Gertrude d'Helfta, Le Héraut, livre IV, chapitre LII, 3, Dignité de la Sainte Croix
Quelles reliques vénérer ?
“Tandis qu'elle était pressée par un grand désir de se procurer quelques reliques de cette Croix, si chère au Seigneur, afin de leur témoigner sa vénération, et d'être ainsi regardée par le Seigneur avec plus de tendresse et d'affection, le Seigneur lui dit : «Si tu veux des reliques qui aient le pouvoir d'attirer puissamment mon Coeur vers celui qui les posséderait, lis d'un bout à l'autre le récit de ma passion et examine attentivement quelles sont les paroles que j'ai dites avec plus d'amour. Ecris-les, et garde-les en guise de reliques. Si tu les repasses fréquemment en toi-même, tiens pour certain que tu obtiendras ainsi ma grâce plus efficacement que par toutes les autres reliques. Car, même si tu n'étais pas éclairée par mon inspiration, tu pourrais interroger là-dessus ta raison : un ami, en effet, qui veut rappeler à son ami leur affection de longue date, lui dit ordinairement : 'Souviens-toi de la tendresse que tu as ressentie en ton coeur lorsque tu me disais telle et telle parole', plutôt que de lui dire : 'Souviens-toi de la tendresse que tu as ressentie lorsque tu étais assis à tel endroit' ou encore 'lorsque tu étais revêtu de tels habits'. Tu peux donc croire que les reliques les plus précieuses que l'on puisse posséder sur la terre, sont les mots d'amour très tendres de mon Coeur infiniment bon. »”
(Gertrude d'Helfta, Le Héraut, livre IV, chapitre LII, 3, Dignité de la Sainte Croix, ed. J.M. Clément, les Moniales de Wisques et B. de Vregille, SC 255, Paris 1978, p. 435)
“Hinc cum magno desiderio sollicitaretur unde acquirere posset aliquas reliquias de ligno Domini sic ipsi dilecto, ut eas reverentia habens a Domino suaviori affectu respiceretur, ait illi Dominus : « Si velles habere reliquias quae Cor meum efficacissime trahere possent ad se habentem, tunc perlege textum passionis meae, et considera ibi diligenter quae verba maiori affectu dixerim, et illa describens, loco reliquiarum conserva, et ea saepius revolvens, pro certo scito quod ex eis gratiam meam optime prae caeteris reliquiis promereris. Nam et hoc si per inspirationem meam edocta non fuisses, rationem consulere posses. Quia cum amicus vellet amicum de praeterita amicitia commonere, usitatius est si dicit : Recordare affectus illius, quem in corde tuo sensisti quando illud et illud verbum loquebaris, quam si diceret : Recordare affectus illius quem sensisti, cum in illo sederes loco, vel cum illis vestibus indutus esses. Unde et credere potes quod dignissimae reliquiae meae quae in terris haberi possunt sunt verba dulcissimi affectus benignissimi Cordis mei. »”
(Gertrude d'Helfta, Le Héraut, livre IV, chapitre LII, 3, Dignité de la Sainte Croix, ed. J.M. Clément, les Moniales de Wisques et B. de Vregille, SC 255, Paris 1978, p. 434)