques, c'est-à-dire le passage du
Seigneur de ce monde à son Père. En célébrant ce mystère par les signes de
la liturgie et les sacramentaux, l'Église s'unit au Christ, son Époux, dans
une intime communion.
2. LE JEUDI SAINT
Ce jour, selon la tradition a plusieurs noms : Le
Grand Jeudi ou Le Jeudi Saint et dans les livres liturgiques de
l’Église il est appelé : Feria Quinta in Cena Domini. En
allemand on appelle ce jour le Gründonnderstag, le mot grün =
vert étant dérivé de l’ancien greinen : pleurer. C’était
le jeudi des larmes, le jour où les pénitents publics pleuraient de pénitence
et de joie lorsqu'ils étaient à nouveau accueillis dans la communauté de l’Église
par l’Évêque.
Par cette Messe de la dernière Cène, les quarante jours de pénitence avant Pâques
arrivent à leur fin et le Triduum Pascal commence officiellement. Cela veut
dire concrètement que La Liturgie des Heures jusqu’à la messe du soir
est encore celle du Carême
ou plutôt
de la Semaine Sainte. C'est pourquoi les Lamentations et l'Office des Ténèbres
ont leur place strictement le Vendredi Saint et le Samedi Saint (PS. 40), même
si, dans certains nouveaux Livres d'Heures, elles commencent déjà le Jeudi
Saint, comme avant. [Le sens de l'Office des Ténèbres dans les monastères
de langue allemande est expliqué dans le livre édité par l’abbaye bénédictine
Münsterschwarzach : Trauermetten in der
Karwoche, Freiburg-Münsterschwarzach 1980 (extrait de : Antiphonale
zum Stundenbuch) ainsi que dans Werkbuch zum Gotteslob, vol
2, 209-216 et le Munchner Kantorale].
a)
Le lavement des pieds
Le Jeudi Saint, dans la tradition, est lié au lavement
des pieds qui a ses racines dans la pratique du baptême des premiers chrétiens
et dans la liturgie monastique domestique. La Règle de notre Père Saint Benoît,
par exemple, connaît le lavement des pieds hebdomadaire, le samedi quand les frères
finissent leur service du réfectoire (RB., 35,9) et aussi le lavement des pieds
que font l’Abbé et les frères lorsque des hôtes arrivent au monastère
(RB.,53,13). Surtout pour les moines en voyage, le lavement des pieds était
considéré comme un sacrement, Saint Bernard au XIIème siècle le
jugeait ouvertement encore tel. Le Jeudi Saint, le Lavement des pieds reçoit
une profonde signification théologique que l’Église compare au service
d'amour du Rédempteur qui a lavé les pieds de ses disciples et leur a donné
comme commandement, à cause de cela, le Lavement des pieds appelé aussi Mandatum :
Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé
les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. 15 C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous
fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous.
(Jn., 13,14-15 = Évangile de la Messe du soir).
Dans notre Ordre, depuis les origines jusqu'à une époque
récente existait la tradition de laver les pieds aux pauvres l’après-midi du
Jeudi Saint dans la salle du Chapitre ou dans le cloître (au début après
None, plus tard après la Messe) et de laver les pieds des moines, convers et
novices, avant la lecture de Complies ou collation. (cf. la description très précise
dans Ecclesiastica Officia du XIIème siècle, chapitre 21 ; et dans le Rituale
Cisterciense [ancien] livre III, chap. 21). Après le lavement des pieds des
pauvres chacun des moines devait donner une pièce de monnaie à chaque pauvre !
Depuis le renouveau de la Semaine Sainte (1955) le
lavement des pieds a sa place dans la Liturgie Romaine après l’Évangile. Il
est aussi prévu dans les livres liturgiques les plus récents. Le lavement des
pieds a toute sa signification quand on peut le faire à ce moment (cf.
Rituale Cisterciense, Langwaden 1998, p. 55). Pourtant le lavement des pieds
ne se fait pas pour répéter la scène biblique (le chiffre douze n’est pas
obligatoire !), mais il doit être, suivant l’exemple du Christ, le
service d'amour de la charité. En ce qui concerne les chants pendant le
Lavement des pieds on peut utiliser en toute tranquillité ceux de notre
tradition, mais en considérant le choix et les indications du Missel Romain. De
toute façon le lavement des pieds est de circonstance le Jeudi Saint en raison
de sa signification profonde, qu’il soit accompli d’après la tradition de
l’Ordre hors de la messe du soir, ou qu’il soit accompli d’après le modèle
de la Liturgie Romaine pendant l’Eucharistie. Dans l’Ordre on conserve
encore la tradition de lire le chapitre 13 de l’Évangile selon Saint Jean sur
le lavement des pieds. Si l’on a déjà lu Jn.,13,1-15 pendant le Lavement des
pieds avant la messe du soir, on peut prendre l’Évangile selon Saint Luc
22,24-30 pendant la messe du soir (cf. Rituale Cisterciense, Langwaden
1998, p. 55).
b)
La Messe de la dernière Cène
La
lettre Paschalis Sollemnitatis introduit dans le contenu de cette célébration
par les paroles suivantes : Avec la messe qui se
célèbre le soir du jeudi de la Semaine sainte, l'Église commence le Triduum
pascal et s'applique à rappeler la dernière Cène, au cours de laquelle le
Seigneur Jésus, la nuit même où il fut livré, aimant jusqu'au bout les siens
qui étaient dans le monde, offrit à Dieu son Père son Corps et son Sang sous
les espèces du pain et du vin, les donna à ses apôtres en nourriture et leur
ordonna, à eux et à leurs successeurs dans le sacerdoce, de les offrir (PS.44).
Toute l'attention
doit se tourner vers les mystères qui sont au plus haut degré rappelés dans
cette messe : l'institution de l'Eucharistie, l'institution de l'Ordre
sacerdotal et le commandement de la charité fraternelle. L'homélie doit
mettre ces points en lumière. (PS.45). Pour la célébration de la messe du soir, je renvoie au Missel
Romain et au Rituale Cisterciense (Langwaden 1998, p. 54-58) et
j’attire l’attention seulement sur quelques aspects particuliers.
La Messe est évidemment célébrée le soir, à l’heure
la plus favorable (PS. 46). Les traditions les plus anciennes de l’église
interdisent toute messe sans fidèles le Jeudi Saint (PS. 47). Le tabernacle
doit être complètement vide avant la célébration. Les hosties pour la
communion de la communauté monastique et des fidèles doivent être consacrées
pendant cette messe du soir, les hosties consacrées doivent être prévues en
nombre suffisant en vue aussi de la communion du Vendredi Saint (PS.48). Comme
il est de tradition dans l’Ordre, les cloches sonnent pendant le Gloria
de la messe du soir jusqu’au Domine Deus, Rex caelestis et elles se
taisent ensuite jusqu’au Gloria de la Nuit Pascale (PS.50).
Après
la conclusion de la prière de la célébration de l’Eucharistie, on fait une
procession pour conduire le très Saint Sacrement à travers l’église au lieu
du reposoir. En ce qui concerne ce lieu de la réserve Eucharistique, des normes
sont en vigueur, et elles ont pour fin de rendre compréhensible sa
signification théologique et pratique : Pour conserver le
Saint-Sacrement, on prépare une chapelle, convenablement décorée pour inviter
à la prière et à la méditation ; on recommande fortement une austérité
en accord avec la liturgie de ces jours, en évitant ou en supprimant les abus
sur ce point. Quand le tabernacle est placé ordinairement dans une chapelle
distincte de la nef de l'église, il est bon d'en faire le lieu de la reposition
et de l'adoration. (PS.49).
Le Saint-Sacrement est déposé dans un tabernacle ou un coffret que l'on
tient fermé. Il n'est jamais permis d'en faire l'exposition dans un ostensoir.
Le tabernacle ou le coffret ne doit pas avoir la forme d'un tombeau, et on évitera
l'expression même de « tombeau » : la chapelle du reposoir
n'est pas préparée « en vue de la sépulture du Seigneur » mais
pour garder le pain eucharistique en vue de la communion du Vendredi-Saint.(PS.55). Pourtant il faut prendre note que cette « tombe sainte »
a dans certaines régions une longue tradition bien ancrée. Suivant les
circonstances le lieu du reposoir pourrait être par exemple la salle du
chapitre, surtout quand il y a un autel. La tradition liturgique prévoit une
veille nocturne devant le Saint Sacrement (« l’heure du mont des
oliviers ») qu’on peut, par exemple joindre aux Complies. Après la messe de la Cène du Seigneur, les fidèles seront invités à
poursuivre l'adoration dans l'église devant le Saint-Sacrement, qui y est
conservé ce jour-là solennellement. Selon l'opportunité, pendant que se
prolonge l'adoration eucharistique, on peut lire une partie de l'Évangile
selon saint Jean (ch. 13-17). Après minuit, l'adoration se fait sans solennité
ni apparat, puisque commence le jour de la Passion du Seigneur (PS.56).
Après la célébration de la Messe du soir on dépouille
l’autel, ce qui au Moyen-Âge revêtait une forme dramatique. A l'origine on dénudait
toujours les autels après la célébration liturgique, mais on donnait une
signification particulière à cette action le Jeudi Saint : on la
comprenait comme un signe de deuil parce qu’on avait dépouillé le Seigneur
de ses vêtements. Les normes liturgiques disent ce qui suit : Après la messe, on dépouille l'autel. Il est bon que les croix dans l'église
soient recouvertes d'un voile rouge ou violet, si elles ne sont pas déjà voilées
depuis le samedi avant le 5e dimanche de Carême. On n'allumera pas
de lampes devant les images des saints.(PS.57).
3. LE VENDREDI SAINT
Le
récit de La Passion selon Saint Jean
est chanté, ou
lu de la même
façon
que le Dimanche des Rameaux. Selon l'instruction Paschalis Sollemnitatis
une homélie fait suite : Les lectures seront assurées intégralement.
Le psaume responsorial et le chant avant l'Évangile seront chantés de la manière
habituelle. Pour la proclamation de la Passion selon saint Jean, on suivra les mêmes
directives qu'au dimanche précédent. Après le récit de la Passion, on fera
l'homélie, à la fin de laquelle on pourra inviter les fidèles à demeurer
quelques instants en méditation (PS.66).
Pour
la vénération de la Croix les indications liturgiques me semblent
importantes : Pour la présentation
de la croix, celle-ci doit être suffisamment grande et belle. On choisira l'une
ou l'autre forme de présentation que donne le Missel. Ce rite doit être
accompli avec une splendeur digne du mystère de notre salut : aussi bien
l'invitation faite en élevant la croix (« Voici le bois de la croix... »)
que la réponse du peuple seront chantées, et l'on n'omettra pas un silence
plein de respect après chaque prosternation, le prêtre célébrant demeurant
debout et tenant la croix élevée. (PS.68)
La
première forme mentionnée ici est la forme traditionnelle : une croix
couverte est dévoilée en trois temps et montrée aux fidèles ; dans la
deuxième forme, on montre une croix découverte qui est ensuite présentée à
chaque fidèle pour la vénération (seulement une !) car la vénération
personnelle (exception faite si un trop grand nombre de fidèles est réuni pour
l’office) est un élément fondamental de cette célébration (PS N° 69).
Selon l’édition la plus récente du Missel Romain (2000/2002), le prêtre
doit vénérer personnellement la croix, si possible sans chasuble ni chaussures.
Cela reflète une vieille tradition liturgique connue également de notre Ordre
depuis le début jusqu’à ces dernières années (dans nos monastères, toute
la communauté enlevait ses chaussures pendant la liturgie du Vendredi Saint !)
Ce même
Missel Romain prévoit qu’on peut choisir la séquence « Stabat Mater
dolorosa », attribuée à Jacopone da Todi (+1306), pour accompagner la vénération
de la croix.
4. LE SAMEDI SAINT
5. LA LITURGIE DES HEURES DU TRIDUUM PASCAL
II.
Informations
1.
NOUVELLES FÊTES DES SAINTS (DANS LE « DIRECTORIUM »)
Vous avez peut être remarqué qu’il y a des nouvelles fêtes
des Saints dans l'Ordinis Cisterciensis Directorium Divini Officii 2003/2004
et il convient d’utiliser pour ces fêtes et pour d’autres plus anciennes
les textes latins propres publiés en annexe (p. 118-156) (la compétence pour
la traduction des ces textes appropriés revient aux Conférences épiscopales régionales).
Toutes ces nouvelles mémoires sont citées dans l’édition récente du
Missale Romanum (Editio typica tertia, 2002), par conséquent dans le
calendrier de l’Église universelle, et donc également dans notre calendrier.
Ces nouvelles mémoires, facultatives sauf une, sont :
1.
Le Très Saint Nom de Jésus, le 3 janvier. L’ancienne fête du 2e
dimanche après l’Épiphanie a été réintroduite, mais réduite à une Memoria
ad libitum.
2.
Sainte Joséphine Bakhita, Religieuse (+1947),
le 8 février
3.
Saint Louis Marie Grignion de Monfort, Prêtre (+1716),
le 28 avril
4.
Mémoire de Notre Dame de Fatima, le 13 mai
5.
Saint Christophe Magallenes, Prêtre (+1927) et ses compagnons, Martyrs,
le 21 mai
6.
Sainte Rita de Cascia, Religieuse (+1447),
le 22 mai
7.
Saint Augustin Zhao Rong, Prêtre (+1815) et ses compagnons, Martyrs, le 9 juillet
8.
Saint Apollinaire, Evêque, Maryr (+3e siècle),
le 20 juillet
9.
Saint Scharbel Makhlouf, Religieux et Prêtre (+1898), le
24 juillet
10.
Saint Pio de Pietrelcina (Padre Pio), Religieux et Prêtre (+1968),
Memoria obligatoria le 23 septembre
[cf. Les nouveaux Saints, dans : Gottesdienst 38 (2004), cahier
2, p.14]
2.
LES 40 ANS DE LA CONSTITUTION LITURGIQUE « SACROSANCTUM CONCILIUM »