|
COURS DE FORMATION MONASTIQUE |
|
lettre de l'Abbé Général aux étudiants du Cours de Formation Monastique, au Collège Saint Bernard, de l'Ordre Cistercien, à Rome
OPTION POUR LES JEUNES
Chers jeunes, Hier, à Rome, nous avons signé, de notre propre main, la lettre commune des deux abbés généraux O.Cist – OCSO et nous l’avons envoyée à tous les monastères par courrier électronique, avant les premières vêpres de la solennité des Saints Pères Fondateurs de Cîteaux. Aujourd’hui, au Monastère de Mogila, à Cracovie, je commence la rédaction de deux nouvelles lettres, l’une aux membres de Synode pour leurs communiquer les dates du Synode de l’Ordre et l’autre, selon l’option pour les jeunes, c’est à vous que je l’écris pour vous annoncer les dates du Cours de Formation Monastique de cette année. Le cours, en effet, commencera le 22 août, après avoir célébré la solennité de saint Bernard dans votre monastère, et il durera jusqu’au 23 septembre. L’ouverture et le premier cours auront lieu le 22 août 2007. Dans quelques jours je vous enverrai le programme des matières et d’autres renseignements dans l’espoir de pouvoir offrir aux nouveaux abbés et abbesses l’aide nécessaire pour appliquer le Statut de Formation approuvé par le Chapitre Général pour chaque communauté, sans que cela représente un éloignement des jeunes profès durant plusieurs années, mais seulement pour un mois pendant un triennat. Recevoir des candidats requiert que de la part des communautés il y ait de la sollicitude pour les initier à la recherche de Dieu, à l’office divin, à la collaboration pour le bien commun et à la manière de se comporter en moine selon la Règle de Saint Benoît[1]. Dans la Règle vous ne trouverez pas explicitement les vœux de chasteté, pauvreté et obéissance, mais les trois sont implicitement contenus dans l’expression conversation morum = comportement, c’est à dire, se comporter comme des moines vivant selon la Règle de Saint Benoît. On a dit, et c’est vrai, qu’une communauté monastique est fondée sur les limites et les faiblesses de chacun de ses membres, mais il faut y ajouter les dons, talents et charismes de chacun d’entre eux, car en effet, au verset 6 du prologue de la Règle, on lit : il faut avoir un tel soin d’employer au service du Seigneur les biens qu’il a mis en nous[2]. Servir le Seigneur présent dans les malades[3], les hôtes[4], l’Abbé[5], la communauté[6]; et au chapitre 72 on trouve : Ils supporteront avec une très grande patience les infirmités d’autrui, tant physiques que morales[7]. Donc, il faut que chacun soit conscient de ses dons, et que l’abbé les fasse se développer pour qu’ensuite il puisse coordonner les dons de tous pour le bien commun, mais il faut aussi que l’abbé aide chacun à connaître –sans même que l’intéressé ait à le manifester, parce qu’ensuite il y a le péril qu’elles soient manifestées pour les raisons qui suivent (parfois inavouées)– quelles sont les propres limites et faiblesses du candidat qui l’empêchent d’épanouir ses charismes et que sa bonne foi l’a poussé à confesser, peut-être stimulé par la cinquième degré de l’humilité[8] et aussi lorsqu’on lit dans la Règle : Mais s'il s'agit d'un péché secret de l'âme, il le manifestera seulement à son abbé ou aux pères spirituels, qui sachent guérir et leurs propres plaies et celles des autres sans les découvrir ni les divulguer [9]. Dans le Cours il y a la possibilité d’écouter –et comme une matière principale– le cours de psychologie qui aide à l’approfondissement de la connaissance de son défaut capital et à discerner comment porter sa propre croix. Une personne sans intimité ne vaut rien et si les formateurs, pour sauver leur image ou par scrupule, par envie ou par peur d’avoir un rival en face d’eux, découvrent les confidences des autres, cela prouve qu’ils ne sont pas dignes de les recevoir. Combiner vertus et défauts dans notre itinéraire jusqu’à donner sa vie pour les autres comme nous l’enseigne le Seigneur dans le récit évangélique du lavement des pieds à la dernière cène : Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres[10] ou bien Vous m'appelez 'Maître' et 'Seigneur', et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres[11]. Tel doit être le résultat des Cours de Formation Monastique. Dans la lettre jointe, que vous avez lue aujourd’hui, nous vous avons écrit: Vous savez déjà que l’année qui vient de s’achever fut prodigue en grâces spéciales pour nous deux. Le Seigneur Jésus nous a fait participer à sa croix par la souffrance et la maladie. Nous ne pourrions rien avoir reçu de meilleur : de la croix jaillit non seulement la lumière mais aussi la communion[12]. Je vous l’ai déjà expliqué un peu dans la lettre de remerciement pour la prière et en même temps pour les marques d’amitié et de solidarité reçues des communautés à l’occasion de l’accident qui a nécessité mes deux opérations en quatre jours avec anesthésie générale et maintenant nous l’avons fait de nouveau ensemble pour vous faire découvrir un peu ce que fut notre expérience. Les voyages en Espagne (deux fois), en Pologne, Bolivie, Brésil, Pologne aujourd’hui, Danemark et Allemagne durant la période postopératoire ont été une occasion de me sentir un instrument pour tout ce que le Seigneur avait prévu pour les autres et pour moi grâce à eux. Jean XXIII disait : Dieu a tout fait, moi je ne suis rien[13] et c’est cela que j’expérimente de manière spéciale pour vous en travaillant à votre épanouissement et en vous transmettant mon expérience pour que vous appreniez de moi ce qu’il ne faut pas faire et que vous arriviez à la conclusion que Dieu travaille avec des instruments imparfaits. Lorsque j’étais novice, j’ai entendu de Jean XXIII les paroles citées plus haut, mais alors elles glissaient sur moi et je ne les comprenais pas. Maintenant je vis dans la joie et la sérénité de les expérimenter dans ma propre existence. Les CFM et les visites aux communautés m’ont fait voir ce que nous lisons dans la Règle de Saint Benoît : Si l’on voit en soi quelque bien, l’attribuer à Dieu et non à soi-même[14] tout ce que j’ai vu se réaliser dans mon entourage et qu’ingénument on m’a attribué, tout cela a été l’œuvre de Dieu[15]. De même dans l’avenir vous pourrez le dire vous aussi de vous même, croyez-moi. Les CFM m’ont fait comprendre que l’Abbé Général est promoteur et coordinateur des projets et plans communs qui dépassent les possibilités des communautés ou Congrégations prises individuellement, et qui cependant sont profitables à tous ou à beaucoup. Dans la conception ou l'élaboration de tels projets, que lui-même prenne une part active tout en stimulant les initiatives des autres, et ensuite qu'il aide à leur exécution par ses conseils et ses actes[16]. Les Cours en sont un témoignage. Usant, pour le service de tous, de l'autorité que les Constitutions lui assignent, il est père, bien plus, frère parmi les frères, dans l'esprit du Christ, plus soucieux de servir que de dominer[17]. Que dans ses lettres, sermons ou autres formes de communications adressés à l'Ordre, il parle le langage d'un frère, d'un condisciple, d'un co-serviteur du Seigneur, qui cherche avec ses frères la vérité et la volonté de Dieu. Cela m’est bien présent et je l’applique aussi à vous, étant sauves les distances. Bientôt vous recevrez le programme du CFM et une information complémentaire détaillée pour cette année. Je vous salue avec affection et amitié, comme votre condisciple et co-serviteur dans l’école du Service du Seigneur qu’est le monastère.
Maur Esteva
Cracovie, 26 janvier 2007 [1] RB 58,7 [2] RB Prologue,6 [3] RB 36 : qui traite des frères malades [4] RB 53 : sur la réception des hôtes [5] RB 2 et 63 : le premier nous dit que l’abbé tient la place du Christ et le second ajoute qu’en raison de cela on le nommera Dominus et Abbé [6] RB 71 : toute la communauté est la maison de Dieu, le corps du Christ et les frères se serviront mutuellement . [7] RB 72,5 [8] RB 7,44-48 [9] RB 46,5-6 [10] Jn 13,34 [11] Jn 13, 14-15 [12] Lettre commune du 26 / 01 / 2007 : Dom Mauro ESTEVA, Abbé Général O.Cist ; Dom Bernardo OLIVERA, Abbé Général OCSO. [13] Jean XXIII a écrit cette phrase le 16 décembre 1902 dans son diaire, et se la répétait à souvent. Voir aussi la note n°13 de cette lettre. [14] RB 4,42 ; RB Prologue, 29-32 : Ce sont ceux qui, craignant le Seigneur, ne s'enorgueillissent pas de leur bonne observance, mais qui, reconnaissant que le bien qui se trouve en eux ne peut venir d'eux-mêmes mais du Seigneur, glorifient le Seigneur qui agit en eux, et lui disent avec le prophète : " Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne la gloire." De même l'apôtre Paul ne s'est rien attribué du succès de sa prédication, mais dit : "C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis", et encore : "Que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur." [15] RB 2,12-13 : c'est-à-dire leur montrer tout ce qui est bon et saint par des actes plus encore que par des paroles. Aux disciples réceptifs, il enseignera par ses paroles les commandements du Seigneur ; aux cœurs durs et aux simples, il les fera voir par son exemple. C'est aussi par ses actes qu'il apprendra à ses disciples à éviter ce qu'il leur aura dénoncé comme contraire à la loi divine, de peur qu'après avoir prêché aux autres, il ne soit lui-même réprouvé ; implicitement cité dans Déclaration 123, b.cf aussi RB 7,69-70 : Il n'agira plus sous la menace de l'enfer, mais par amour du Christ, par l'accoutumance même du bien et par l'attrait des vertus. Voilà ce que le Seigneur daignera manifester dans son serviteur, purifié de ses défauts et de ses péchés, grâce à l'Esprit-Saint. [16] RB 64,8 Qu'il sache qu'il lui faut servir bien plus que régir, aussi dans Déclaration 123, b [17] RB 64,21 afin qu'après avoir bien servi, il s'entende adresser par le Seigneur cette parole au bon serviteur qui avait distribué le froment, en temps opportun, à ses co-serviteurs citation de la Règle dans Déclaration 123, c, ce qui est de grande importance pour la description de l’image de l’abbé faite par les membres du Chapitre Général de 1968-1969 et réprise par ceux de 2000.
|