FOURNIER, P., Art. Albéric, in: Dictionnaire d'histoire e de géographie I, 1407-1408.


7. ALBÉRIC (Bienheureux),

prieur de Molesmes, second abbé de Cîteaux. La forme correcte de son nom serait Aubry, la forme Albéric n'étant ni latine, ni romane. Albéric faisait partie des sept ermites qui vivaient dans la forêt de Collan (canton de Laignes, Côte-d'Or), avant 1071, et qui demandèrent, comme , abbé, Robert, prieur de Provins. Il eut, avec celui-ci, une large part dans la fondation de Molesmes, en 1075, et devint aussitôt prieur du nouveau monastère. C'est en cette qualité qu'il assista l'abbé de Molesmes, en 1097, dans l'érection de l'abbaye d'Aulph.

Lorsque, après des débuts très pénibles, Molesmes eut reçu de nombreuses donations, la discipline se relâcha tellement due l'abbé Robert, découragé, se retira à Aurcs, près de Molesmes, laissant Albéric continuer de vaines tentatives de réforme. Mais après avoir inutilement employé la douceur et la sévérité, Albéric se vit en butte aux mauvais traitements de ses moines, qui ne craignirent pas de lui infliger des injures, le fouet et la prison.

Découragé à son tour, Albéric quitta Molesmes avec saint Étienne et deux religieux pour s'établir en un lieu nommé Unicus ou Vinicus, au diocèse de Langres. C'est alors que, d'après la deuxième Vie de saint Robert, Albéric et ses compagnons auraient été chassés, sous peine d'excommunication, par Joceran, évêque de Langres, récit d'autant moins admissible que Joceran ne fut élu qu'après 1110. La vraie raison du retour d'Albéric à Molesmes fut le regret qu'éprouvèrent ses anciens religieux lorsqu'ils virent les aumônes tarir autour d'eux. Ils rappelèrent donc Robert et Albéric, 'nais ne tinrent pas leurs promesses de réforme intérieure. Devant son impuissance et poussé par le désir de suivre la règle de saint Benoît dans toute sa pureté, Albéric résolut de quitter définitivement Molesmes.

II joua un rôle prépondérant dans la préparation de l'exode de 1098. Après en avoir obtenu la permission de Hugues, archevêque de Lyon et légat du Saint-Siège, vingt et un, religieux, avec Robert et Albéric à leur tête, allèrent s'établir dans le désert de Cîteaux. Lorsque ait bout (d'une année, Robert, sur l'ordre d'Urbain II, dut rentrer à Molesmes (1100), AIbéric lui succéda comme abbé. Il établit à Cîteaux une discipline très rude, fit confirmer, en 1100, par Pascal II, l'ordre nouveau, lui donna ses premières institutions, le consacra à la Vierge, changea l'habit noir contre un habit de bure d'un gris blanchâtre, et mourut saintement en 1109, après avoir beaucoup fait pour la perfection de ses moines. II fut canonisé par acclamation. II est honoré le 24 janvier et, le 5 août, on commémore l'apparition de la sainte Vierge.

Les institutions rédigées par lui sont probablement la partie de l'Exordium minus de Cîteaux intitulée: Instituta monachorum Cislerciensium de Molismo venientium. Les chapitres qui, dans l'Exordium magnum se rapportaient à l'oeuvre d'Albéric à Cîteaux sont malheureusement perdus.


Act. sanct., jan. t. ii, p. 753; cf. april. t. iii, p. 662.

Fabricius, Bibl. med. aetat., 1734, t. i, p. 97.

Henriquez, Fascicul. sanct. Cisterc., Bruxelles, 1631, p. 20.

Ph. Guignard, Les monum. primit. de la règle de Cîteaux, Dijon. 1878, p. 61.

J. Laurent, Cartulaires de l'abbage de Molesmes, Paris, 1907, t. I, passim.

Le Nain, Essai de l'hist. de l'ordre de Cîteaux, Paris, 1696, t.1, p. 6.

P.L., t. CLVII, col. 1255; t CLXXXV, col. 1007; t. CLXVI, col. 1503.

De Visch, Bibl. Script. Ord. Cisterc., Cologne 1656, p.17.


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