RÈGLE
DE NOTRE PÈRE
SAINT BENOÎT

Avec en correspondance
les articles de la
Déclaration
Règle : Traduction de Philibert SCHMITZ, 5ème
édition, revue entièrement par André Borias, édition Brepols (Turnhout,
Belgique, 1987)
Déclaration du Chapitre Général de l’an 2000 sur les
principaux éléments de la vie cistercienne aujourd’hui
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coute, mon fils, les
préceptes du Maître et prête l'oreille de ton cœur. Reçois volontiers
l'enseignement d'un si bon père et mets-le en pratique, 2 afin de
retourner par l'exercice de l'obéissance à celui dont t'avait éloigné la
lâcheté de la désobéissance. 3 C'est à toi donc maintenant que
s'adresse ma parole, à toi, qui que tu sois, qui renonces à tes volontés
propres et prends les fortes et nobles armes de l'obéissance, afin de combattre
pour le Seigneur Christ, notre véritable Roi.
4 Avant tout, demande-lui par une très instante
prière qu'il mène à bonne fin tout bien que tu entreprennes ; 5
ainsi, après avoir daigné nous admettre au nombre de ses enfants, il n'aura pas
sujet, un jour, de s'affliger de notre mauvaise conduite. 6 Car, en
tout temps, il faut avoir un tel soin d'employer à son service les biens qu'il
a mis en nous, que non seulement il n'ait pas lieu, comme un père offensé, de
priver ses fils de leur héritage, 7 mais encore qu'il ne soit pas
obligé, comme un maître redoutable et irrité de nos méfaits, de nous livrer à
la punition éternelle, tels de très mauvais serviteurs qui n'auraient pas voulu
le suivre jusqu'à la gloire.
Art. 1 Nous,
membres du Chapitre Général, réunis pour procéder à la rénovation adaptée de
notre Ordre, après mûre délibération, une fois entendus les différents avis,
nous avons décidé d'expliquer en premier lieu les éléments principaux de notre
vocation et de notre vie, pour, d'une certaine manière, établir les fondements
de tout le travail de rénovation.
Dans cette Déclaration, nous voulons donc exposer avec sincérité et honnêteté
ce que nous nous proposons dans la rénovation adaptée, quelles fins nous
voulons poursuivre, et par quelle voie nous nous efforcerons de les atteindre.
Art. 2 Cependant, par notre Déclaration, nous n'avons
en aucun cas l'intention d'empêcher des réflexions ultérieures ou des solutions
nouvelles, parce que les futures générations cisterciennes auront aussi le
droit et le devoir de chercher des formes meilleures et plus adaptées à la vie
monastique, comme l'ont fait les Fondateurs de Cîteaux au XIIe siècle et les
générations suivantes. En effet, nous ne suivrons en vérité les Pères
Fondateurs du "Nouveau Monastère" que si nous ne cessons de chercher
les voies et les moyens qui nous permettront de vivre notre vocation toujours
plus pleinement, selon la volonté de Dieu.
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evons-nous donc, enfin, l'Écriture nous y incite : "L'heure
est venue, dit-elle, de sortir de notre sommeil." (Rm 13,11).
9 Ouvrons les yeux à la lumière divine. Ayons les oreilles
attentives à la voix de Dieu qui nous crie chaque jour cet avertissement :
10 "Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez
pas vos cœurs" (Ps 94,8), 11 et ailleurs : "Qui a des oreilles entende ce
que l'Esprit dit aux Églises " (Ap
2,7). 12 Et que
dit-il ? "Venez, mes fils, écoutez-moi, je vous enseignerai la
crainte du Seigneur. (Ps 33,12). 13 Courez pendant que vous avez
la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous
saisissent." (Jn 12,35).
14 Le Seigneur,
cherchant son ouvrier dans la foule du peuple à laquelle il crie, dit
encore : 15 "Quel est l'homme qui veut la vie et désire
voir des jours heureux ?" (Ps
33,13). 16 Que si, à
cette demande, tu lui réponds : "C'est moi", Dieu te
réplique : 17 "Si tu veux avoir la vie véritable et
éternelle, interdis le mal à ta langue et à tes lèvres toute parole trompeuse ; détourne-toi du
mal et fais le bien ; cherche la paix avec ardeur et persévérance. (Ps 33,14-15). 18 Et lorsque vous agirez de la sorte,
mes yeux seront sur vous et mes oreilles attentives à vos prières, et avant
même que vous ne m'invoquiez, je vous dirai : 'Me voici.'" (allusion
Ps 33,16 Is 58,9) 19 Quoi de plus doux, frères très chers, que
cette voix du Seigneur qui nous invite ? 20 Voyez comme le Seigneur lui-même, dans sa
bonté, nous montre le chemin de la vie.
Art. 11
Il n'est pas dans notre intention de décrire des idéaux théoriques et éloignés
de la réalité de la vie pour conserver ou restaurer des formes tombées en
désuétude, mais bien d'examiner notre vie actuelle, réelle, de la perfectionner
et d'organiser les principes indispensables à sa rénovation. Nous devons
chercher à donner forme à la vie monastique cistercienne du XXIe siècle, vraie
et réelle, qui réponde à la vocation concrète que Dieu nous a donnée. En effet
Dieu nous appelle ici et maintenant, il nous veut saints dans cette époque et
ces circonstances ; il veut que nous suivions le Christ et demeurions au
service des hommes dans la charité, avec les possibilités de l'homme
d'aujourd'hui.
Nos travaux doivent toujours être fondés dans la vérité et la réalité
de la vie. Pour cela, dans cette Déclaration, nous voulons avoir constamment devant
les yeux les actions, possibilités, exigences et obligations de nos frères et
de nos communautés, comme aussi ceux de l'Église et de la vie du monde actuel.
Cependant, ce sens de la réalité ne signifie aucunement l'acceptation
ou l'approbation des imperfections et des défauts de la situation présente,
comme si, satisfaits de la réalité vulgaire et courante, nous ne voulions pas
tendre toujours à des choses meilleures. Nous rejetons avec raison une telle manière
de penser comme contraire à l'essence même de la vie religieuse et à la
recherche d'une vie de charité parfaite. Mais au contraire nous savons bien que
les idéaux et projets les plus sublimes n'ont aucune valeur si les hommes
auxquels ils sont proposés ne peuvent les accepter tout à fait librement et
spontanément, et les mettre efficacement en pratique.
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eignons donc nos reins de la foi et de la pratique des bonnes
oeuvres ; sous la conduite de l'Évangile, avançons dans ses chemins, afin
de mériter de voir Celui qui nous a appelés dans son royaume. (allusion
Eph 6,14-15 Lc 12,35 1Th 2,12) 22 Si nous voulons habiter dans la demeure de ce
royaume, sachons qu'on n'y parvient que si l'on y court par les bonnes actions.
23 Mais interrogeons le Seigneur en lui disant avec le prophète :
"Seigneur, qui habitera dans ta demeure ? Qui reposera sur ta
montagne sainte ? " (Ps
14,1) 24 Après cette demande, mes frères, écoutons la
réponse du Seigneur ; il nous montre la route de cette demeure en disant :
25 "C'est celui qui marche sans tache et accomplit la
justice ; 26 celui qui dit la vérité du fond de son cœur, qui
n'a pas prononcé de parole trompeuse, 27 qui n'a pas fait de tort à
son prochain, qui n'a pas accueilli des discours injurieux contre lui." (Ps 14,2-3) 28 C'est celui qui rejette loin des
regards de son cœur (allusion Ps 14,4) l'esprit malin qui le tente, et les suggestions qu'il
lui souffle, les réduit à rien, saisit les premiers rejetons de la pensée
diabolique et les brise contre le Christ. 29 Ce sont ceux qui,
craignant le Seigneur (allusion Ps 14,4), ne s'enorgueillissent pas de leur bonne observance,
mais qui, reconnaissant que le bien qui se trouve en eux ne peut venir
d'eux-mêmes mais du Seigneur, 30 glorifient le Seigneur qui agit en
eux, et lui disent avec le prophète (allusion Ps 14,4): Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton
nom donne la gloire." (Ps 113,1) 31 De même l'apôtre Paul ne s'est
rien attribué du succès de sa prédication, mais dit : "C'est par la
grâce de Dieu que je suis ce que je suis", (1Co 15,10)
32 et encore : "Que celui qui se glorifie, se glorifie
dans le Seigneur." (2Co
10,17)
33 Aussi le Seigneur dit dans l'Évangile :
"Celui qui écoute mes paroles et les accomplit, je le comparerai à un
homme sage qui a bâti sa maison sur la pierre ; 34 les fleuves
ont débordé, les vents ont soufflé et se sont déchaînés sur cette maison ;
mais elle n'est point tombée, parce qu'elle était fondée sur la pierre." (Mt 7, 24-25)
35 Pour achever, le Seigneur attend de nous que
nous répondions chaque jour par nos oeuvres à ses saintes leçons. 36 S'il prolonge comme une trêve les jours de
notre vie, c'est pour l'amendement de nos péchés, 37 selon
cette parole de l'Apôtre : "Ignores-tu que la patience de Dieu te
convie à la pénitence ?" (Rm
2,4) 38 Car ce doux
Seigneur affirme : "Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'il se
convertisse et qu'il vive." (Ez 33,11)
Art. 12
La rénovation de notre vie religieuse doit embrasser la vie entière, et pour
cette raison nous devons tenir compte de tous ses éléments constitutifs et
attribuer à chacun l'importance qui lui revient. Il serait complètement faux de
valoriser certains aspects de notre vie comme si en eux seuls se réalisait
l'essence de la vie cistercienne, et de négliger les autres comme accessoires
ou même comme un obstacle à la vraie vie monastique. Donc nous sommes et devons
être vraiment cisterciens à chacun des moments de notre vie, non seulement
quand nous nous réunissons pour la prière ou lorsque nous accomplissons les
observances communautaires, mais aussi dans les travaux, les études, le
ministère sacerdotal, la prière privée, le service des hommes dans leurs
nécessités et autres choses semblables.
Nous recherchons donc une vision intégrale qui joigne harmonieusement
tous les aspects de la vie en un unique service du Seigneur. Bien que certains
éléments de la vie cistercienne aujourd'hui ne concernent pas tous les membres
de l'Ordre (comme le sacerdoce) ou ne se réfèrent pas à tous les monastères
(comme l'éducation de la jeunesse ou le ministère pastoral), il faut cependant
les considérer avec une grande attention et reconnaître sincèrement leur
importance et leur valeur. Les éléments de la vie monastique qu'on trouvait à
peine ou pas du tout dans la Règle ou les débuts de l'Ordre de Cîteaux, ne
doivent pas être regardés comme secondaires ou suspects. Car la vie monastique,
comme tout ce qui vit, croît avec le cours du temps, évolue, assimile beaucoup
d'éléments nouveaux et abandonne de nombreux éléments anciens.
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orsque nous avons demandé au Seigneur, mes
frères, qui habitera dans sa demeure, nous avons appris ce qu'il faut faire
pour y demeurer. Puissions-nous accomplir ce qui est exigé de cet habitant!
40
Il nous faut donc préparer nos cœurs et nos corps aux combats de la sainte
obéissance à ses commandements.. 41 Quant à ce qui manque en nous
aux forces de la nature, prions le Seigneur d'ordonner à sa grâce de nous
prêter son aide. 42 Et si, désireux d'éviter les peines de l'enfer,
nous voulons parvenir à la vie éternelle, 43 tandis qu'il en est
temps encore et que nous sommes en ce corps et que nous pouvons accomplir tout
cela à la lumière de cette vie, 44 courons et faisons, dès ce
moment, ce qui nous profitera pour toute l'éternité.
45
C'est à cette fin que nous voulons fonder une école où l'on serve le Seigneur. 46
Dans cette institution, nous espérons ne rien établir de rude ni de pesant. 47
Si, toutefois, il s'y rencontrait quelque chose d'un peu rigoureux, qui
fût imposé par l'équité pour corriger nos vices et sauvegarder la charité, 48
garde-toi bien, sous l'effet d'une crainte subite, de quitter la voie du salut
dont les débuts sont toujours difficiles. 49 En effet, à mesure que
l'on progresse dans la vie religieuse et dans la foi, le cœur se dilate, et
l'on court dans la voie des commandements de Dieu, avec la douceur ineffable de
l'amour. 50 Ne nous écartons donc jamais de son enseignement, et
persévérant jusqu'à la mort dans sa doctrine au sein du monastère, participons
par la patience aux souffrances du Christ pour mériter d'avoir part à son
royaume. Amen.
Art. 13 Les formes institutionnelles, dans lesquelles se
manifeste aujourd'hui concrètement la réalité de la vie cistercienne, sont les
diverses communautés vivantes. Il est certain que nos communautés, selon le
cours du temps et dans les différentes régions, ont adopté des formes de vie
variées et des services divers. Cette diversité en elle-même ne doit pas être
déplorée comme une dégénérescence perverse, au contraire elle doit être
reconnue non seulement comme un fait indiscutable, mais aussi comme un signe de
vitalité et comme une invitation de Dieu pour agir. En effet, les valeurs et
les différentes fonctions de chaque Congrégation et monastère pourront, si la
confiance mutuelle prévaut, servir au progrès et au bien de tout l'Ordre par la
coopération des communautés. Car la concorde dans la diversité vaut beaucoup
mieux qu'une uniformité forcée et discordante. Pour cette raison, le Chapitre
Général approuve et encourage la légitime autonomie de chaque Congrégation et
monastère pour établir sa forme de vie, et se propose de les aider dans cette
tâche.
C'est pourquoi, dans le travail de rénovation, il est de la plus grande
importance que, avant tout, chaque communauté reconnaisse et reconsidère ses
finalités et valeurs propres, et adapte convenablement ses formes de vie. En
effet, le poids du travail incombe en premier lieu à chacune des communautés.
Le Chapitre Général désire seulement leur accorder son aide pour coordonner et
promouvoir l'effort de rénovation, mais il ne peut ni supprimer ni assumer la
part qui revient aux monastères et aux Congrégations.
Art.
14 Gardant tout cela à
l'esprit, nous désirons renouveler la réalité de la vie cistercienne de telle
manière qu'elle soit une continuation naturelle, et pour ainsi dire un
développement organique, de la tradition séculaire monastique et cistercienne.
Certainement nous voulons connaître (et avec plus d'exactitude qu'auparavant)
les traditions monastiques et cisterciennes, et nous prétendons y puiser le
maximum pour notre profit et inspiration. Cependant nous ne voulons pas que ces
traditions nous restreignent et nous empêchent de résoudre les problèmes
d'aujourd'hui que, à cause du profond changement des conditions de vie, les
anciens ne pouvaient connaître que bien peu ou même pas du tout. Il ne nous est
pas permis de renoncer à notre responsabilité propre dans l'organisation de
notre vie religieuse, ni de craindre de nouvelles voies ou solutions.
L'histoire doit être pour nous maîtresse de vie et non domination, elle doit
nous instruire et nous inspirer, mais jamais nous entraver.
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l est manifeste qu'il y a quatre catégories de
moines. 2 La première est celle des cénobites, c'est-à-dire de ceux
qui vivent en commun, dans un monastère, et combattent sous une règle et un
abbé.
3
La deuxième catégorie est celle des anachorètes ou ermites. Ceux-ci n'en sont
plus à la simple ferveur du début dans la vie religieuse. Formés par une longue
épreuve dans le monastère, 4 ils ont appris, grâce au soutien de
nombreux frères, à lutter contre le démon. 5 Bien exercés, ils
passent de cette armée fraternelle au combat solitaire du désert ; et,
sûrs désormais d'eux-mêmes, sans le secours d'autrui, ils peuvent soutenir,
Dieu aidant, avec leur seule main et leur seul bras, la guerre contre les vices
de la chair et des pensées.
6 La troisième catégorie de moines, fort
détestable, est celle des sarabaïtes (le mot est emprunté à Cassien, qui
l'aura trouvé en usage chez les moines d'Egypte) Ils n'ont pas été
éprouvés, comme l'or dans la fournaise, par une règle, maîtresse
d'expérience ; mais restant mous comme le plomb, 7 ils
demeurent fidèles au monde dans leur conduite, et, visiblement, mentent à Dieu
par leur tonsure (Au 6ème siècle, la tonsure consistait à porter les cheveux
courts, ni rasés comme chez les prêtres égyptiens, ni trop longs comme ceux des
laïques, surtout chez les barbares). 8 Ils vivent deux ou trois
ensemble, ou même tout seuls, sans pasteur, renfermés dans leur propre
bergerie, et non dans celle du Seigneur. La satisfaction de leurs désirs leur
sert de loi: 9 ils tiennent pour saint tout ce qu'ils pensent ou
préfèrent, et regardent comme illicite ce qui leur déplaît.
10 La quatrième catégorie de moines est celle
des gyrovagues. Ils passent toute leur vie à courir de province en province,
séjournant trois ou quatre jours dans les cellules les uns des autres. 11
Toujours en route, jamais stables, esclaves de leurs volontés propres et des
plaisirs de la bouche, ils sont pires en tout que les sarabaïtes.
12 Mais mieux vaut se taire que de parler de la
misérable condition de tous ces gens. 13 Laissons donc ces diverses
catégories de moines ; et, avec l'aide du Seigneur, venons-en à organiser
la si puissante catégorie des cénobites.
Art. 79 Pour suivre notre vocation, nous sommes entrés dans un monastère cistercien
que nous avons librement choisi pour y recevoir la doctrine de l'école du
service du Seigneur ; ensuite, par la profession, nous avons accepté volontairement
les occupations et l'idéal de vie de notre monastère. La vie monastique ne nous
a donc pas été imposée, mais nous l'avons acceptée par une consécration libre
et volontaire. Ainsi, nos communautés sont constituées de volontaires, qui
aspirent tous aux mêmes fins connues et désirées de tous, de telle manière que
nous vivions unanimes sous un même toit, n'ayant qu'un cœur et qu'une âme.
Art. 80 Le fondement de la communauté monastique est donc la
consécration libre et volontaire des moines, qui ont une grande estime pour les
valeurs et les occupations de la vie du monastère et les regardent comme leur
bien propre. Cette libre consécration et cette ardente conviction sont la
force motrice de l'observance des lois et de l'obéissance ; et elles sont
le fondement de toute la structure juridique. Si elles font défaut, la
communauté monastique, comme toute réunion de volontaires, ne peut plus
maintenir une réelle vitalité. Il est donc de la plus haute importance que les
moines gardent vive et fervente cette consécration par laquelle ils ont
librement accepté la vie monastique ; et il faut que l'ordonnance et
l'organisation de la vie communautaire tiennent compte de cette volonté libre
et de ce zèle, et s'appliquent à les promouvoir et à les stimuler.
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'abbé qui est jugé digne de gouverner le monastère doit se rappeler
sans cesse le titre qu'il porte et réaliser par ses actes le titre de
supérieur.
2 On croit fermement, en effet, qu'il tient la
place du Christ dans le monastère, puisqu'on l'appelle de son nom même, 3 selon
ces paroles de l'Apôtre : "Vous avez reçu l'esprit des fils
d'adoption, par lequel nous crions : Abba, c'est-à-dire Père". (Rm 8,15 Ga 4,6)
4 L'abbé ne doit donc rien enseigner, établir
ou commander qui s'écarte des préceptes du Seigneur ; 5 mais
ses ordres et ses enseignements doivent se répandre dans l'esprit de ses
disciples, comme un levain de la divine justice. 6 L'abbé doit se
souvenir sans cesse qu'au redoutable jugement de Dieu, il devra rendre un
compte exact de deux choses : de son enseignement et de l'obéissance de
ses disciples. 7 Qu'il sache que l'on imputera à la faute du pasteur
tout ce que le Père de famille trouvera de mécompte dans ses brebis.
8 Au contraire, c'est pour autant qu'il aura
consacré toute sa sollicitude pastorale à un troupeau turbulent et indocile, et
dépensé tous ses soins pour guérir leurs maladies spirituelles, 9
que lui-même sera absous au jugement du Seigneur et pourra lui dire avec le
prophète : "Je n'ai point caché ta justice, dans mon cœur : je
leur ai dit ta fidélité et ton salut, mais ils n'en ont fait aucun cas et ils
m'ont méprisé." (allusion Ps 39,11 Is 1,2 Ez 20, 27) 10 Alors, en punition, la mort frappera ces brebis qui
ont été rebelles aux soins de leur pasteur.
Art. 94 L'Abbé est avant tout pasteur d'âmes, c'est-à-dire que sa fonction est
en premier lieu spirituelle et ordonnée au bien des âmes. Son autorité est un
ministère qui a le caractère d'un humble service, en conformité avec la
doctrine et l'exemple du Christ dont il tient la place. Il convient qu'il exprime
et manifeste à ses frères cette charité paternelle dont Dieu le Père aime les
moines.
Art. 95 De plus, l'Abbé, en accomplissant l'office
d'interprète de la Sainte Écriture dans les multiples circonstances de la vie
quotidienne, est médiateur de la Parole de Dieu. Jamais l'Abbé ne peut se
mettre au dessus de la Parole de Dieu ; au contraire, il doit s'y
soumettre de plus en plus.
Art. 96 Non moins importante est cette autre tâche appelée
discernement des esprits par l'Apôtre. Que l'Abbé s'applique donc à discerner
si chacun de ses moines est conduit par l'Esprit de Dieu, ou bien s'il est
uniquement séduit par les aspirations purement terrestres de son propre
esprit, ou par les esprits de mensonge. Mais pour pouvoir discerner la voix de
l'Esprit de n'importe quelle autre voix, l'Abbé doit aussi être versé dans la doctrine
et l'expérience des choses spirituelles.
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elui qui accepte le nom d'abbé doit donc gouverner ses disciples par un
double enseignement, 12 c'est-à-dire leur montrer tout ce qui est
bon et saint par des actes plus encore que par des paroles. Aux disciples
réceptifs, il enseignera par ses paroles les commandements du Seigneur ;
aux cœurs durs et aux simples, il les fera voir par son exemple. 13
C'est aussi par ses actes qu'il apprendra à ses disciples à éviter ce qu'il
leur aura dénoncé comme contraire à la loi divine, de peur qu'après avoir
prêché aux autres, il ne soit lui-même réprouvé (allusion 1Co
9,27) 14 et que Dieu ne lui dise un jour à cause de
ses péchés : "Pourquoi proclames-tu mes lois et déclares-tu mon
alliance par ta bouche, alors que tu hais la discipline et que tu as rejeté mes
paroles ?" (Ps 49,16-17) 15 et encore : "Toi qui voyais un fétu dans
l'œil de ton frère, tu n'as pas vu la poutre dans le tien." (Mt 7,3)
16 Que l'abbé ne fasse donc point acception des
personnes dans le monastère. 17 Qu'il n'aime point l'un plus que
l'autre, si ce n'est celui qu'il trouvera plus avancé dans les bonnes actions
et l'obéissance. 18 L'homme libre ne sera pas préféré à celui qui
sera venu de l'esclavage, à moins qu'il n'y ait à cela une autre cause
raisonnable.
19 Si l'abbé juge,
pour un juste motif, pouvoir faire cette distinction, qu'il en use ainsi à
l'égard de chacun, de quelque condition qu'il soit ; hormis le cas susdit,
que chacun garde sa place ! 20 Car, libres ou esclaves, nous
sommes tous un dans le Christ (allusion Ga 3,28 Ep 6,8 Rm 2,11), et nous portons tous les mêmes armes, au
service d'un même Seigneur. Auprès de Dieu, en effet, il n'y a pas acception de
personnes. (allusion Col 3,25) 21
La seule chose qui nous distingue à ses yeux, c'est le fait d'être plus riche
que d'autres en bonnes oeuvres et en humilité.
22 L'abbé témoignera donc à tous une égale
charité ; et il n'y aura pour tous qu'une même discipline, appliquée selon
les mérites de chacun.
Art. 97 L'Abbé est le lien d'unité de la Communauté. Il doit promouvoir
l'entente de tous et de chacun des frères dans la poursuite des objectifs
communs, et coordonner les efforts et travaux de tous. Ainsi donc, il doit
grandement estimer, comprendre et traiter avec le respect qui lui est dû la
personnalité des frères. Il doit avoir pour tous du temps suffisant et être
disponible, avec un esprit ouvert ; il lui incombe de développer une
obéissance non pas quelconque, mais active et responsable de la part de tous,
et aussi une coopération généreuse des personnes, de telle manière que les
qualités de tous fructifient au service de Dieu. Qu'il s'efforce de susciter un
dialogue sincère et ouvert ; qu'il fasse part à tous les frères de tous
les sujets et projets de la vie du monastère, et des affaires concernant la vie
de la maison, car cela les touche de près. Qu'il assume cependant les
responsabilités qui lui reviennent en raison de sa charge, s'il doit prendre,
après un mûr examen, une décision jugée comme étant la volonté de Dieu.
Art. 98 L'Abbé, comme promoteur de l'unité, doit supprimer
autant qu'il le peut une certaine séparation entre lui et les frères ; il
doit vivre la vie communautaire avec eux, leur donnant un exemple de fidélité
et de zèle, réduisant au strict nécessaire les raisons d'absence du monastère.
Une fois élu Abbé, il ne cesse pas pour cela d'être moine et frère parmi les
frères, et, comme lien de l'unité et de la charité, qu'il ait soin de se donner
entièrement pour le bien des frères dans l'amour du Christ.
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ans son enseignement, l'abbé doit toujours suivre le modèle que lui
donne l'Apôtre quand il dit : "Reprends, supplie, menace." (2Tm 4,2)
24 Ainsi doit-il varier sa manière selon les
circonstances, mêlant douceurs et menaces, montrant tantôt la sévérité d'un
maître, tantôt la tendresse d'un père. 25 Ainsi, encore,
reprendra-t-il plus durement les indociles et les turbulents ; il
suppliera de progresser ceux qui sont obéissants, doux et patients ; quant
aux négligents et aux rebelles, nous l'avertissons de les menacer et de les
corriger.
26 Qu'il ne ferme pas les yeux sur les péchés
des délinquants. Mais qu'il les retranche autant qu'il le pourra, jusque dans
les racines, aussitôt qu'il les verra naître, se souvenant du malheur d'Héli,
grand-prêtre de Silo.(Héli avait négligé de corriger ses fils débauchés. Il
mourut de chagrin en apprenant le défaite ses siens allusion 1S 2,12
et ss) 27 Pour ce qui est des âmes plus délicates et
intelligentes, il lui suffira de les reprendre une fois ou deux par des
admonitions ; 28 tandis qu'il doit punir par des verges et
autres châtiments corporels les méchants, les opiniâtres, les superbes et les
désobéissants, et cela dès qu'ils commenceront à mal faire, sachant qu'il est
écrit :"L'insensé ne se corrige point par des paroles" ; (Pr 29,19) 29
et encore : "Frappe des verges ton fils et tu délivreras son âme de
la mort." (Pr 23,14)
Art. 115 L'Abbé Président gouverne la Congrégation dans l'esprit du Chapitre de la
Congrégation, et il est signe de l'union fraternelle par laquelle les monastères
sont liés entre eux. Il s'emploiera par son service à ce que, dans les familles
monastiques, s'épanouisse, s'affermisse et s'accroisse une vie monastique
conforme aux Constitutions de la Congrégation.
Il lui incombe d'encourager les relations entre les monastères pour le
bien de toute la Congrégation. Dans ce domaine, il convient que les Abbés et
les moines de chaque monastère aident l'Abbé Président en cultivant entre eux
des relations fraternelles, en s'accueillant mutuellement de bon gré, en collaborant
dans leurs préoccupations communes, en se réunissant pour des conférences sur
des sujets spirituels ou administratifs, en s'efforçant de toujours mieux se
connaître et s'estimer.
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'abbé doit toujours se rappeler ce qu'il est, se rappeler le titre
qu'il porte ; savoir qu'il est exigé davantage à qui a été confié
davantage. 31 Qu'il considère combien difficile et laborieuse
est la charge qu'il a reçue de conduire les âmes et de s'accommoder aux
caractères d'un grand nombre. Tel a besoin d'être conduit par les caresses, tel
autre par les remontrances, tel encore par la persuasion. 32 L'abbé
doit donc se conformer et s'adapter aux dispositions et à l'intelligence de
chacun, en sorte qu'il puisse, non seulement préserver de tout dommage le
troupeau qui lui est confié, mais encore se réjouir de l'accroissement de ce
bon troupeau. 33 Avant tout qu'il se garde de négliger ou de compter
pour peu le salut des âmes qui lui sont confiées, sans donner plus de soin aux
choses passagères, terrestres et caduques. 34 Qu'il pense sans cesse
que ce sont des âmes qu'il a reçues à conduire et qu'il devra en rendre compte.
35 Et, de peur qu'il ne se préoccupe à l'excès
de la modicité des ressources du monastère, il se rappellera qu'il est
écrit : "Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice : le
reste vous sera donné par surcroît"; (Mt 6,33) 36 et encore : "Rien ne manque à ceux qui le
craignent." (Ps 33,10)
37
Qu'il sache donc bien que ce sont des âmes qu'il a reçues à conduire ;
qu'il soit prêt à en rendre compte. 38 Quel que soit le nombre des
frères placés sous sa garde, qu'il sache avec certitude qu'au jour du jugement
il devra rendre comte au Seigneur de toutes ces âmes, et de plus, sans nul
doute, de la sienne propre. 39
Vivant ainsi dans la crainte constante de cet examen qui attend le pasteur au
sujet de ses brebis, c'est le souci même des comptes dus pour autrui qui le
rendra attentif sur lui-même, 40
et, en corrigeant les autres par ses avis, il se corrigera de ses propres
défauts.
Art. 123 L'Abbé Général, élu par le Chapitre Général, gouverne l'Ordre selon
l'esprit du Chapitre Général et les normes des Constitutions, en promouvant les
fins de notre union.
L'Abbé Général est :
a) promoteur et
lien de l'union fraternelle dans l'Ordre, surtout en étant prêt à s'adapter aux
coutumes de tous, en estimant, promouvant et représentant toutes les familles
de l'Ordre avec un intérêt équitable et impartial. Il fait siens les valeurs
et les idéaux communs de l'Ordre dans sa manière d'agir personnelle comme dans
ses actes officiels. Il est à l'unisson de l'Ordre, tel qu'il existe en réalité
dans nos communautés, s'intéressant avec un esprit ouvert à leurs
préoccupations, leurs dispositions et leurs opinions.
b) promoteur et
coordinateur des projets et plans communs qui dépassent les possibilités des
communautés ou Congrégations prises individuellement, et qui cependant sont
profitables à tous ou à beaucoup. Dans la conception ou l'élaboration de tels
projets, que lui-même prenne une part active tout en stimulant les initiatives
des autres, et ensuite qu'il aide à leur exécution par ses conseils et ses
actes.
c) usant, pour le
service de tous, de l'autorité que les Constitutions lui assignent, il est
père, bien plus, frère parmi les frères, dans l'esprit du Christ, plus soucieux
de servir que de dominer. Que dans ses lettres, sermons ou autres formes de
communications adressés à l'Ordre, il parle le langage d'un frère, d'un
condisciple, d'un co-serviteur du Seigneur, qui cherche avec ses frères la
vérité et la volonté de Dieu. Que lui-même, pleinement convaincu et conscient
des valeurs de la vocation religieuse, se préoccupe de montrer aux frères et aux
communautés les nouvelles perspectives et possibilités, et de leur communiquer
l'espérance de l'avenir.
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outes les fois qu'il y aura dans le monastère
quelque affaire importante à décider, l'abbé convoquera toute la communauté et
exposera lui-même ce dont il s'agit. 2 Après avoir recueilli l'avis
des frères, il délibérera à part soi et fera ensuite ce qu'il aura jugé le plus
utile. 3 Ce qui nous fait dire qu'il faut consulter tous les frères,
c'est que souvent Dieu révèle à un plus jeune ce qui est meilleur.
4 Les frères donneront leur avis en toute
humilité et soumission. Ils n'auront donc pas la hardiesse de soutenir
effrontément leur manière de voir, 5 mais il dépendra de l'abbé de décider
ce qui vaut le mieux ; et tous alors devront lui obéir. 6 Cependant, comme il convient aux
disciples d'obéir au maître, ainsi revient-il au maître de tout organiser avec
prévoyance et équité.
7 En toutes choses, donc, tous suivront cette
maîtresse qu'est la Règle, et personne ne se permettra de s'en écarter à la
légère. 8 Que nul dans le monastère ne suive la volonté de son
propre cœur ; 9 que nul n'ait la hardiesse de contester avec
son abbé insolemment, ou hors du monastère. 10 Si quelqu'un avait
cette hardiesse il serait soumis à la correction régulière.
11 L'abbé, toutefois, doit faire toutes choses
dans la crainte de Dieu et selon la Règle, persuadé que, sans doute aucun, il
aura à rendre compte de toutes ses décisions à Dieu, ce juge souverainement
équitable.
12 Pour les affaires moins importantes qui
intéressent le bien du monastère, l'abbé prendra seulement le conseil des
anciens, selon ce qui est écrit : 13 "Fais tout avec
conseil, et, après coup, tu ne t'en repentiras pas." (Si 32,24)
Art. 102 Le Chapitre conventuel participe au gouvernement de la maison, chaque
fois qu'il s'agit des affaires les plus importantes du monastère, et spécialement
dans les cas établis par les Constitutions de la Congrégation et par le droit
universel. Le Chapitre conventuel, par un acte vraiment collégial, élit l'Abbé
et prend collégialement les décisions concernant les activités du monastère,
l'admission et la formation des nouveaux candidats et l'administration des
biens.
Art. 103 Mais la fonction du Chapitre ne doit pas se
restreindre uniquement aux choses pour lesquelles les capitulants ont, selon le
droit universel ou particulier, vote délibératif ou consultatif ; les
frères doivent être réunis plus souvent pour s'entretenir dans un dialogue
vraiment fraternel, afin que leur participation et leur sollicitude pour le
bien du monastère s'exercent d'une manière efficace. C'est pourquoi le Chapitre
conventuel doit être aussi un lieu d'information sur les affaires du monastère,
de la Congrégation et de l'Ordre, et aussi un endroit où les officiers rendent
compte de leur administration et où les experts présentent les questions
actuelles.
Art. 104 Que les sujets à traiter au Chapitre soient choisis
avec la collaboration du Conseil plus restreint de l'Abbé, eu égard aux désirs
et problèmes proposés par n'importe quel frère. Que le programme soit notifié à
la communauté à temps et de façon opportune, afin de donner un délai pour
étudier les questions et y réfléchir. Dans certaines matières, il sera plus
opportun que la réponse soit donnée par écrit. Que l'obligation du secret soit
limitée aux choses requérant une discrétion absolue, mais qu'au dehors du
monastère, les frères soient très discrets sur les affaires de la famille
monastique.
Art. 105 En outre, dans chaque communauté, il faut prévoir des
moyens adaptés par lesquels tous, y compris ceux qui demeurent hors du
monastère, puissent être informés d'une manière régulière, en temps opportun et
avec précision, des affaires du monastère, de la Congrégation et de l'Ordre.
Art. 106 Que le Conseil de l'Abbé, plus réduit par le nombre de
membres, et communément appelé "conseil des anciens", soit
opportunément convoqué pour tout sujet nécessaire et utile à la communauté, et
en outre pour les affaires qui demandent le secret. Il est
d'usage généralement que la communauté élise la moitié de ce Conseil, l'autre
moitié étant nommée par l'Abbé.
Art. 107 Par la mise en pratique de ces principes et conseils,
les communautés pourront acquérir une nouvelle vigueur, elles seront des
familles qui habitent la maison de Dieu dans la charité, et des milices
fraternelles bien ordonnées, jouissant d'une inébranlable unité, où chacun, en
accomplissant sa tâche, est au service de tous et se sent fortifié par tous.
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vant tout, aimer le Seigneur Dieu de tout son
cœur, de toute son âme, de toute sa force. (Mc 12,30 Lc 10,27)
2 Ensuite, le prochain comme soi-même. (Mc 12,31 Lc 10,27)
3 Ensuite, ne point tuer. (allusion Mt 19,18-19
Lc 18,20)
4 Ne point commettre d'adultère. (allusion
Mt 19,18-19 Lc 18,20)
5 Ne point voler. (allusion Mt
19,18-19 Lc 18,20)
6 Ne point convoiter. (Rm 13,9 Ex 20,17) (allusion Mt 19,18-19 Lc 18,20)
7 Ne point porter faux témoignage. (Mc 10,19) (allusion Mt 19,18-19 Lc 18,20)
8 Honorer tous les hommes. (1P 2,17)
9 Ne point faire à autrui ce qu'on ne veut pas
qu'on nous fasse. (Mt 7,12 Tb 4,16)
10 Se renoncer
à soi-même pour suivre le Christ. (Mt 16,24 Lc 9,23)
11 Châtier son corps. (1Co 9,27)
12 Ne pas embrasser les délices.
13 Aimer le jeûne.
14 Soulager les pauvres.
15 Vêtir qui est nu. (Mt 25,36)
16 Visiter les malades.(Mt 25,36)
17 Ensevelir les morts. (allusion à Tb
12,13)
18 Secourir qui est dans la tribulation.
19 Consoler les affligés.
20 Rompre avec les affaires du monde.
21 Ne rien préférer à l'amour du Christ.
22 Ne point se mettre en colère.
23 Ne point se réserver un temps pour la
vengeance.
24 Ne pas nourrir de fausseté dans son cœur.
25 Ne point donner une fausse paix.
26 Ne jamais perdre la charité.
27 Ne point jurer, de peur de se parjurer. (Mt 5,33
et ss.)
28 Dire la vérité de cœur comme de bouche.
29 Ne point rendre le mal pour le mal. (1P 3,9)
30 Ne pas faire d'injustice, mais supporter
patiemment celles qu'on nous fait.
31 Aimer ses ennemis. (Mt 5,44 Lc 6,27)
32 Ne pas maudire ceux qui nous maudissent mais
plutôt les bénir. (Lc 6,28
1Co 4,12)
33 Souffrir persécution pour la justice.
34 N'être point orgueilleux. (Tt 1,7)
35 Ni adonné au vin. (Tt 1,7)
36 Ni grand mangeur.
37 Ni endormi.
38 Ni paresseux. (Rm 12,11)
39 Ni murmurateur.
40 Ni détracteur.
41 Mettre en Dieu son espérance.
42 Si l'on voit en soi quelque bien, l'attribuer
à Dieu et non à soi-même.
43 Se reconnaître, au contraire, toujours auteur
du mal qui est en soi et se l'imputer.
44 Craindre le jour du jugement.
45 Redouter l'enfer.
46 Désirer la vie éternelle de toute l'ardeur de
l'esprit.
47 Avoir chaque jour la menace de la mort devant
les yeux.
48 Veiller à toute heure sur les actions de sa
vie.
49 Tenir pour certain qu'en tout lieu Dieu nous
regarde.
50 Briser contre le Christ les pensées
mauvaises, sitôt qu'elles naissent dans le cœur, et les découvrir à un père
spirituel.
51 Garder sa langue de tout propos mauvais ou
pernicieux.
52 Ne pas aimer à beaucoup parler.
53 Ne pas dire de paroles vaines ou qui portent
à rire.
54 Ne point aimer le rire lourd ou bruyant.
55 Entendre volontiers les saintes lectures.
56 S'appliquer fréquemment à la prière.
57 Confesser chaque jour à Dieu dans la prière
avec larmes et gémissements ses fautes passées,
58 et, de plus, se corriger de ses fautes.
59 Ne pas accomplir les désirs de la chair. (Ga 5,16)
60 Haïr sa volonté propre.
61 Obéir en tout aux ordres de l'abbé, même si,
à Dieu ne plaise, il agit autrement ; se souvenant du précepte du
Seigneur: "Faites ce qu'ils disent, mais ce qu'ils font, ne le faites
pas." (Mt 23,3)
62 Ne pas vouloir être appelé saint avant de
l'être, mais le devenir d'abord, alors on le sera appelé avec plus de vérité.
63 Accomplir, tous les jours, par ses oeuvres
les préceptes de Dieu.
64 Aimer la chasteté. (Jdt 15,11 , dans la traduction de la Vulgate)
65 Ne haïr personne.
66 Ne pas avoir de jalousie.
67 Ne pas agir par envie.
68 Ne pas aimer à contester.
69 Fuir l'élevèrent.
70 Vénérer les anciens.
71 Aimer les plus jeunes.
72 Par amour du Christ, prier pour ses ennemis.
73 Se réconcilier avant le coucher du soleil,
avec qui on est en discorde.
74 Et ne jamais désespérer de la miséricorde de
Dieu.
75 Voilà quels sont les instruments de l'art
spirituel.
76 Si, jour et nuit, sans relâche, nous nous en
servons, quand, au jour du jugement, nous les remettrons, le Seigneur nous
donnera la récompense qu'il a promise lui-même:
77 "Ce que l'œil n'a pas vu, ce que
l'oreille n'a pas entendu, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment." (1Co 2,9)
78 Or l'atelier où nous devons travailler
diligemment avec tous ces instruments, c'est le cloître du monastère avec la
stabilité dans la communauté.
Art. 46 Dieu nous appelle non seulement à tendre vers la fin exposée ci-dessus,
mais aussi à faire usage des moyens qu'Il nous offre. Ces moyens sont surtout
les conseils évangéliques, la vie dans la communauté cistercienne, la vie de
prière, l'amour de la croix et le service que nous devons rendre à la
communauté des hommes par notre travail.
Art. 47 Nous embrassons les conseils appelés évangéliques,
pour suivre d'une façon particulière le Christ notre Maître comme ses disciples,
afin de Lui être toujours plus unis et de Le suivre de plus près et plus
intimement par la voie de l'observance monastique.
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e premier degré d'humilité est l'obéissance
sans délai. 2 Elle convient à ceux qui n'ont rien de plus cher que
le Christ. 3 Mus par le service sacré dont ils ont fait profession,
ou par la crainte de l'enfer, et par le désir de la gloire de la vie éternelle,
4 dès que le supérieur a commandé quelque chose, ils ne peuvent souffrir
d'en différer l'exécution, tout comme si Dieu lui-même en avait donné l'ordre.
5 C'est d'eux que le Seigneur dit : "Dès que son oreille a
entendu, il m'a obéi." (Ps
17,45) 6 Et il dit encore à ceux qui enseignent :
"Qui vous écoute, m'écoute." (Lc 10,16)
7 Ceux qui sont dans ces dispositions,
renonçant aussitôt à leurs propres intérêts et à leur propre volonté, 8
quittent ce qu'ils avaient en mains et laissent inachevé ce qu'ils faisaient.
Ils suivent d'un pied si prompt l'ordre donné que, 9 dans
l'empressement qu'inspire la crainte de Dieu, il n'y a pas d'intervalle entre
la parole du supérieur et l'action du disciple, toutes deux s'accomplissant au
même moment.
10
Ainsi agissent ceux qui aspirent ardemment à la vie éternelle. 11
C'est pour cela qu'ils entrent dans la voie étroite dont parle le Seigneur,
lorsqu'il dit : "Étroite est la voie qui conduit à la vie." (Mt 7,14) 12
Aussi, ne vivant plus à leur gré et n'obéissant plus à leurs désirs ni à leurs
inclinations, ils marchent au jugement et au commandement d'autrui, et désirent
se soumettre à un abbé en vivant dans un monastère. 13 Assurément
les hommes de cette trempe imitent le Seigneur qui dit dans cette
sentence : "Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de
celui qui m'a envoyé." (Jn
6,38)
14 Mais cette obéissance ne sera bien reçue de
Dieu et agréable aux hommes, que si l'ordre est exécuté sans trouble, sans
retard, sans tiédeur, sans murmure, sans parole de résistance. 15
Car l'obéissance rendue au supérieur, c'est à Dieu qu'on la rend, puisqu'il a
dit : "Qui vous écoute, m'écoute." (Lc 10,16) 16 Et c'est de bon
cœur que les disciples doivent obéir parce que "Dieu aime celui qui donne
joyeusement." (2 Co 9,7)
17 Si, au contraire, le disciple obéit, mais
s'il le fait de mauvais gré, s'il murmure non seulement de bouche mais encore
dans son cœur, 18 même s'il exécute l'ordre reçu, cet acte ne sera
pas agréé de Dieu, qui voit le murmure dans sa conscience. 19 Bien
loin d'en être récompensé, il encourt la peine des murmurateurs, s'il ne se
corrige et ne fait satisfaction.
Art. 52 L'obéissance signifie avant tout garder son cœur ouvert aux
inspirations de l’Esprit-Saint, puisqu'Il souffle où Il veut et nous révèle de
multiples façons la volonté de Dieu. Et comme la nourriture du Christ a été de
faire la volonté de Celui qui l'a envoyé, et que prenant la condition
d'esclave, il s'est fait obéissant jusqu'à la mort, et la mort sur la croix,
nous aussi, voulant suivre le Christ de plus près, nous devons rechercher la
volonté du Père pour l'accomplir d'un cœur prompt.
La voix de Dieu nous est transmise surtout par la voix de l'Église, la
doctrine et les exhortations du Souverain Pontife, du Saint-Siège, des Évêques
et des Abbés qui doivent non seulement réglementer l'organisation externe, mais
aussi former notre spiritualité.
Art. 53 Par conséquent, les moines, aspirant à accomplir la
volonté de Dieu en esprit de foi et d'amour, désirent être conduits par un
Abbé qui tient pour eux la place du Christ, et auquel ils prêtent humblement
obéissance, selon les normes de la Règle et des Constitutions, en unissant les
forces de l'intelligence et les dons de la volonté et de la grâce dans
l'exécution de ce qui leur est commandé et dans l'accomplissement des fonctions
qui leur ont été confiées, conscients de coopérer à l'édification du corps du
Christ selon le dessein de Dieu. Ainsi l'obéissance religieuse, loin de
diminuer la dignité de la personne humaine, la conduit à la maturité en
développant la liberté des enfants de Dieu.
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aisons ce que dit le prophète :
"J'ai résolu de surveiller toutes mes voies, pour ne pas pécher par ma
langue ; j'ai placé une garde à ma bouche, je me suis tu et humilié, et je
me suis abstenu même de parler de choses bonnes." (Ps 38,2-3) 2 Le prophète nous
montre par là que, si l'on doit quelquefois s'interdire de bons discours par
amour du silence, à plus forte raison faut-il retrancher les paroles mauvaises
pour éviter la peine due au péché. 3 C'est pourquoi, étant donnée
l'importance du silence, on n'accordera que rarement aux disciples, fussent-ils
parfaits, la permission de parler même de choses bonnes, saintes et édifiantes.
4 Il est écrit, en effet : "Tu n'éviteras pas le péché en
parlant beaucoup ;" (Pr
10,19) 5 et ailleurs : "La mort et la vie
sont au pouvoir de la langue." (Pr
18,21) 6 De fait, s'il appartient au maître de parler
et d'enseigner, il convient au disciple de se taire et d'écouter. 7
En conséquence, s'il faut demander quelque chose au supérieur, on le fera en toute
humilité, soumission et respect. 8 Quant aux bouffonneries, aux
paroles oiseuses et qui portent à rire, nous les bannissons pour jamais et en
tout lieu, et nous ne permettons pas au disciple d'ouvrir la bouche pour de
tels propos.
Art. 48 La chasteté volontaire, acceptée pour le Royaume de
Dieu n'est pas simplement le renoncement au mariage et aux joies de la famille
naturelle, mais il doit nous rendre plus libres pour nous occuper des choses de
Dieu et de l'Église avec toutes nos forces physiques et psychiques. Par la
profession religieuse, nous voulons donner, d'une manière plus directe et
profonde, un témoignage de l'espérance chrétienne en la vie éternelle, dans
laquelle les hommes ne se marient ni ne se marieront pas. Pour cette raison le
célibat est un signe eschatologique éminent de notre vie.
Art. 49 Cette totale consécration de soi-même à Dieu prépare
les fondations pour construire la famille monastique. Dans cette famille de
Dieu, la charité commune et une même vocation fondent l'amour et l'aide
mutuelle entre les membres. Ainsi, d'une part, nous devons porter fidèlement
les fardeaux les uns des autres ; de l'autre nous participons tous aux
grâces et vertus dominant en chacun. De cette manière nous embrassons de façon
éminente la voie communautaire du salut, instituée par Dieu lui-même pour le
genre humain dans l'Église. Dieu ouvre ainsi nos cœurs de telle sorte que nous
soyons capables d'aimer d'une charité sincère et active tous nos semblables, et
en premier lieu les frères/sœurs avec lesquels nous vivons dans le monastère.
RB
7,1-9|
L |
a divine Écriture, mes frères, nous crie : "Quiconque s'élève
sera humilié, et qui s'humilie sera élevé." (Lc 14,11 18,14 Mt 23,12) 2
En parlant ainsi, elle nous montre que tout élèvement est une espèce
d'orgueil ; 3 et c'est ce dont le Prophète déclare se garder,
lorsqu'il dit : "Seigneur, mon cœur ne s'est point élevé et mes yeux
ne se sont point levés : je n'ai point marché dans les grandeurs ni dans
des merveilles au-dessus de moi." (Ps 130,1-2) 4 Mais que m'arriverait-il "si je n'avais
pas eu d'humbles sentiments, si j'avais élevé mon âme ? Tu me traiterais
comme l'enfant qu'on enlève du sein de sa mère." (Ps 130,1-2)
5 Si donc, mes frères, nous voulons atteindre
au sommet de l'humilité parfaite, et parvenir rapidement à cette hauteur
céleste, à laquelle on monte par l'humilité dans la vie présente, 6
il nous faut monter et dresser par nos actions cette échelle qui apparut en
songe à Jacob. Il y voyait des anges descendre et monter. 7 Cette
descente et cette montée assurément ne signifient pas autre chose pour nous
sinon que l'on descend par l'élèvement et que l'on monte par l'humilité. 8 L'échelle en question, c'est notre vie
en ce monde, que le Seigneur dresse vers le Ciel, si notre cœur s'humilie.
9 Les côtés de cette échelle figurent notre corps et notre âme ; sur
ces côtés, l'appel divin a disposé divers degrés d'humilité et de perfection à
gravir.
Art. 65 La vie du moine doit être une marche avec le Christ humble. Sincèrement
repentants de nos péchés et conscients de nos limites, quoiqu'en même temps
relevés par la miséricorde divine, nous devons rechercher la gloire de Dieu, et
non la nôtre. C'est dans cet esprit d'humilité qu'il nous faut accepter, avec
l'âme sereine, les tribulations et les privations, et nous contenter aussi de
moyens et de revenus modestes pour vivre.
La vie monastique ne peut exister que sous le signe de la croix. Car
étant donné que nous imitons l'amour du Christ, – et personne ne peut avoir
d'amour plus grand que le Sien –, nous suivons la voie du renoncement, et nous
mortifions nos membres pour servir le Dieu vivant. Assurément, le Christ nous
appelle chaque jour à porter la croix, de même qu'il enseigna à ses disciples à
s'en charger.
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oici donc le premier degré d'humilité :
se remettant toujours devant les yeux la crainte de Dieu, il consiste à fuir
toute négligence et à se rappeler sans cesse tout ce que Dieu a commandé.
11 On repassera constamment dans son esprit,
d'une part, comment la géhenne brûle, pour leurs péchés, ceux qui méprisent
Dieu, et comment, d'autre part, la vie éternelle récompense ceux qui le
craignent. 12 Se gardant, à toute heure, des péchés et des vices des
pensées, de la langue, des mains et de la volonté propre, ainsi que des désirs
de la chair, 13 l'homme estimera que Dieu, du haut du ciel, le
regarde à tout moment, qu'en tout lieu le regard de la divinité voit ses actes
et que les anges les lui rapportent à tout moment. 14 Le Prophète
nous le révèle, lorsqu'il affirme que Dieu est toujours présent à nos
pensées : "Dieu scrute les cœurs et les reins"; (Ps 7,10) 15
et de même : "Le Seigneur connaît les pensées des hommes", (Ps 93,11) 16
et encore : "Tu as compris de loin mes pensées", (Ps 138,3) 17
et : "La pensée de l'homme te sera découverte." (Ps 75,11) 18
Aussi, pour être vigilant sur ses pensées perverses, le vrai moine répètera
toujours dans son cœur : "Je serai sans tache devant lui, si je me
tiens en garde contre mon iniquité." (Ps 17,24)
19
Quant à notre volonté propre, il nous est défendu de la faire par ces termes de
Écriture : "Renonce à tes volontés", (Si 18,30) 20 et, de plus,
nous demandons à Dieu dans l'oraison dominicale que sa volonté se fasse en
nous. (allusion Mt 6,10) 21
C'est donc avec raison qu'on nous enseigne de ne pas faire notre volonté. Par
là, nous prenons garde à ce que dit Écriture: Il y a des voies qui semblent
droites aux hommes et dont le terme aboutit au fond de l'enfer"; (Pr 16,25) 22
par là encore nous nous préservons de ce qui est dit des négligents :
"Ils se sont corrompus et se sont rendus abominables par leurs
passions." (Ps 13,1)
23 Quant aux désirs de la chair, croyons aussi
fermement que Dieu nous est toujours présent, suivant la parole du Prophète au
Seigneur : "Tous mes désirs sont devant toi." (Ps 37,10) 24
Il faut par conséquent se garder du désir mauvais, parce que la mort est placée
à l'entrée même du plaisir. 25 C'est pourquoi l'Écriture nous donne
ce commandement : "Tu ne suivras pas tes convoitises." (Si 18,30)
26 Si, donc, "les yeux du Seigneur
considèrent les bons et les méchants," (Pr 15,3) 27 si, du haut du
ciel, le Seigneur regarde continuellement les enfants des hommes, pour voir
"s'il en est un qui ait l'intelligence et qui cherche Dieu ;" (Ps 13,2) 28
si, enfin, les anges, commis à notre garde, lui rapportent quotidiennement,
jour et nuit, nos actions, concluons, mes frères, qu'à toute heure nous devons
être vigilants.
29 Craignons, en effet, que, selon la parole du
Psalmiste, Dieu ne nous surprenne à quelque moment "dévoyés dans le péché
et devenus mauvais." (Ps 13,3) 30 S'il use d'indulgence en ce temps-ci, parce qu'il est
bon et attend que nous nous corrigions, redoutons qu'il ne nous dise un
jour : "Tu as fait cela et je me suis tu." (Ps 49,21 Si 2,13)
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oici le deuxième degré d'humilité : ne pas aimer sa volonté
propre, ni se complaire dans l'accomplissement de ses désirs, 32
mais bien plutôt imiter dans sa conduite cette parole du Seigneur :
"Je ne suis pas venu faire ma volonté mais celle de celui qui m'a
envoyé." (Jn 6,38) 33 Écriture dit encore : "Le plaisir encourt
la peine, l'effort procure la couronne." (Cette sentence est tirée, non
de Écriture, mais de la Passion de sainte Anastasie (ch.17)).
Art. 66 Nous avons donc été appelés à partager la croix du Christ, ce qui
consiste très souvent pour nous à :
– nous humilier, fuir la vaine gloire et les ambitions égoïstes ;
– bien accomplir le travail quotidien, qui souvent nous demande aujourd'hui
de tels sacrifices qu'il mérite d'être comparé aux austérités de la vie
monastique d'autrefois ;
– exercer la patience, supportant de bon cœur les infirmités de l'âme
et du corps, la faiblesse de nos facultés et le poids de la vie commune ;
– aimer nos ennemis, nos persécuteurs et nos calomniateurs ;
– accepter la vieillesse et la mort, de façon à rendre un témoignage
éclatant de notre foi et de notre espérance en la vie éternelle.
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el est le troisième degré d'humilité : se soumettre au supérieur
en toute obéissance, pour l'amour de Dieu, à l'imitation du Seigneur, dont
l'apôtre dit :"Il s'est fait obéissant jusqu'à la mort." (Ph 2,8)
Art. 67 En outre, de même que nous avons promis au baptême de nous opposer à Satan
et de renoncer à toutes ses séductions,
nous voulons, dans la vie monastique, fuir le monde en tant que soumis au
diable, ainsi que les désirs des yeux, les convoitises de la chair et l'orgueil
de la vie. La fuite du monde consiste avant tout à nous séparer intérieurement
de l'esprit de ce monde qui n'attend rien au-delà du tombeau, et n'estime rien
davantage en cette vie que les jouissances du corps et du cœur.
La séparation extérieure du "monde" – observée à divers
degrés et de différentes manières dans nos communautés – est un signe et un
moyen de ce renoncement intérieur.
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oici le quatrième degré d'humilité : la conscience embrasse la
patience, au point d'obéir silencieusement, quelque durs et contrariants que
soient les ordres reçus, et fût-on même victime de toutes sortes
d'injustices ; 36 on supporte, sans se lasser ni reculer, car
Écriture dit: "Celui qui aura persévéré jusqu'à la fin sera sauvé," (Mt 10,22) 37
et ailleurs : "Prends courage et attend le Seigneur." (Ps 26,14) 38
Et pour nous montrer que le serviteur fidèle doit tout supporter pour le
Seigneur, même les adversités, Écriture dit au nom de ceux qui souffrent :
"C'est pour toi que nous sommes livrés à la mort durant le jour ;
nous sommes considérés comme des brebis de boucherie." (Ps 43,22 Rm 8,36) 39
Et ceux qu'anime l'espoir assuré de la récompense divine, ajoutent avec
joie : "Mais en toutes ces épreuves, nous remportons la victoire,
grâce à celui qui nous a aimés." (Rm 8,37) 40 L'Écriture dit encore en un autre endroit :
"Tu nous as éprouvés, ô Dieu, tu nous as fait passer par le feu,
comme on fait passer l'argent par le feu ; tu nous as pris dans le filet,
tu as amassé les tribulations sur nos épaules." (Ps 65,10-11) 41
Et pour nous apprendre que nous devons vivre sous un supérieur, elle
ajoute : "Tu as établi des hommes sur nos têtes." (Ps 65,12) 42
Ainsi par la patience dans les adversités et les injustices, les humbles
pratiquent le précepte du Seigneur : si on les frappe sur une joue, ils
tendent l'autre ; si on leur ôte leur tunique, ils abandonnent aussi leur
manteau ; si on les contraint de faire un mille, ils en font deux ; (Mt 5,39‑41) 43 avec l'Apôtre Paul ils supportent les faux frères, et
ils bénissent ceux qui les maudissent. (cf. 2Co
11,26 1Co 4,12)
Art. 68 Il ne faut pas que l'amour de la croix et la ferme opposition à
l'esprit de ce monde nous rendent indifférents aux valeurs authentiques de ce
monde, que nous devons mettre au service du règne de Dieu. Les valeurs
techniques, économiques, sociales et culturelles ne nous sont en aucun cas
étrangères, car leur utilisation enrichit notre vie et nous insère dans la
communauté de la famille humaine.
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oici le cinquième degré d'humilité :
découvrir à son abbé, par un humble aveu, toutes les pensées mauvaises qui
viennent à l'âme ainsi que toutes les fautes qu'on aurait commises en secret.
45 L'Écriture nous exhorte à cette pratique
lorsqu'elle dit : "Révèle ta conduite au Seigneur et espère en
lui ;" (Ps 36,5) 46 et encore : "Confessez-vous au Seigneur,
parce qu'il est bon, parce que sa miséricorde est à jamais." (Ps 105,1 Ps 117,1) 47
De même le Prophète : "Je t'ai fait connaître mon péché, et je n'ai
pas caché mon iniquité ; 48 j'ai dit : je proclamerai
contre moi mes transgressions au Seigneur, et tu m'as pardonné l'impiété de mon
cœur." (Ps 31,5)
Art. 116 La Charte de Charité prescrivit la visite annuelle qui devait être
accomplie, selon la loi de la filiation, par l'Abbé du monastère fondateur ou
par son délégué. Elle avait pour but de stimuler la ferveur et de pratiquer, en
cas de besoin et dans la charité, la correction fraternelle. La visite annuelle
était le pivot de la structure juridique de l'Ordre ; très estimée de
tous, même en dehors de l'Ordre, elle contribua certainement en grande partie à
fortifier et développer la vie dans les monastères.
En effet, le Visiteur, au terme de son examen, peut très souvent donner
d'excellents conseils à l'Abbé du lieu, attirer son attention sur des questions
et problèmes qu'il n'avait peut-être pas perçus ou dont il n'avait pas vu clairement
l'enchaînement et les aspects relatifs aux personnes. Découvre-t-il dans un
monastère des manquements aux prescriptions de notre Ordre, qu'il s'emploie,
avec le conseil de l'Abbé du lieu, à les corriger en toute charité.
La loi de la filiation n'est restée en vigueur qu'en peu d'endroits. A
la place de cette parenté quasi-naturelle qu'était la filiation, aujourd'hui le
plus souvent on trouve l'union des monastères en Congrégations ; aussi le
Visiteur ordinaire est-il généralement l'Abbé Président de la Congrégation,
sauf dans les cas où la loi de la filiation est en vigueur et lorsque les
Constitutions de la Congrégation respective en disposent autrement.
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oici le sixième degré d'humilité : le moine se trouve satisfait de
tout ce qu'il y a de vil et de bas ; en toutes les occupations qu'on lui
donne, il s'estime comme un ouvrier incapable et indigne d'y réussir, 50 disant avec le Prophète :
"J'ai été réduit à rien et je ne sais rien ; je suis devenu comme une
bête de somme devant toi et je suis toujours avec toi." (Ps 72,22-23)
Art. 117 Le but des visites reste donc identique à celui d'autrefois, même si
certaines manières d'accomplir la visite doivent être adaptées aux conditions
nouvelles. Aujourd'hui encore, que les visites se fassent fréquemment, sans
être toujours obligatoirement canoniques, pour remédier à temps aux nécessités
des monastères.
Certes, le Visiteur n'est ni un législateur ni
un "réformateur", mais il doit engager à un examen de conscience dans
tous les domaines. En effet, les problèmes trouveront rarement leur solution
par voie d'autorité, mais seulement par la conviction intérieure. Toutefois
cela exige beaucoup du Visiteur, aussi bien que de ceux qu'il visite.
Que le Visiteur, dont la charge est avant tout un service de charité,
s'efforce en premier lieu de saisir l'état psychologique de la communauté. Il
devra se montrer respectueux de l'autonomie légitime du monastère et de ses
fins propres légitimement approuvées, afin que la visite apporte un authentique
progrès au monastère.
Que, de leur côté, ceux qui sont visités s'ouvrent avec humilité et
sincérité, cherchant en toute vérité le bien des âmes et le progrès de la
communauté au service de Dieu. Qu'ils n'oublient pas non plus les multiples
limites de la visite, à savoir l'étendue restreinte des matières dans
lesquelles le Visiteur peut intervenir, et les possibilités réelles de son
intervention. Il n'est pas rare que la visite soit privée de fruits à cause de
l'attente inconsidérée et sans fondement de nombreux membres de la communauté
qui, demandant du Visiteur des choses irréalisables, se déclarent rapidement
déçus.
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oici le septième degré d'humilité : non seulement se proclamer des
lèvres le dernier et le plus vil de tous, mais aussi le croire fermement du
fond de son cœur, 52 s'humiliant et disant avec le Prophète :
"Pour moi je suis un ver et non un homme ; je suis l'opprobre des
hommes et le rebut du peuple; (Ps
21,7) 53 j'ai été élevé, puis humilié et couvert de
confusion." (Ps 87,16) 54 Et ailleurs : "Il m'est bon d'avoir été
humilié par toi, afin que j'apprenne tes commandements." (Ps 118, 71-73)
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oici le huitième degré d'humilité : le moine ne fait rien que ce
qui lui est prescrit par la règle commune du monastère et conseillé par les
exemples des Pères.
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oici le neuvième degré d'humilité : le moine défend à sa langue de
parler et, pratiquant la retenue dans ses paroles, garde le silence jusqu'à ce
qu'on l'interroge. 57 Selon l'enseignement de Écriture, en effet,
"on ne saurait éviter le péché en parlant beaucoup", (Pr 10,19) 58
et "le bavard ne marche pas droit sur la terre." (Ps 139,12)
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oici le dixième degré d'humilité : n'être ni enclin ni prompt à
rire, car il est écrit : "Le sot, en riant, élève la voix." (Si 21,23)
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oici le onzième degré d'humilité : le moine, dans ses propos,
s'exprime doucement et sans rire, humblement et avec gravité, brièvement et
raisonnablement, évitant les éclats de voix, 61 ainsi qu'il est
écrit : "On reconnaît le sage à la sobriété de son langage." (Texte
tiré des Sentences du philosophe grec Sextus que Rufin a traduites en les
attribuant à Sixte II, pape et martyr.)
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oici le douzième degré d'humilité : le moine non seulement possède
cette vertu dans son cœur, mais encore la manifeste au dehors par son attitude.
63 A l'Oeuvre de Dieu, à l'oratoire, dans le
monastère, au jardin, en chemin, aux champs, qu'il soit assis, en marche ou
debout, il aura toujours la tête inclinée, le regard fixé à terre 64
se sentant à toute heure chargé de ses péchés, il se voit déjà traduit devant
le tribunal redoutable de Dieu, 65 et répète toujours dans son cœur
ce que le publicain de l'Évangile disait, les yeux fixés à terre :
"Seigneur, je ne suis pas digne, moi, pécheur, de lever les yeux vers le
ciel"; (Lc 18,13 Mt 8,8) 66 et encore avec le Prophète : "Je me tiens
courbé et humilié de toute manière." (Ps 37,9)
67 Après avoir gravi tous ces degrés d'humilité,
le moine parviendra bientôt à cet amour de Dieu, qui, devenu parfait, bannit la
crainte. (allusion 1Jn 4,18) 68
Grâce à cet amour, il accomplira sans peine, comme naturellement et par
habitude, ce qu'auparavant il n'observait qu'avec frayeur. 69 Il
n'agira plus sous la menace de l'enfer, mais par amour du Christ, par
l'accoutumance même du bien et par l'attrait des vertus. 70 Voilà
ce que le Seigneur daignera manifester dans son serviteur, purifié de ses
défauts et de ses péchés, grâce à l'Esprit-Saint.
Art. 10 Cependant la source première et la plus féconde de notre vie est
l'action et l'inspiration de l'Esprit Saint en nous. En effet, nous croyons
fermement que l'Esprit de Dieu est aussi à l'œuvre en nous, inclinant nos cœurs
à mieux connaître la volonté de Dieu et à la suivre avec plus de promptitude.
Rien n'est plus nécessaire pour nous que d'examiner avec un cœur droit notre
vie et notre vocation sous la lumière de l'Esprit Saint, et de répondre promptement
à ses impulsions. Sans aucun doute, son opération, quoique mystérieuse, se
manifeste surtout dans l'union fraternelle des moines qui recherchent
sincèrement la volonté de Dieu et les formes aptes et dignes de son service. Un
dialogue vrai et ouvert, une sincère délibération communautaire, et la
collaboration responsable de tous les membres, sont les moyens par lesquels les
motions et les impulsions du Saint Esprit nous sont manifestées en premier
lieu.
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urant l'hiver, c'est-à-dire du 1er novembre à
Pâques, on se lèvera à la huitième heure de la nuit ; la prudence le
demande ainsi ; 2 De la sorte on se sera reposé un peu plus de
la moitié de la nuit et la digestion sera terminée au réveil. 3 Le
temps qui reste après les Vigiles sera employé à l'étude du Psautier ou des
leçons, par les frères du moins qui en ont besoin. 4 De Pâques au
1er novembre, on réglera l'horaire de telle sorte que les Vigiles, après un
court intervalle pendant lequel les frères sortiront pour les nécessités de la
nature, soient suivies immédiatement des Laudes (Saint Benoît appelle
Matutini nos Laudes actuelles), qui doivent être chantées au point du jour.
Art. 18 Notre Ordre – comme tout individu ou société particulière – conserve en
lui-même son passé. Il porte en lui-même l'héritage et le poids non seulement
de son histoire depuis les commencements de Cîteaux, mais aussi de l'histoire
générale du monachisme, dont les racines remontent jusqu'aux premiers siècles
chrétiens. Par conséquent, il est profitable de se rappeler brièvement les
moments principaux de l'histoire du monachisme et leur importance.
Art. 19 Les formes primitives de la vie monastique existaient
depuis les origines de l'Église (les confesseurs et les vierges, dont la vie
est appelée par certains un "monachisme domestique"). Au IIIe siècle,
outre cette forme, apparaissent dans l'Église universelle les anachorètes et
les cénobites, et à partir du IVe siècle, des Règles sont rédigées pour organiser
les nouvelles institutions monastiques et transmettre les expériences des
"Pères spirituels". Cependant, l'Évangile continuait d'être cette
"Règle non réglée" au service de laquelle étaient toutes les règles.
Art. 20 Incontestablement, la Règle de S. Benoît se
distingue entre toutes. Le Saint Patriarche avait concentré les autres règles
dans sa "petite règle pour les débutants" d'après laquelle le
monastère est une "école du service du Seigneur", où, sous la
paternité du Christ dont l'Abbé tient la place au service des frères, la
communauté court dans la voie des commandements de Dieu sous la conduite de
l'Évangile, dans un équilibre harmonieux de l'Opus Dei, de la lectio divina, du
travail et des autres exercices.
Art. 21 Cependant la Règle, qui traite de l'organisation
intérieure du monastère, reçoit un certain complément par la "Vie de
S. Benoît", rédigée pour nous dans les "Dialogues" de
S. Grégoire. Même si cette Vie n'est pas strictement historique dans tous
ses détails, elle nous montre de quelle manière, selon la tradition, le Saint
Patriarche lui-même recevait ceux qui venaient au monastère, et aussi comment
il se comportait à l'extérieur du monastère. S. Grégoire enseigne en
effet que S. Benoît "appelait à la foi, par une prédication continuelle,
toute la population des alentours" ; bien plus, il envoyait très souvent
ses frères au village voisin pour "exhorter les âmes".
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u temps d'hiver, dont il a été parlé, on dira
d'abord trois fois le verset : "Seigneur, ouvre mes lèvres et ma
bouche annoncera ta louange." (Ps
50,17) 2 On ajoutera le psaume trois et le
Gloria ; (Gloria : "Gloire au Père...", formule
d'acclamation à la Trinité, qui termine le chant de chacun des Psaumes)
3 ensuite le psaume quatre-vingt-quatorze avec antienne, ou, du moins,
chanté. 4 Puis, suivent l'hymne et six psaumes avec antiennes.
5 Ceci achevé et après le verset, l'abbé donnera la bénédiction. Puis,
tous étant assis sur leurs bancs, les frères liront, à tour de rôle, dans le
livre de chœur, sur le pupitre, trois leçons. Après chacune d'elles, on
chantera un répons.6 Les deux premiers répons se diront sans Gloria,
mais après la troisième leçon, celui qui chante dira le Gloria. 7 Au
moment où le chantre le commence, tous se lèveront de leurs sièges par honneur
et révérence envers la Sainte Trinité. 8 Aux Vigiles, on lira les
livres d'autorité divine tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, ainsi que
les commentaires qui en ont été donnés par les Pères catholiques qualifiés pour
leur orthodoxie. (Les lectures bibliques étaient adaptées aux temps
liturgiques pour les grandes fêtes du Seigneur ; quant à leurs
commentaires, Benoît veille à ce qu'il ne s'en glisse pas d'hétérodoxes ou de
peu sûrs) 9 Après ces trois leçons accompagnées de leurs répons,
on chantera six autres psaumes avec Alléluia. 10 Suivront : une
leçon de l'Apôtre (Il s'agit d'un extrait des lettres de saint Paul. Les
principaux offices liturgiques s'achevaient par des litanies et prières pour
tous les besoins des fidèles, par une oraison ou bénédiction et par la formule
du renvoi. Benoît faisant allusion à des rites bien connus ne juge pas
nécessaire de préciser davantage), qui doit être récitée par cœur, le
verset, et la prière de la litanie, c'est-à-dire Kyrie eleison. (Kyrie
eleison : invocation liturgique d'origine grecque, qui signifie :
"Seigneur, aie pitié.") 11 Ainsi se terminera l'office
de la nuit.
Art. 22 La Règle de S. Benoît n'était pas la seule et ne
jouissait pas d'une acceptation universelle jusqu'au temps de S. Benoît
d'Aniane (époque de la "Règle mixte"). Mais dès lors elle fut
introduite lentement dans presque tous les monastères de l'Empire Carolingien.
A partir de là apparut une certaine uniformité de vie dans le monachisme
occidental, qui peut être appelé
"Bénédictin".
Ensuite les synodes des IXe-XIe s. s'appliquèrent à distinguer plus
clairement les moines des chanoines réguliers, mais sans grand succès. Car des
moines en nombre toujours plus grand accédaient aux ordres sacrés et passaient
ainsi à l'état clérical, tandis que les chanoines réguliers organisaient leur
vie selon les usages monastiques. De plus, le monachisme des Xe et XIe s.,
délaissant la vie simple, augmenta continuellement la part et le poids de la
liturgie dans la vie monastique, de sorte que l'équilibre entre prière et
travail fut complètement perdu.
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epuis Pâques jusqu'au 1er novembre on
conservera le nombre de psaumes fixé plus haut. 2 Toutefois, à cause
de la brièveté des nuits, on ne lira pas de leçons dans le livre de
chœur ; mais à la place des trois leçons, on en dira une, de mémoire,
tirée de l'Ancien Testament. Elle sera suivie d'un répons bref. 3
Tout le reste se fera comme il a été réglé ci-dessus. On ne dira jamais moins
de douze psaumes aux Vigiles, non compris les psaumes trois et quatre-vingt
quatorze.
Art. 23 Au XIe s. cependant, surgissent chez les moines (et chanoines) de nouveaux
mouvements spirituels se proposant de revenir à la vraie pauvreté évangélique,
au travail des mains, à la "pureté de la Règle" et aux sources
authentiques du monachisme ancien.
Cîteaux fut fondé dans ce but. Les Fondateurs du "Nouveau
Monastère" restaurèrent l'équilibre entre vie liturgique et travail, même
s'ils ne revinrent pas en tout à la lettre de la Règle. Ils retinrent en effet
plusieurs fonctions liturgiques ignorées de S. Benoît et introduites par
la suite (comme par exemple la messe conventuelle quotidienne), et ainsi
modifièrent l'horaire de la journée. De plus, ils admirent des frères convers
parce qu'ils disaient que, sans eux, ils ne pouvaient pas observer, "jour
et nuit, les préceptes de la Règle". Par conséquent, en beaucoup de
points ils comprenaient la Règle non dans le sens historique du VIe s., mais
selon les commentaires postérieurs.
Depuis le commencement, les monastères fondés par Cîteaux et ses filles
étaient des abbayes autonomes ("sui juris") unies entre elles selon
les prescriptions de la "Charte de Charité". Leurs Abbés se
rassemblaient chaque année à Cîteaux pour le Chapitre Général, afin de
promouvoir le soin des âmes des moines qui leur étaient confiés.
Depuis les premières décennies du XIIe s., les abbés de notre Ordre
favorisèrent la fondation de monastères de moniales et les aidèrent à organiser
leur vie. Les convents de moniales ainsi que ceux de moines, jusqu'en 1184,
étaient sous la juridiction des Évêques. Une fois l'exemption obtenue, beaucoup
de monastères de moniales furent incorporés à l'Ordre.
Au début, les abbesses fondatrices faisaient la visite régulière des
abbayes filles et les filiations avaient aussi leurs chapitres, mais à cause de
la loi de la clôture, qui fut de plus en plus rigoureuse pour les moniales au
Moyen Âge, la visite passa au Père Immédiat et les chapitres d'abbesses
n'eurent plus lieu.
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e dimanche, on se lèvera pour les Vigiles plus
tôt que les autres jours. 2 Voici l'ordre à suivre. Après avoir
chanté, comme nous l'avons disposé ci-dessus, six paumes et le verset, tous les
frères s'assiéront sur les bancs, en ordre et selon leur rang. On lira dans le
livre, ainsi que nous l'avons déjà dit, quatre leçons avec leurs répons. 3
Au quatrième répons seulement le chantre dira le Gloria. Dès le début de
celui-ci, tous se lèveront avec révérence. 4 Après les leçons, six
autres psaumes suivront d'affilée, avec leurs antiennes, comme les précédents,
puis le verset. 5 Après quoi, on lira de nouveau quatre leçons avec
leurs répons, selon l'ordre fixé plus haut. 6 On dira ensuite trois
cantiques tirés des Prophètes et déterminés par l'abbé. On les chantera avec
Alléluia. 7 Après le verset qui suit et la bénédiction de l'abbé, on
lira encore quatre leçons du Nouveau Testament, selon le même ordre que plus
haut. 8 Après le quatrième répons, l'abbé entonnera le Te Deum
laudamus. (Te Deum, hymne composée vers les années 400, était devenue très
populaire dans l'Église) 9 Cette hymne terminée, il lira la leçon
de l'Évangile, tandis que tous les moines se tiendront debout, avec respect et
crainte. 10 A la fin de l'Évangile, ils répondront Amen. Aussitôt
l'abbé ajoutera l'hymne Te decet laus, (cette courte hymne est d'origine
grecque) puis, la bénédiction donnée, on commencera les Laudes.
11 Cet ordre pour les Vigiles du dimanche sera
suivi en toute saison, aussi bien en été qu'en hiver, 12 sauf si –
ce qu'à Dieu ne plaise, – les frères se fussent levés trop tard. En ce cas, on
retrancherait quelque chose des leçons ou des répons. 13 Qu'on
prenne toutefois bien garde que ce désordre n'arrive point. S'il se produisait,
celui qui l'a causé par sa négligence, en fera une juste satisfaction à Dieu
dans l'oratoire.
Art. 24 Par suite de l'accroissement de l'Ordre, avec la fondation très rapide
de centaines d'abbayes et l'incorporation de plusieurs Congrégations (les
Congrégations de Savigny et d'Obazine du vivant de S. Bernard), l'uniformité
des coutumes ("similitudo morum") existant
au commencement se diversifia lentement et insensiblement. La transformation de
la vie sociale, intellectuelle et politique eut aussi son influence sur
l'évolution de l'Ordre. C'est pourquoi le Chapitre Général s'appliqua à adapter
la législation de l'Ordre aux exigences toujours nouvelles, et ne craignit
pas, au cours du XIIe s., de retoucher même la Charte de Charité, plusieurs
fois et non légèrement.
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e dimanche, à Laudes, on dira d'abord sans
antienne et d'un trait le psaume soixante-six. 2 Ensuite le
psaume cinquante avec Alléluia, 3 et les psaumes cent-dix-sept et
soixante-deux ; 4 puis le cantique Benedicite (le
cantique Benedicite est tiré du Livre de Daniel Da 2,57-88)
et les psaumes Laudate (Les psaumes Laudate sont les trois derniers du
psautier Ps 148 149 150), une leçon
de l'Apocalypse par cœur, le répons, l'hymne, le verset, le cantique
(Benedictus) de l'Évangile et la litanie, et l'office est achevé (Benedictus,
premier mot du Cantique de Zacharie Lc 1,68-79) .
Art. 25 Le grand nombre d'Abbés participant au Chapitre Général conduisit
ensuite à la création du Définitoire qui reçut sa forme propre en 1265, et la
conserva jusqu'à la Révolution Française. Pour cette raison, et aussi à cause
des guerres et autres difficultés, les Abbés commencèrent à venir plus rarement
au Chapitre Général. A la même époque, en diverses régions, surtout en Europe
centrale et orientale, mais aussi au Portugal, la vie cistercienne prit des formes
nouvelles.
Au cours du temps, à ces raisons s'en ajoutèrent d'autres, politiques
et ecclésiastiques, comme l'institution de la commende, qui exigèrent de nouvelles
solutions dans les différentes régions. Ainsi naquirent dans l'Ordre diverses
Congrégations (Castille en 1425, S. Bernard en Italie en 1497, Portugal en
1567, par disposition des Pontifes Romains. Ensuite au XVIIe s., avec la
coopération du Chapitre Général, les Congrégations de Calabre-Lucques, Romaine,
d'Aragon et de Haute-Allemagne).
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es jours ordinaires, la solennité des Laudes
se fera comme suit. 2 On récitera d'abord le psaume soixante-six (Ps
66) sans antienne et en traînant un peu, comme le dimanche, afin que tous aient
le temps d'arriver pour le psaume cinquante (Ps 50), qu'on dira avec antienne. 3
Ce psaume sera suivi de deux autres selon la coutume : à savoir, 4 le
lundi, le cinquième (Ps 5) et le trente-cinquième (Ps 35) ; 5
le mardi, le quarante-deuxième (Ps 42) et le cinquante-sixième (Ps 56) ;
6 le mercredi, le soixante-troisième (Ps 63) et soixante-quatrième
(Ps 64) ; 7 le jeudi, le quatre-vingt-septième (Ps 87) et
le quatre-vingt-neuvième (Ps 89) ; 8 le vendredi, le
soixante-quinzième (Ps 75) et le quatre-vingt-onzième (Ps 91) ;
9 le samedi, le cent quarante-deuxième (Ps 142) avec le cantique du
Deutéronome divisé en deux Gloria. 10 Les autres jours on dira le
cantique tiré des Prophètes et assigné pour chaque jour, comme les psalmodie
l'Église romaine. 11 Viendront ensuite les psaumes Laudate, une
leçon de l'Apôtre récitée par cœur, le répons, l'hymne, le verset, le cantique
(Benedictus) de l'Évangile, la litanie, et l'office est achevé.
12 Il est entendu que les offices des Laudes et
des Vêpres ne devront jamais se conclure sans que le supérieur dise, en dernier
lieu, en entier, au milieu de l'attention générale, l'oraison dominicale, à
cause des épines de querelles qui ont accoutumé de se produire. 13
Ainsi, les frères, engagés par la promesse qu'ils font en cette oraison :
"Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons", (allusion
Mt 6,12-13) se purifieront
de ces sortes de fautes. 14 Mais aux autres Heures, il suffira de
dire tout haut la dernière partie de cette oraison, en sorte que tous
répondent : "Mais délivre-nous du mal." (allusion Mt
6,12-13)
Art. 26 Durant ces siècles, dans l'Ordre, l'importance du sacerdoce augmenta de
plus en plus, et nombre de monastères assumèrent diverses obligations du
ministère pastoral. Après le concile de Trente, dans plusieurs parties de
l'Ordre, ce ministère dans les paroisses devint le premier travail et la tâche
principale de beaucoup de moines-prêtres.
Art. 27 L'instruction de la jeunesse dans les écoles a de
profondes et fortes racines dans la tradition monastique ancienne, et bien que
les premiers cisterciens aient refusé la tâche de l'enseignement à cause des
circonstances du temps, par la suite cependant, ce travail, sous diverses
formes, devint plus fréquent chez nous aussi. La charge de l'enseignement dans
les écoles de droit public fut assumée par plusieurs monastères, spécialement à
partir du XVIIIe s. quand le système moderne d'éducation connut ses débuts.
Art. 28 L'Ordre souffrit de grands dommages au XVIe s., à
cause de la Réforme Luthérienne et de ses conséquences, mais au XVIIe s., il
commença à fleurir de nouveau en de nombreuses régions. A cette époque, les abbayes qui, en acceptant
des charges pastorales ou enseignantes,
prirent part aux devoirs et aux soucis des Églises locales, s'efforcèrent
d'adapter leur vie à ces obligations en grande partie nouvelles. Cependant la
Révolution Française, le joséphisme et les sécularisations qui suivirent
rapidement ailleurs, détruisirent non seulement la plupart des monastères, mais
aussi et radicalement l'organisation de l'Ordre. Une fois Cîteaux supprimé,
comme l'Ordre n'avait pas de Constitutions aptes à surmonter les difficultés,
et était dans l'impossibilité de convoquer un Chapitre Général, l'ancien droit
constitutionnel de l'Ordre fut profondément transformé. A la mort de l'Abbé de
Cîteaux, le Saint-Siège, se trouvant lui-même en grande difficulté, put prendre
des mesures pour l'Ordre seulement d'une manière provisoire. Mais Pie VII,
revenant à Rome après sa captivité par Napoléon, institua aussitôt un chef pour
l'Ordre, qui fut été dès lors, et jusqu'en 1880, l'Abbé Président de la
Congrégation de S. Bernard en Italie. Cependant la juridiction de cet Abbé
Président Général se limitait quasi uniquement à la confirmation des abbés
nouvellement élus de la Stricte Observance, mais cela se fit de cette manière
pour que l'unité de l'Ordre soit conservée. Quand en 1834, la première
Congrégation de la Trappe fut érigée, il était clairement dit que cette
Congrégation était sous la juridiction de l'Abbé Général. Les efforts pour
convoquer un Chapitre Général de tous les abbés ne réussirent pas ; ce fut
ainsi que le premier Chapitre Général après la Révolution Française ne fut
réuni qu'en 1880, et ses membres furent déterminés par le Saint-Siège.
En 1892, durant le Chapitre de l'union des trois Congrégations de la
Stricte Observance, les Pères capitulants constituèrent librement un ordre
autonome, l'Ordre des Cisterciens Réformés de la Trappe. Léon XIII, vu
l'impossibilité de réunir les deux Ordres, parla en 1902 de "Famille
Cistercienne", en concédant à l'Ordre des Cisterciens réformés tous les
privilèges de l'Ordre de Cîteaux.
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ux fêtes des Saints et à toutes les
solennités, on fera l'office de nuit comme le dimanche, 2 sauf
qu'on dira les psaumes, antiennes et leçons propres au jour même (de la fête).
Pour la quantité, on gardera la mesure prescrite ci-dessus.
Art. 29 Les Abbés des autres monastères se rassemblèrent plusieurs fois au
siècle dernier en Chapitres Généraux, et par trois fois, ils rédigèrent aussi
des Constitutions sur le Gouvernement Suprême de l'Ordre. En
outre, de nos jours, plusieurs monastères nés en dehors de l'Ordre et également la Congrégation de Casamari,
s'unirent à l'Ordre, et plusieurs nouvelles fondations surgirent, aussi en
terre de mission.
Après la seconde guerre mondiale, les monastères de moniales d'Espagne
et d'Italie formèrent des Fédérations de droit pontifical qui ont de grands
mérites, tant du point de vue spirituel que temporel, et il convient que leur
travail pour le bien des monastères et de l'Ordre continue.
Ainsi est né notre Ordre actuel qui embrasse une réalité assez
complexe. Par conséquent, il apparaît extrêmement nécessaire que, dans le
travail de la rénovation adaptée, chaque communauté connaisse avant tout ses
obligations et ses fins, et les détermine clairement et sincèrement. Une telle
clarification favorisera aussi la vitalité et la compréhension mutuelle au sein
de l'Ordre.
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epuis la sainte Pâque jusqu'à la Pentecôte, on
dira l'Alléluia sans exception, tant aux psaumes qu'aux répons. 2
Depuis la Pentecôte jusqu'au commencement du Carême, on le dira chaque nuit
avec les six derniers psaumes des Nocturnes seulement. 3 Tous
les dimanches hors du Carême, on dira avec l'Alléluia, les Cantiques, Laudes,
Prime, Tierce, Sexte et None ; mais les Vêpres se chanteront avec
antienne. 4 On ne dira jamais les répons avec l'Alléluia, sinon de
Pâques à la Pentecôte.
Art. 59 Le moine qui, à la suite du Christ, cherche Dieu et désire Le servir,
s'adonne fréquemment à la prière. Dans la méditation de la Parole de Dieu qui
se révèle à nous, comme dans la prière commune ou privée qui répond à la Parole
de Dieu, l'esprit et le cœur s'élèvent aux choses de Dieu. De cette manière
nous pouvons trouver la source de l'inspiration de tous nos actes, et en même
temps mieux examiner l'orientation de notre vie et la rectifier plus souvent.
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ous ferons comme l'a dit le Prophète :
"Sept fois le jour j'ai chanté tes louanges." (Ps 118,164) 2 Nous remplirons
ce nombre sacré de sept, si nous nous acquittons des devoirs de notre service à
Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complies. 3 Car c'est
de ces Heures du jour que le Prophète a dit : "Sept fois le jour j'ai
chanté tes louanges." (Ps
118,164) 4 Tandis que, au sujet de l'office de la nuit,
il s'exprime ainsi : "Je me levais au milieu de la nuit pour te
louer." (Ps 118,62) 5 Louons donc notre Créateur des jugements de sa justice, en ces
Heures-là, à savoir : Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None,
Vêpres, Complies, et la nuit, levons-nous pour lui offrir nos louanges. (cf. Ps
118,164 118,62)
Art. 60 De même que la vocation religieuse est une grâce de Dieu, ainsi notre
faculté de prier ne vient pas de nous, mais de l’Esprit Saint par Lequel nous
crions "Abba, Père". Dans la réception des sacrements,
particulièrement dans la célébration quotidienne de l'Eucharistie, cette vie de
la grâce se nourrit en nous assidûment, et notre prière s'unit
sacramentellement aux actes salvifiques du Christ.
Les moines sont spécialement appelés à continuer dans l'Église la
prière du Christ, – cela ressort de toute la tradition monastique et des
préceptes de l'Église – par la célébration de la messe et de l'office divin,
auxquels il faut donner la première place dans notre vie, comme par les autres
formes de prière, qui doivent, de la manière qui leur est propre, pénétrer
toute notre vie.
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ous avons jusqu'ici réglé l'ordre de la
psalmodie pour les Vigiles et les Laudes ; voyons maintenant ce qui concerne
les heures suivantes. 2 A Prime, on dira trois psaumes séparément et
non sous un seul Gloria ; 3 mais avant de commencer ces psaumes
on dira l'Hymne de la même Heure, après le verset "Dieu, viens à mon
aide". (Ps 69,2) 4 Après les trois psaumes, on récitera une leçon, le verset, le Kyrie
eleison, et le renvoi. 5 Les offices de Tierce, Sexte et None se
célèbreront de la même manière, c'est-à-dire : le verset "Dieu, viens
à mon aide" (Ps 69,2) , l'hymne de ces Heures, trois psaumes, une
leçon, le verset, Kyrie eleison, puis le renvoi. 6 Si la communauté
est nombreuse, on dira les psaumes avec antiennes ; sinon on psalmodiera
d'un trait. 7 La réunion de Vêpres se composera de quatre psaumes
avec antiennes ; 8 ensuite, on récitera la leçon, le répons,
l'hymne, le verset, le cantique de l'Évangile (Magnificat) (Magnificat:
premier mot du cantique de la Vierge
Lc 1,46-51), la litanie, et par l'oraison dominicale se
fera le renvoi. 9 A Complies, on récitera simplement trois psaumes
d'un trait, sans antienne, 10 puis l'Hymne de cette Heure, une
leçon, le verset, le Kyrie eleison, et, par la bénédiction se fera le renvoi.
Art. 61 Dans la célébration eucharistique, le sacrifice du Christ s'offrant
pour nous une fois pour toutes sur la croix est rendu quotidiennement présent
pour nous, et les actions humaines qui rendent un culte à Dieu deviennent un
signe efficace des actes du Christ ; ainsi, le don et la Parole de Dieu
d'une part, et d'autre part la réponse de l'homme par l'action de grâce et la
louange, s'unissent au plus haut degré pour la gloire de Dieu et la
sanctification de l'homme. Car tous les ministères ecclésiastiques sont ordonnés
à la célébration de l'Eucharistie, qui est vraiment le centre de toute la
liturgie, et bien plus, de la vie chrétienne. Pour cette raison, il faut
qu'occupe la première place dans notre vie "le sacrement de la piété,
signe de l'unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est
reçu en nourriture, l'âme est comblée de grâce et le gage de la gloire future
nous est donné".
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'abord on dira le verset : Dieu, viens à
mon aide ; Seigneur, hâte-toi de m'aider (Ps 69,2)
, et le Gloria. Puis viendra l'hymne propre à chaque Heure (Il s'agit des petites
Heures du jour, les seules où l'hymne suive immédiatement le Deus in
adjutorium). 2 Ensuite, à Prime, le dimanche, on dira quatre
sections du paume cent dix-huit (Ps
118); 3 aux autres Heures, c'est-à-dire à Tierce, Sexte et None, on
récitera trois sections du même psaume (Ps 118). 4 A Prime du lundi,
on dira trois psaumes, à savoir le premier, le second et le sixième (Ps 1 2 6);
5 ainsi de suite, chaque jour à Prime, jusqu'au dimanche, on continuera,
en suivant leur ordre, à réciter trois psaumes jusqu'au psaume dix-neuf (Ps
19): toutefois on partagera en deux les psaumes neuf (Ps 9) et dix-sept (Ps
17). 6 De cette façon, les psaumes du dimanche commenceront toujours
par le psaume vingt (Ps 20). 7 A Tierce, Sexte et None du lundi on
dira les neuf sections qui restent du psaume cent dix-huit (Ps 118), à raison
de trois sections pour chaque Heure. 8 Le psaume cent dix-huit (Ps
118) aura donc été achevé en deux jours, à savoir le dimanche et le lundi.
9 Cela étant, le mardi à Tierce, Sexte et None on dira trois psaumes,
depuis le cent dix-neuvième jusqu'au cent vingt-septième (Ps 119-127), ce qui
fait neuf psaumes. 10 Ces psaumes sont répétés aux mêmes
Heures, chaque jour jusqu'au dimanche. De même pour ce qui est des hymnes,
leçons et versets, on gardera tous les jours la disposition uniforme qui a été
établie. 11 Mais le dimanche on recommencera toujours par le psaume
cent dix-huit (Ps 118). 12
A Vêpres, on chantera tous les jours quatre psaumes, (Au lieu des cinq
psaumes de l'office romain, saint Benoît, par discrétion, tend à ne pas trop
prolonger les offices du jour, afin de laisser du temps pour le travail) 13
à partir du cent neuvième jusqu'au cent quarante-septième (Ps 109-147), 14
exception faite de ceux qui sont réservés pour d'autres Heures, à savoir depuis
le cent dix-septième jusqu'au cent vingt-septième, plus le cent troisième et le
cent quarante-deuxième (Ps 117-127 133 142). 15 Tous les autres se
diront à Vêpres. 16 Mais comme il manque trois psaumes (pour le
nombre voulu), on divisera (en deux) les plus longs, à savoir les psaumes cent
trente-huit, cent quarante-trois et cent quarante-quatre (Ps 138 143 144).
17 Quant au cent seizième, très court, on le joindra au cent quinzième
(Ps 116 115). 18 L'ordre des psaumes de Vêpres étant ainsi réglé, le
reste de cet office, c'est-à-dire les leçons, répons, hymne, verset et
cantique, se dira comme nous l'avons indiqué plus haut. 19 A Complies, on répètera tous les
jours les mêmes psaumes, savoir les psaumes quatre, quatre-vingt-dix et cent
trente-trois (Ps 4 90 133).
20 L'ordre de la psalmodie du jour étant ainsi
disposé, tous les autres psaumes qui restent seront distribués également entre
les sept Vigiles de la semaine, 21 ceux qui sont trop longs étant
divisés en deux, de sorte qu'il y en ait douze pour chaque nuit. 22
Avant tout cependant nous tenons à dire que, si quelqu'un ne goûte pas cette
distribution des psaumes, il en adopte une autre qu'il jugera meilleure.
23 Qu'il soit bien entendu toutefois que le psautier de cent cinquante
psaumes sera récité intégralement chaque semaine et recommencé chaque dimanche
à Vigile. 24 En effet, des moines qui, au cours de la semaine,
psalmodient moins que le psautier avec les cantiques habituels se montrent par
trop mous dans le service qu'ils ont voué. 25 La tâche que nos
saints Pères, comme nous le lisons, accomplissaient courageusement en un seul
jour, puissions-nous du moins, dans notre tiédeur, nous en acquitter en une
semaine entière!
Art. 62 Dans la rénovation de l'Office divin qui doit être poursuivie et menée
à bien, nous devons être attentifs en premier lieu à l'unité et à l'harmonie entre
la liturgie et les autres dimensions de la vie religieuse. En effet, si la liturgie
est bien "le sommet auquel tend l'action de l'Église, et en même temps la
source d'où découle toute sa vertu", elle n'épuise pas toute l'action de
l'Église ou du monastère. C'est pourquoi il faut d'une part que la vie
quotidienne se prête à une fructueuse célébration liturgique, et de l'autre que
les structures et formes de la liturgie soient telles qu'elles puissent alimenter
et soutenir la vie quotidienne.
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artout nous croyons fermement que Dieu est
présent et que les yeux du Seigneur considèrent en tout lieu les bons et les
méchants. (allusion Pr 15,3) 2 Mais surtout il faut le croire fermement lorsque nous assistons à
l'office divin. 3 Ayons donc toujours dans la mémoire ce que dit le
Prophète : "Servez le Seigneur dans la crainte." (Ps 2,11) 4
Et encore : "Psalmodiez avec sagesse." (Ps 46,8) 5 Et :
"Je te chanterai en présence des anges." (Ps 137,1) 6 Considérons donc
comment nous devons nous tenir en présence de Dieu et de ses Anges, 7
et tenons-nous pour psalmodier de manière que notre esprit soit en accord avec
notre voix.
Art. 63 A la vie de prière appartient aussi nécessairement la lectio divina,
qui exige une formation adaptée et certaines conditions lui permettant d'être
vraiment une lecture priante, paisible et assidue. Dotée de telles qualités, la
lectio divina aide efficacement le moine à devenir de plus en plus un
"homme de Dieu" et à percevoir clairement la présence et la volonté
de Dieu.
L'observance du silence favorise grandement l'esprit de prière. En
observant fidèlement les temps de silence, nos cœurs se disposent à mieux entendre
la Parole de Dieu et à Lui être plus ouverts et attentifs.
note du traducteur : il s'agit ici de la prière privée, distincte
de la prière vocale liturgique.
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orsque nous avons une requête à faire aux puissants de la terre, nous
n'osons le faire qu'avec humilité et respect. 2 A plus forte raison
faut-il supplier le Seigneur Dieu de l'univers en toute humilité et pure
dévotion. 3 Sachons bien que ce n'est pas l'abondance des paroles,
mais la pureté du cœur et les larmes de la componction qui nous obtiendront
d'être exaucés. 4 La prière doit donc être brève et pure, à moins
que peut-être la grâce de l'inspiration divine ne nous incline à la prolonger.
5 Mais en communauté, la prière sera très courte, et, sur le signal du
supérieur, tous se lèveront en même temps.
Art. 64 L'unité de notre vie doit être manifestée par la fusion harmonieuse de
ses éléments. Par dessus tout, que l'action liturgique de nos monastères soit
comme une lumière ardente et resplendissante qui se répande dans toute l'Église
locale. Que nos célébrations attirent les chrétiens du voisinage pour une
participation active, et qu'elles offrent au peuple chrétien une source
abondante pour sa vie spirituelle.
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i la communauté est nombreuse, on choisira
quelques-uns d'entre les frères qui sont de bonne réputation et de sainte vie,
et on les établira doyens. (allusion Ac 6,3) 2
Ils veilleront en tout sur leurs décanies, conformément aux commandements de
Dieu et aux ordres de leur abbé. (La décanie est un groupe d'une dizaine de
moines)
3 On choisira pour doyens ceux des moines avec
lesquels l'abbé puisse en toute sécurité partager son fardeau. 4 On
ne les choisira pas selon leur ancienneté dans la communauté, mais selon le
mérite de leur vie et la sagesse de leur doctrine.
5 Si, par hasard, l'un d'eux, enflé d'orgueil,
mérite répréhension, on le corrigera une première, une deuxième et une
troisième fois. S'il ne veut pas s'amender, on le déposera 6 et on
mettra à sa place un autre qui en soit digne. 7 Nous établissons la
même règle au sujet du prieur.
Art. 77 Après avoir décrit notre Ordre dans son existence concrète, et expliqué
brièvement les valeurs fondamentales de la vie cistercienne, il nous reste à
considérer l'organisation pratique de la vie et la structure juridique adaptée,
tant de chaque communauté ou Congrégation que de l'Ordre entier. Car il ne suffit
certainement pas de proposer les fins et les valeurs de notre vie, mais il faut
aussi rechercher les moyens pratiques et juridiques par lesquels les
communautés organisent leur vie et se disposent à atteindre leurs fins.
Dans ce qui suit, nous allons exposer uniquement les éléments ou
principes qui semblent absolument nécessaires pour résoudre les problèmes
actuels, laissant l'organisation concrète de la vie des communautés aux
Constitutions de l'Ordre et des Congrégations ou aux Statuts de caractère local.
En premier lieu, nous exposerons les aspects fondamentaux de toute organisation
juridique et de tout exercice de l'autorité, ensuite nous traiterons de manière
plus spécifique du gouvernement des monastères, des Congrégations et de
l'Ordre, et pour finir nous ajouterons quelque chose au sujet des relations de
notre Ordre avec les autres Ordres monastiques et avec les divers organismes
de l'Église.
Chapitre
22 : COMMENT DORMIRONT LES MOINES|
L |
es moines dormiront chacun dans un lit à part.
2 Ils recevront une literie selon leur genre de vie et suivant qu'en
aura disposé leur abbé. (L'expression pro modo conversationis, qui n'est pas
très claire, signifie sans doute que l'on donnera, en fait de literie, ce qui
répond aux besoins de chacun. Il n'est pas question ici de pauvreté ou
d'austérité. Partout ailleurs, saint Benoît se montre large pour le sommeil, la
nourriture, la boisson, etc. En cet endroit aussi, il demeure certainement
fidèle à son principe général de s'adapter aux besoins de chacun. Ceci justifie
la suite : "suivant qu'en aura disposé leur abbé")
3 Si faire se peut, ils dormiront tous dans un
même lieu. Si le trop grand nombre ne le permet pas, ils reposeront par dix ou
par vingt, avec des anciens qui veilleront sur eux. 4 Une lumière éclairera
le dortoir continuellement jusqu'au matin. 5 Ils dormiront vêtus,
ceints d'une ceinture ou d'une corde. En dormant, ils n'auront point leurs
couteaux à leur côté de peur que, pendant le sommeil, ils ne viennent à se
blesser tout en dormant.
6 Que les moines soient toujours prêts. Au
signal donné, ils se lèveront aussitôt et s'empresseront à l'envi à l'Oeuvre de
Dieu, en toute gravité néanmoins et modestie. 7 Les plus jeunes
frères n'auront point leurs lits placés les uns près des autres, mais entremêlés
parmi ceux des anciens. 8 En se levant pour l'Oeuvre de Dieu, les
moines s'encourageront doucement les uns les autres, afin d'ôter tout sujet
d'excuse aux somnolents.
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'il se rencontre quelque frère récalcitrant ou
désobéissant ou orgueilleux ou murmurateur ou qui viole en quelque point la
sainte Règle ou les ordres de ses anciens, et cela avec mépris, 2 il
sera averti par ses anciens, une et deux fois selon le précepte de
Notre-Seigneur, en particulier. (allusion Mt 18,15) 3
S'il ne s'amende pas, on le réprimandera publiquement devant tous. 4
Si, malgré cela, il ne se corrige pas, qu'il soit excommunié, s'il comprend la
gravité de cette peine. 5 Mais s'il est endurci, qu'il soit puni par
un châtiment corporel.
Art. 78 Ce qui suit s'appliquera aussi entièrement aux monastères de nos
moniales, à moins que ce ne soit évident par la nature même des choses
traitées. En effet, les moniales de notre Ordre ne constituent pas un
"second ordre" à côté du "premier" (formé de moines), mais
appartiennent en tout au même Ordre de Cîteaux. Les monastères de moniales sont
véritablement des monastères "sui juris" (autonomes), même si sur le
plan juridique ils dépendent en plusieurs points du Père Immédiat ou de
l'Evêque. En outre, beaucoup d'entre eux sont membres de nos Congrégations et
usent de lois semblables à celles des moines. C'est pourquoi il est
indubitable qu'il faut promouvoir, d'une manière efficace et constante la
participation des moniales dans les décisions qui touchent à leur vie et même
dans les sujets relatifs à leur Congrégation propre ou à l'Ordre entier.
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a mesure de l'excommunication ou du châtiment
doit être proportionnée à la gravité de la faute, 2 et la gravité
des fautes dépend du jugement de l'abbé.
3
Si un frère est coupable de fautes légères, il sera privé de la table commune.
4 Or, celui qui sera ainsi privé de la communauté de la table sera traité
comme il suit : à l'oratoire, il entonnera ni psaume, ni antienne et ne
récitera pas de leçon, jusqu'à ce qu'il ait donné satisfaction. 5 Il
prendra son repas seul, après le repas des frères : 6 si, par
exemple, les frères mangent à la sixième heure, ce frère ne le fera qu'à la
neuvième ; et si le dîner des frères est à la neuvième, le sien n'aura
lieu que le soir, 7 jusqu'à ce qu'il ait obtenu son pardon par une
satisfaction convenable.
Art. 81 Même s'il importe que la communauté monastique soit fondée avant tout
sur l'amour du Christ et des frères, et sur l'acceptation volontaire des fins
et des activités de notre monastère, cependant, comme pour toute union stable
d'hommes, il est constitué en vue d'une fin déterminée, et il a besoin aussi d'une
structure solide, c'est-à-dire d'une juste organisation au moyen de lois et
d'ordres des supérieurs. Ainsi la stabilité et la continuité de la vie s'affermissent,
les efforts de chacun tendent plus efficacement vers la fin commune, la vie et
l'activité de tous les membres se coordonnent dans la paix. Outre les lois et
autres statuts écrits qui règlent les aspects les plus stables de la vie, il
appartient aussi à l'autorité personnelle de l'Abbé et des officiers de décider
avec responsabilité et promptitude comment agir concrètement, ce qu'il est
impossible de déterminer par des lois minutieuses dans les conditions de vie si
variées et changeantes de la vie moderne. Pour établir les lois et les normes,
les Chapitres, Conseils et autres organes représentatifs de la communauté ont
un rôle important, et ils ont voix délibérative dans certains cas fixés par le
droit ; en outre, il leur appartient d'aider les supérieurs et les
officiers dans les décisions concrètes qui, selon le droit, sont uniquement de
la compétence de l'Abbé ou d'un officier déterminé du monastère, sans pour
autant supprimer ou affaiblir la responsabilité et le droit de décision des
intéressés.
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e frère coupable d'une faute grave sera privé
tout à la fois de la table commune et de l'oratoire. 2 Aucun frère
n'aura avec lui ni relation ni entretien. 3 Il restera seul à
l'ouvrage qui lui est enjoint, demeurant ainsi dans le deuil de la pénitence,
et méditant cette sentence terrible de l'Apôtre : 4 "Un
tel homme a été livré à la mort de la chair, afin que son esprit soit sauvé au
jour du Seigneur." (1Co 5,5) 5 Il prendra seul son repas, suivant la mesure et à l'heure que l'abbé
aura jugées opportunes ; 6 Ceux qui passent ne le béniront
point, ni la nourriture qui lui est servie.
Art. 82 Si l'autorité des lois et des supérieurs dans le monastère a beaucoup
de traits communs avec l'autorité légitime de la société civile, on ne peut cependant
pas les mettre simplement en parallèle. Car, en premier lieu, l'autorité qui
s'exerce dans le monastère a toujours un caractère ecclésial, qui provient tant
de l'approbation de la Règle et des Constitutions par le Saint-Siège, que de
l'acceptation de notre profession par l'Église. Notre amour du monastère
découle de notre amour de l'Église à laquelle notre profession nous lie plus
intimement ; plus nous aimons l'Église, plus nous aimerons aussi notre
monastère. Ensuite, l'autorité dans le monastère a aussi un caractère
profondément religieux, puisque la racine de l'obéissance monastique n'est pas
la nécessité ou l'opportunité humaines, mais uniquement notre vocation même et
notre consécration volontaire au service de la Volonté de Dieu. Quant à ceux
qui, au sein de la communauté, ont la faculté de légiférer ou de commander,
ils sont pour ainsi dire des moyens pour connaître la volonté concrète de Dieu
sur cette communauté. De la sorte, même s'il ne convient pas d'identifier
simplement l’obéissance envers Dieu avec l’obéissance envers un homme,
cependant dans la vie monastique nous obéissons en toute vérité à ceux qui
tiennent la place du Christ, et l'obéissance prêtée aux anciens est
constitutive du service du Seigneur. L’autorité dans la communauté monastique a
des racines plus profondes que l'autorité dans les sociétés simplement civiles.
Toutefois les expériences et nouvelles méthodes de ces dernières ne doivent
pas être méprisées ou repoussées, mais doivent au contraire être examinées avec
un esprit ouvert. Car il se trouve très souvent, dans les divers mouvements
sociaux ou dans les nouvelles formes de gouvernement, quelque chose d'utile
dont nous aussi pouvons tirer profit pour une organisation adéquate de la vie
monastique aujourd'hui.
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i un frère, sans la
permission de l'abbé, ose se joindre, en quelque manière que ce soit, à un
frère excommunié, ou lui parler, ou lui faire une commission, 2 il
subira le même peine de l'excommunication.
Art. 83 Dans l'organisation et la législation de la vie monastique ainsi que
dans l'exercice attentif de l'autorité personnelle, il faut tenir compte des
principes de la sociologie, fondés dans le droit naturel dont nous avons
depuis ces dernières années une connaissance plus claire, et que le magistère
de l'Église proclame avec une grande insistance. Parmi ces principes, les plus
importants pour nous sont les principes corrélatifs de dignité de la personne
et de solidarité, et aussi ceux de subsidiarité et de pluralisme légitime au
sein de l'indispensable unité.
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'abbé doit prendre soin en toute sollicitude
des frères qui ont failli, parce que "ce ne sont pas les bien portants qui
ont besoin du médecin mais les malades." (Mt 9,12)
2 C'est pourquoi il doit, comme un sage
médecin, user de tous les moyens. Il enverra des senpectes, c'est-à-dire des
frères anciens et sages (L'origine du mot senpecta est obscure. Il pourrait
se rattacher à senapis et signifierait sinapisme ; il pourrait aussi
dériver d'un terme grec signifiant compagnon de jeu et aurait ici, par
extension, le sens de frères charitables qui entrent dans le "jeu" de
l'excommunié pour le ramener à résipiscence.) 3 qui, comme en
secret, consoleront le frère qui est dans le trouble et l'engageront à faire
une humble satisfaction ; ils le soutiendront de peur qu'il ne soit
accablé par un excès de tristesse ; 4 mais, comme dit
l'Apôtre, "il faut redoubler de charité envers lui, et tous prieront à son
intention. (allusion 2Co 2,7-8)
5 L'abbé, en effet, doit avoir un soin tout
particulier et s'empresser, avec toute son adresse et toute son habileté, pour
qu'il ne perde aucune des brebis à lui confiées. 6 Il doit savoir
qu'il a reçu le soin d'âmes malades et non une autorité tyrannique sur des âmes
saines. 7 Qu'il craigne donc la menace du Prophète, par laquelle
Dieu dit : "Les brebis qui vous paraissaient grasses, vous les
preniez pour vous, et celles qui étaient débiles, vous les rejetiez." (Ez 34,3-4) 8
Qu'il imite plutôt l'exemple de tendresse du bon Pasteur qui, ayant laissé dans
les montagnes quatre-vingt-dix-neuf brebis, partit chercher l'unique brebis qui
s'était égarée ; (Lc 15,4-5) 9 il eut de sa faiblesse une si grande compassion qu'il daigna la
charger sur ses épaules sacrées et ainsi la rapporter au troupeau. (He 4,15)
Art. 84 Le principe de la dignité de la personne
humaine, précepte
fondamental de la doctrine sociale catholique, déclare que le sujet et la fin
de toute institution sociale est et doit être la personne humaine. Ainsi donc,
il faut que toutes nos structures juridiques soient avant tout au service de
cette fin, pour que nos membres puissent atteindre plus pleinement et plus
aisément leur perfection propre et réaliser mieux et plus facilement les
devoirs de leur vocation. La dignité sacrée de la personne humaine, fondée dans
la nature de l'homme et plus encore dans sa vocation surnaturelle, tout comme
les droits inaliénables découlant de cette dignité, doivent être respectés et
reconnus aussi dans la législation et dans le gouvernement du monastère et de
l'Ordre.
D'où il suit également que les prescriptions des lois ou les ordres des
supérieurs ne doivent pas maintenir les moines dans une dépendance infantile,
mais plutôt les amener à la maturité de la liberté chrétienne et à la participation
responsable au gouvernement, en vue du bien de toute la communauté ; il
faut encore que lois et ordres tiennent compte des compétences de chacun et
laissent une ample marge aux initiatives raisonnables.
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i un frère, après avoir été fréquemment repris
pour quelque faute et même après avoir été excommunié, ne s'amende pas, on lui
infligera une correction plus rude, c'est-à-dire on procédera contre lui par le
châtiment des verges. 2 Que s'il ne se corrige pas encore, ou que,
peut-être, enflé d'orgueil, ce que Dieu ne permette pas, il veuille même
défendre sa conduite, l'abbé fera alors ce que fait un sage médecin :
3 employer les cataplasmes, les onguents des exhortations, les remèdes
des divines Écritures, enfin la brûlure de l'excommunication et les coups de
verges.
4 S'il voit que toute son habileté n'a rien
obtenu, il emploiera alors un moyen plus efficace, sa prière et celle de tous
les frères pour lui, 5 afin que le Seigneur, qui peut tout, rende la
santé à ce frère malade. 6 Mais si ce remède n'opérait pas la
guérison, l'abbé prendra alors le fer qui retranche, selon la parole de
l'Apôtre : "Ôtez le mal d'entre vous." (1Co 5,13) 7
Et encore : "Si l'infidèle s'en va, qu'il s'en aille" (1Co 7,15), 8 de peur qu'une brebis malade ne
contamine tout le troupeau.
Art. 85 Ce principe de dignité de la personne humaine n'implique cependant en
aucun cas la possibilité de céder au vice de l'individualisme. Car ce principe
a pour corrélatif celui de solidarité. La personne humaine, de
par sa nature, a besoin de la vie sociale, et, en outre, a reçu une vocation
surnaturelle essentiellement communautaire. En effet, il a plu à Dieu, non pas
de sanctifier et de sauver les hommes un à un en dehors de tout lien mutuel,
mais de les constituer en un peuple, afin qu'unis par le lien de l'Esprit ils
soient rassemblés dans le Corps du Christ. Notre vie cénobitique doit exprimer
de manière spéciale cette nature communautaire du salut et de la vie
chrétienne, et la manifester au monde.
La législation adaptée et le gouvernement monastique ont une grande importance
dans l'institution et l'affermissement de cette solidarité unanime de la vie, à
condition qu'ils développent en premier lieu l'accord de tous en ce qui touche
aux fins et valeurs propres, qu'ils coordonnent efficacement les efforts dans
la poursuite des fins communes et s'efforcent de créer des formes de vie
familiale plus adaptées et plus stimulantes. En esprit de solidarité, que
chacun des membres de la communauté reçoive volontiers et avec la joie d'un
cœur bien disposé, les offices même désagréables qui lui sont assignés au
service des frères/sœurs et du bien commun.
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n frère, sorti du monastère par sa propre
faute, désire-t-il y rentrer, il devra promettre d'abord un total amendement du
vice qui a causé son départ. (Il ne s'agit pas ici des moines chassés du
monastère comme incorrigibles, mais de ceux qui sont sortis d'eux-mêmes par
découragement ou inconstance.) 2 On le recevra alors au dernier
rang pour éprouver son humilité. 3 S'il sort de nouveau, on le
reprendra ainsi jusqu'à trois fois. Après quoi, il saura désormais que toute
voie de retour lui est fermée.
Art. 86 Le principe de subsidiarité règle les relations entre chaque personne et
la communauté, comme aussi entre les communautés restreintes et plus amples.
Il énonce en effet que l'autorité supérieure d'une communauté plus grande doit
laisser aux communautés subalternes les tâches qu'elles peuvent accomplir aussi
bien et même très souvent mieux qu'elle-même, et par contre leur offrir aide et
secours là où ces communautés inférieures ne se suffisent pas ou négligent leur
devoir. De la sorte, la vitalité et la responsabilité de ces dernières restent
entières, et l'autorité supérieure peut accomplir plus facilement sa mission
propre, c'est-à-dire la coordination et au besoin les décisions supérieures.
Dans notre cas, cela vaut pour chacune des communautés
locales comme pour les Congrégations et l'Ordre. Car dans le monastère, il
incombe au supérieur de promouvoir les initiatives raisonnables et les
responsabilités personnelles des moines et des officiers, et de les orienter
vers le bien commun. Les autorités de la Congrégation et de l'Ordre
accomplissent au mieux leur fonction si, en respectant la légitime liberté et
les activités propres des monastères ou des Congrégations, elles les aident
de façon pratique à tendre à leur fin propre avec plus de facilité et de
sécurité, en même temps qu'elles s'occupent d'élaborer et de promouvoir des
projets et plans de plus grande envergure, qui sont utiles à tous mais
dépassent les possibilités de chacun.
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hacun doit être traité selon son âge et son
degré d'intelligence. 2 Aussi, lorsque des enfants ou des
adolescents ou ceux qui n'ont pas assez de jugement pour comprendre la gravité
de la peine de l'excommunication, (Ces enfants ont été confiés très jeunes
au monastère par leurs parents, suivant l'usage alors admis, pour y être élevés
ou même devenir moines.)
3 commettront quelque faute, ils seront punis
par des jeûnes sévères ou châtiés durement par des coups, afin qu'ils se
corrigent.
Art. 87 Le principe du pluralisme légitime au sein de l'indispensable unité est une conséquence claire de tout ce qui a déjà
été dit. Et de fait, on doit reconnaître un pluralisme légitime, c'est-à-dire
la diversité des membres qui avancent conjointement dans l'unité, et il n'est
pas permis de supprimer, au nom de l'unité, la variété des aptitudes et des
qualités. Dans le monastère également, les charismes sont divers, chacun a son
don particulier, mais chacun a reçu la manifestation de l'Esprit pour l'utilité
commune. La diversité des membres est au service du bien de tout le corps, et
c'est par la communion des divers dons que chacun participe à la plénitude de
l'Esprit.
Cela vaut aussi pour nos monastères et Congrégations, qui diffèrent
beaucoup entre eux du fait de l'évolution historique, du caractère naturel des
frères, des conditions sociales et culturelles, des obligations et fonctions
que leur imposent les diverses nécessités de l'Église locale. Les différences
cependant n'empêchent pas les membres de former une vivante unité ; plus
encore, la variété des dons peut apporter à l'Ordre entier plus de force et de
vitalité, à condition d'avoir le sens de la communion et la volonté de la
coopération.
La réalisation de l'équilibre entre pluralisme et unité dépend en
grande partie d'une législation adaptée et d'un juste exercice de l'autorité.
Car la sécurité que donnent les lois stables pour la poursuite des fins
propres, l'exacte détermination des diverses compétences, l'exposition claire
des fins et des projets communs, l'établissement des formes pratiques de l'aide
mutuelle, etc., inciteront tous à chercher et à encourager plus vivement
l'union. De même, il est extrêmement profitable que les autorités des
Congrégations et de l'Ordre, au lieu de regarder avec suspicion et méfiance les
caractéristiques et les activités propres des communautés, s'efforcent plutôt
de cultiver tout ce qui est bon et légitime en elles et le tournent à l'utilité
de tous. De leur côté, les différentes communautés de l'Ordre doivent
reconnaître les exigences de l'unité, et être prêtes à promouvoir cette unité
en collaborant sincèrement et avec confiance avec les autres communautés de
l'Ordre et avec les organes de l'autorité supérieure.
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n choisira comme cellérier du monastère un des
frères qui soit judicieux, sérieux, sobre, frugal, ni hautain, ni brouillon, ni
injuste, ni négligent, ni prodigue, 2 mais rempli de la crainte de
Dieu, et qui soit comme un père pour toute la communauté.
3 Qu'il ait soin de tous ; 4
qu'il ne fasse rien sans l'ordre de l'abbé ; 5 qu'il exécute ce
qui lui est commandé, 6 qu'il ne mécontente pas les frères. 7
Si l'un d'eux vient à lui demander quelque chose de déraisonnable, qu'il ne
l'indispose pas en le rebutant avec mépris, mais qu'il lui refuse avec raison
et avec humilité ce qu'on lui demande mal à propos.
8 Qu'il veille à la garde de son âme, se
souvenant toujours de cette parole de l'Apôtre : "Celui qui aura bien
administré, s'acquiert un rang élevé." (1Tm 3,13) 9 Il prendra un
soin tout particulier des malades, des enfants, des hôtes et des pauvres,
convaincu qu'au jour du jugement il devra rendre compte pour eux tous. 10
Il regardera tous les objets et tous les biens du monastère comme les objets
sacrés de l'autel. 11 Il ne tiendra rien pour négligeable. 12
Il ne sera ni avare, ni prodigue, ni dissipateur des biens du monastère. Mais
il fera tout avec mesure, et conformément aux ordres de l'abbé.
13 Avant tout il aura l'humilité et, s'il ne
peut accorder ce qu'on lui demande, il donnera au moins une bonne réponse,
14 selon qu'il est écrit : "Une bonne parole vaut mieux qu'un
don excellent." (Si 18,17) 15 Il aura soin de tout ce que l'abbé lui aura prescrit,
et il ne s'ingérera pas dans ce qu'il lui aura défendu. 16 Il
servira aux frères, sans fièvre ni lenteur, la portion qui leur revient, afin de
ne pas les irriter, se souvenant du châtiment dont la parole divine menace
celui qui aura scandalisé un des plus petits. (allusion Mt
18,6) 17 Si la communauté est nombreuse, il recevra
des aides, afin que, avec leur assistance, il remplisse sa charge l'âme en
paix. 18 Aux heures convenables on donnera et on demandera ce qui
doit être donné et demandé, 19 afin que personne ne soit troublé ni
contristé dans la maison de Dieu.
Art. 100 L'Abbé, se réservant le gouvernement suprême et le contrôle, confie
autant que faire se peut, à des officiers expérimentés et à d'autres frères
dignes de confiance, les affaires économiques et administratives, la
distribution quotidienne des activités et des occupations (permissions
ordinaires, organisation du travail, courrier, réception des hôtes, et autres
relations), dans le but de rester plus libre pour accomplir sa tâche propre.
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'abbé confiera à ceux des frères, dont la vie
et les mœurs sont sûres, ce que le monastère possède en outils, vêtements ou
n'importe quels objets. 2 Il leur remettra tout ce qu'ils
doivent garder et recueillir selon qu'il l'aura jugé utile. 3 L'abbé
en conservera l'inventaire afin de savoir ce qu'il donne et ce qu'il reçoit,
lorsque les frères se succèdent l'un à l'autre dans ces charges. 4
Si quelqu'un traite les objets du monastère avec malpropreté ou négligence, il
sera réprimandé ; 5 s'il ne s'amende pas, il recevra la
discipline régulière.
Art. 38 Notre Ordre dans son existence concrète, comme nous l'avons vu
ci-dessus, présente en son sein une diversité et un pluralisme assez grands,
diversité toutefois concordante et non manque d'unité. Cette unité consiste non
seulement dans la fin commune des membres de l'Ordre, mais aussi dans la
communion de nombreux moyens adoptés pour atteindre cette fin. Tous ces moyens
ne doivent pas être considérés comme des éléments juxtaposés, mais il faut les
intégrer dans une vivante synthèse.
Il est évident que nous ne voulons pas élaborer notre Déclaration comme
un traité de vie monastique que nous aurions promis de vivre dans l'Ordre de
Cîteaux. C'est pourquoi nous exposerons seulement quelques points qui peuvent
et doivent aujourd'hui inspirer et diriger nos actions et nos institutions.
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vant tout, il faut retrancher du monastère
jusqu'à la racine ce vice de la propriété. 2 Que personne n'ait donc
la témérité de rien donner ou recevoir sans l'autorisation de l'abbé ;
3 ni de rien posséder en propre, quoi que ce puisse être, ni livres, ni
tablettes, ni stylet pour écrire, en un mot absolument rien, 4
puisqu'il n'est même plus licite aux moines d'avoir à leur disposition ni leur
corps ni leurs volontés. 5 Ils doivent espérer et attendre du père
du monastère tout ce qui leur est nécessaire. Et personne ne pourra avoir
quelque chose que l'abbé n'ait donné ou permis. 6 Que tout soit
commun à tous, ainsi qu'il est écrit. Que personne ne dise que quelque chose
lui appartient, ni n'ait la témérité de se l'approprier. (allusion Ac
4,32) 7 Si quelqu'un se complaisait en ce vice
détestable, on l'admonesterait une et deux fois ; 8 s'il
ne s'amendait pas, on le corrigerait.
Art. 50 Nous pratiquons la pauvreté, non pas simplement par privation ou mépris
des choses matérielles, mais pour obtenir la liberté des enfants de Dieu, pour
user de ce monde comme n'en usant pas, sachant que la figure de ce monde passe.
C'est pour cette raison que nous désirons être pauvres avec le Christ pauvre,
renonçant à la possession et à l'acquisition des richesses. Ainsi, nous sommes
de vrais disciples à l'école de l'Église primitive, où nul ne disait sien ce
qui lui appartenait, mais où tout était commun à tous. De la sorte, nos cœurs
se libèrent des préoccupations matérielles, afin qu'ils soient là où est notre
trésor, c'est-à-dire avec le Christ et l'Église.
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omme il est écrit : "On partageait à
chacun selon ses besoins." (Ac
4,35) 2 Par là, nous ne disons point qu'on fasse
acception des personnes – ce qu'à Dieu ne plaise – mais qu'on ait égard aux
infirmités. 3 Celui qui aura besoin de moins, rendra grâces à Dieu
et ne s'attristera point ; 4 celui à qui il faut davantage,
s'humiliera et ne s'élèvera point à cause de la miséricorde qu'on lui fait.
5 Ainsi tous les membres seront en paix.
6 Avant tout, que jamais n'apparaisse le vice
du murmure, pour quelque raison que ce soit, ni en paroles, ni en un signe
quelconque. 7 Si quelqu'un est reconnu coupable, il sera soumis à
une correction sévère.
Art. 15 Notre Ordre est une réalité sociale. Il est composé en effet de
plusieurs Congrégations, Monastères et individus unis entre eux par de
multiples relations. Chacun de nous doit se former une idée claire de cette
réalité concrète, non seulement en ce qui concerne les statistiques à propos
des moines, mais avant tout en ce qui regarde la vocation, les obligations et
les aspirations des membres de l'Ordre, et les circonstances concrètes dans
lesquelles ils vivent cette vocation.
Aujourd'hui, il existe des monastères cisterciens en Europe, en Asie,
en Afrique et dans les deux Amériques, dans des
conditions économiques et culturelles très diverses. Quelques uns sont en terre
de mission, mais le plus grand nombre se situe dans ces régions du monde qui
jusqu'à nos jours ont été imprégnées de la tradition chrétienne et le demeurent
en grande partie. Certains de nos moines appartiennent à des Églises appelées
orientales (les moines d'Éthiopie et d'Érythrée) mais les autres aussi
diffèrent beaucoup entre eux par la langue, la mentalité et l'éducation propres
à chaque région. Dans notre Ordre, il y a une diversité géographique, culturelle,
sociale et ecclésiologique qui constitue un état de faits très complexe. Dans
beaucoup de domaines, presque chaque communauté a ses problèmes et ses désirs
qui s'expliquent par ses caractéristiques spéciales.
L'Ordre Cistercien entretient des relations amicales avec les
Associations d'Amis qui existent autour de nos monastères actuels et des
monastères cisterciens supprimés, et avec les Communautés Cisterciennes de la
Confession d'Augsbourg.
Art. 16 Une grande variété apparaît aussi dans le
genre de vie auquel chaque monastère se sent appelé. Certains des monastères
se proposent de mener la vie contemplative, tandis que d'autres exercent aussi
diverses œuvres d'apostolat, comme le ministère pastoral dans les paroisses,
l'éducation de la jeunesse dans les écoles, les diverses fonctions du ministère
sacerdotal, le travail scientifique et culturel, et autres activités
semblables. Dans nos monastères d'hommes, la plupart des frères ont non
seulement été ordonnés prêtres, mais encore considèrent l'exercice du
ministère sacerdotal comme partie intégrante de leur vocation. L'équilibre
entre prière et travail, l'intensité et la forme des contacts avec le monde
extérieur, l'importance de l'activité exercée en dehors de l'enceinte du
monastère, la nature et le style de vie commune sont conçus avec tant de
diversité que c'est la variété qui apparaît en premier, et l'unité peut se voir
davantage dans les aspirations et valeurs communes de la vie monastique que
dans une organisation uniforme de la vie.
Art. 17 Cependant la diversité existant dans quelques
questions fondamentales n'est pas si grande dans notre Ordre qu'elle rende
impossible ou quasi-superflu tout travail commun de rénovation. Certainement,
comme nous l'avons déjà dit, les Congrégations et les monastères doivent tirer
des conclusions pratiques sur de nombreux points. Mais, parce que nous
possédons beaucoup de valeurs qui proviennent de la tradition commune, nous
essayons de résoudre partout les mêmes problèmes que notre Mère l'Église
contemporaine, et comme en outre dans ce monde moderne les choses s'unifient
rapidement, l'élaboration de solutions communes en de nombreux secteurs de la
vie nous paraît non seulement profitable et possible, mais aussi absolument nécessaire.
La nécessité commune exige des solutions communes dans les cas suivants :
a) dans les
questions concernant les moyens fondamentaux de la vie religieuse, comme les
vœux émis selon les conseils évangéliques, la vie communautaire, le travail,
l'apostolat, la vie liturgique, etc. ;
b) dans les
valeurs fondamentales de la vie monastique, qui se fondent sur la tradition
spirituelle de l'Ordre et la vie spirituelle de l'Église d'aujourd'hui ;
c) dans les
problèmes généraux de structure juridique des monastères, des Congrégations et
de l'Ordre, dans les questions relatives à la charge des Supérieurs et à la
participation responsable de tous les frères aux affaires du monastère ;
d) dans toutes
les formes de coopération et d'aide mutuelle entre les communautés,
spécialement dans les décisions et projets communs.
Bien entendu, ce que nous établissons d'une manière générale exige une
application ultérieure à chaque Congrégation ou monastère.
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es frères se serviront mutuellement. Personne
ne sera dispensé du service de la cuisine, sinon pour cause de maladie ou pour
quelque occupation de grande utilité. 2 Par cet exercice, en effet,
on acquiert plus de mérite et de charité. 3 On donnera des aides à
ceux qui sont faibles, afin qu'ils s'acquittent de leur tâche sans tristesse.
4 Tous auront ainsi des aides, selon que le demandera l'état de la
communauté ou la situation du lieu. 5 Si la communauté est
nombreuse, le cellérier sera dispensé du service de la cuisine, ainsi que ceux
qui, comme nous l'avons dit, sont occupés à des besognes plus utiles ;
6 mais tous les autres se serviront mutuellement avec charité.
7 Celui qui sort de semaine fera, le samedi,
les nettoyages. 8 Il lavera les linges avec lesquels les frères
s'essuient les mains et les pieds. 9 Aidé de celui qui entre en
service, il lavera les pieds de tous les frères. 10 Il remettra au
cellérier, propres et en bon état, les objets de son office. 11 Le
cellérier les passera à celui qui entre en semaine ; il saura ainsi ce
qu'il donne et ce qu'il reçoit.
12 Une heure avant le repas, les semainiers
prendront chacun, en sus de la portion ordinaire, un coup à boire et du
pain ; 13 de cette façon, à l'heure du repas, ils serviront
leurs frères sans murmure et sans trop de fatigue. 14 Mais les jours
solennels, ils attendront jusqu'au renvoi de l'office. 15 Ceux qui
entreront en semaine et ceux qui en sortiront, se prosterneront, dans
l'oratoire, à la fin des Laudes du dimanche, aux genoux de tous, et leur
demanderont de prier pour eux. 16 Le sortant dira ce verset :
"Tu es béni, Seigneur Dieu, toi qui m'as aidé et consolé." (Da 3,52 Ps 85,17) 17 L'ayant dit trois fois, il recevra la bénédiction.
Celui qui entre en charge lui succédera et dira : "Dieu, viens à mon
aide, hâte-toi de me secourir." (Ps 69,2) 18 Ce verset ayant été répété de même trois fois
par tous les frères, il recevra la bénédiction et entrera en charge.
Art. 108 S. Benoît dans sa Règle ne parle pas de l'union des monastères
entre eux, mais seulement de l'organisation interne du monastère. Cependant au
cours de l'histoire, différentes formes d'unions de monastères surgirent, dans
le but de mener la vie religieuse dans les monastères avec plus d'efficacité et
de sécurité. Dans certaines unions de ce genre, on évita les dangers de
l'isolement grâce à l'organisation d'une Congrégation où l'autonomie légitime
des monastères était cependant sauvegardée ; dans d'autres en revanche,
on en arriva à une forme centralisée où chacun des monastères dépendait d'une
abbaye centrale, comme ce fut le cas à Cluny et en général aussi dans les
fondations faites par Molesme.
Art. 109 Les Fondateurs de Cîteaux, selon les principes exposés
dans la Charte de Charité, s'efforçaient d'assurer l'autonomie légitime des
monastères et en même temps l'union indispensable et l'aide mutuelle par les
Chapitres généraux et les visites annuelles. Cependant, comme l'Ordre
croissait considérablement, et que les conditions de vie avaient changé au
cours des siècles, les Congrégations apparurent, comme nous l'avons déjà
brièvement esquissé plus haut.
Ainsi donc, aujourd'hui, notre Ordre se compose de fait, comme ce Chapitre
Général l'a défini de manière explicite, des Congrégations suivantes, selon le
droit monastique :
1) Congrégation de l'Observance Régulière de S. Bernard ou de Castille,
2) Congrégation de S. Bernard en Italie,
3) Congrégation de la Couronne d'Aragon,
4) Congrégation de Mehrerau,
5) Congrégation de Marie, Médiatrice de toutes grâces,
6) Congrégation d'Autriche,
7) Congrégation de l'Immaculée Conception,
8) Congrégation de Zirc,
9) Congrégation du Très Pur Cœur de Marie,
10) Congrégation de Casamari,
11) Congrégation de Marie, Reine du monde, ou de Pologne,
12) Congrégation du Brésil,
13) Congrégation de la Sainte Famille, au Vietnam et
14) Congrégation des Monastères Cisterciens de S. Bernard, et quelques
monastères de moines ou de moniales qui ne sont incorporés à aucune
Congrégation.
Les Fédérations des Monastères de Moniales, qui sont de droit
pontifical, ont de grands mérites et doivent poursuivre leur tâche pour le bien
des monastères et de l'Ordre.
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n prendra soin des malades avant tout et
par-dessus tout. On les servira comme s'ils étaient le Christ en personne,
2 puisqu'il a dit : "J'ai été malade et vous m'avez
visité" (Mt 25,36), 3 et "ce que vous avez fait à l'un de ces petits, c'est à moi que
vous l'avez fait." (Mt 25,40) 4 De leur côté, les malades considéreront que c'est en l'honneur de Dieu
qu'on les sert. Aussi ils ne mécontenteront pas par des exigences superflues
les frères qui les servent. 5 Éventuellement, il faudrait cependant
les supporter avec patience, parce qu'il en revient plus de mérite. 6
L'abbé veillera donc avec un très grand soin à ce que les malades ne souffrent
d'aucune négligence. 7 On assignera aux frères malades un logis
particulier et, pour leur service, un frère craignant Dieu, diligent et
soigneux. 8 On offrira aux malades l'usage des bains toutes les fois
qu'il sera expédient ; mais on l'accordera plus rarement aux
bien-portants, principalement aux jeunes. 9 On concédera
également aux malades tout à fait débiles l'usage de la viande afin de réparer
leurs forces ; mais lorsqu'ils seront rétablis, ils s'en abstiendront
tous, comme à l'ordinaire. 10 L'abbé veillera donc avec un très
grand soin à ce que les cellériers et les servants ne négligent point les
malades ; c'est lui-même, en effet, qui est responsable de tout manquement
commis par ses disciples.
Art. 56 Le moine, en suivant sa vocation, regarde la communauté des frères dans
le monastère comme la famille de Dieu, et aussi comme la sienne. Car il sait
que le Christ est présent dans le monastère d'une manière spéciale, Lui qui est
présent partout où deux ou trois sont réunis en son nom. Nous voulons donc
organiser notre vie de telle manière qu'elle réalise l'exemple de l'Église
primitive qui cherchait à ne faire qu'un cœur et une âme, non seulement par la
prière, par la doctrine des Apôtres, la communion dans la fraction du pain et
la possession commune des biens, mais aussi par la communauté des fins, des
obligations, des responsabilités et des actions. Comme l'Apôtre qui voulait se
réjouir avec ceux qui étaient dans la joie et pleurer avec ceux qui pleuraient,
de même il faut que succès et échecs, peines et joies, difficultés et
avantages de chacun nous affectent tous. Avant tout cependant, que les frères
aient en commun le souci de ce qui
concerne la vie spirituelle du monastère, et se sentent responsables du salut éternel et de l'accomplissement de la
vocation de chacun. De la sorte, la vie de communauté elle-même exerce une
direction spirituelle au sens large, en ce qu'elle fortifie les faibles,
réconforte les découragés, ranime le zèle des tièdes et manifeste
quotidiennement à tous les valeurs de notre service.
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ien que la nature nous porte assez par
elle-même à avoir compassion des vieillards et des enfants, il est bon de
pourvoir encore à leurs besoins par l'autorité de la Règle. 2 On
aura donc toujours égard à leur faiblesse, on ne les astreindra pas à la
rigueur de la Règle en ce qui touche l'alimentation. 3 Mais on usera
envers eux d'une tendre condescendance et ils devanceront les heures régulières
des repas.
Art. 32 Aujourd'hui plus qu'auparavant, nous sommes conscients de la dignité et
de la liberté de la personne humaine. Nous savons que Dieu nous attire vers Lui
non par la force mais par l'amour, et désire de nous des décisions
personnelles. L'homme de notre époque rejette avec raison toute manière de
faire opprimant la personne humaine, parce que nul n'est capable de mener à
bien l'œuvre qui plaît à Dieu s'il y est obligé par la force ou la crainte.
C'est pourquoi il faut, dans l'organisation de la vie du monastère et dans la
formation des jeunes, être attentif à l'évolution des personnes.
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a lecture ne doit jamais manquer à la table
des frères. Il ne faut pas que, au hasard, quelqu'un s'empare du livre et fasse
la lecture ; mais un lecteur désigné pour toute la semaine entrera en
fonction le dimanche. 2 Avant de commencer sa semaine, après la
Messe et la Communion, il demandera à toute la communauté de prier pour lui
afin que Dieu le préserve de l'esprit d'orgueil. 3 A cet effet, tous
diront trois fois dans l'oratoire ce verset après lui : "Seigneur,
ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange." (Ps 50,17) 4 Et ayant ainsi
reçu la bénédiction, il entrera en fonction.
5 On gardera un silence parfait à table en
sorte qu'on n'y entende aucun chuchotement ni parole, mais seulement la voix du
lecteur. 6 Quant aux choses nécessaires pour la nourriture et la
boisson, les frères se les serviront mutuellement de façon que personne n'ait
besoin de rien demander. 7 Si toutefois il leur manque quelque
chose, ils le demanderont plutôt par quelque signe que par la parole. 8
Que personne n'ait la hardiesse de faire à ce moment des questions sur la
lecture ou sur quelque autre sujet, pour ne donner aucun prétexte à la dissipation.
9 Toutefois le supérieur pourra dire quelques mots pour
l'édification, s'il le juge à propos.
10 Le lecteur de semaine prendra le
"mixte" (Le mixte consistait probablement en du vin "mêlé
d'eau, suivant l'usage des Romains. Cette boisson, accordée au lecteur pour le
soutenir, tenait aussi lieu d'ablution, empêchant qu'aucune parcelle
eucharistique ne restât dans la bouche) avant de commencer la lecture, à
cause de la sainte Communion, et de peur que le jeûne ne lui soit pénible.
11 La lecture finie, il prendra son repas avec les semainiers et les
serviteurs de la cuisine.
12 Au reste, les frères ne liront et ne
chanteront point chacun à son tour, mais ceux-là seulement qui édifient les
auditeurs.
Art. 110 Les principes de subsidiarité et de pluralisme légitime sont d'une
grande importance dans la structure des Congrégations. En effet, ce que chaque
monastère peut accomplir par lui-même, grâce à une compétence efficace et à une
connaissance plus exacte des conditions locales, doit lui être laissé. Mais il
revient aux organes de la Congrégation d'assister, par une aide et des conseils
fraternels, les efforts de chaque communauté, de coordonner leur marche dans la
poursuite de projets communs, de corriger les abus s'il s'en est introduit, et
aussi de représenter ces communautés auprès des autorités ecclésiastiques ou
civiles. Conformément au principe du pluralisme, il faut reconnaître les
caractéristiques propres et les activités particulières de chaque monastère, la
diversité des dons étant dirigée vers la concorde des fins communes sans
laquelle on met en danger l'unité de la Congrégation.
Art. 111 Malgré le principe du pluralisme, il existe la plupart
du temps entre les monastères non seulement le lien d'une organisation juridique,
mais aussi un idéal commun. Cet idéal, ainsi que les moyens adaptés les plus
importants et nécessaires pour l'atteindre, doivent être décrits dans les
Constitutions de chaque Congrégation, qui sont élaborées par le Chapitre de la
Congrégation après avoir consulté chacune des communautés, et sont approuvées
par le Saint-Siège. C'est pourquoi les Constitutions de chaque Congrégation
doivent être considérées comme la norme immédiate et concrète de la vie.
Art. 112 L'union de nos monastères, sous l'autorité du Chapitre
de la Congrégation propre et de l'Abbé Président, a pour fin première de
promouvoir un développement plus fécond de la vie cistercienne dans les
monastères ; de mieux assurer l'observance régulière ; d'apporter une
aide mutuelle de charité plus prompte dans toute nécessité ; de
coordonner les efforts des diverses communautés, si c'est nécessaire, pour
mener à bien les projets de plus grande envergure qui requièrent un travail
commun ; de se défendre plus efficacement contre tout ce qui peut menacer
la vie des monastères ; et d'accomplir plus sûrement et facilement toutes
les tâches que l'Église et la société actuelle réclament des monastères. En
plus de cette fin commune à toutes les Congrégations de l'Ordre, les
Congrégations peuvent avoir une fin particulière, qui doit être énoncée
clairement dans leurs Constitutions propres.
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l suffit, nous semble-t-il, pour le repas
quotidien – qu'il ait lieu à la sixième heure ou à la neuvième – à toutes les
tables, de deux mets cuits, à cause des infirmités diverses. 2 Ainsi
celui qui ne pourra s'accommoder d'un mets pourra manger l'autre. 3
Deux mets cuits devront donc suffire à tous les frères. De plus, s'il se trouve
des fruits ou des légumes frais, on ajoutera un troisième plat. 4
Une livre de pain, à bon poids, sera suffisante pour la journée, soit qu'il n'y
ait qu'un repas, soit qu'il y ait dîner et souper. (Il est difficile de
déterminer la valeur de cette "livre" de pain à bon poids. Peut-être
un kilo, ce qui peut paraître énorme à première vue. Mais il faut se rappeler
que le pain constituait le principal de la nourriture des moines, comme
d'ailleurs des paysans d'alors) 5 Si l'on doit souper, le
cellérier réservera un tiers de cette livre de pain pour la servir alors.
6 S'il arrive que les frères ont travaillé plus qu'à l'ordinaire, l'abbé
pourra, s'il le juge opportun, ajouter encore quelque chose, 7
pourvu qu'on évite tout excès et que jamais un moine ne soit surpris par
l'indigestion. 8 Rien, en effet, n'est aussi contraire à tout
chrétien que l'excès de table, 9 comme dit Notre-Seigneur :
"Prenez garde que vos cœurs ne s'appesantissent par l'excès." (Lc 21,34) 10
Aux enfants on ne servira pas la même quantité de nourriture, mais une plus
petite qu'aux adultes, en gardant la sobriété en tout. 11 Mais tous
s'abstiendront absolument de la chair des quadrupèdes, excepté les malades très
affaiblis.
Art. 113 Le Chapitre de la Congrégation est l'autorité suprême
dans la Congrégation, compte tenu des principes exposés ci-dessus ; y
prennent part avec voix délibérative, en plus des Supérieurs majeurs, des
délégués élus pour cette fonction par tous les membres de la Congrégation,
selon les Constitutions de la Congrégation.
Art. 114 La fonction première du Chapitre de la Congrégation
est d'être un lieu de délibération fraternelle et de législation, pour :
a) élaborer des
Constitutions adaptées à notre temps, avec une définition claire des fins, de
l'idéal, et des occupations communes de la Congrégation ;
b) rassembler et
publier les Us et Coutumes, Déclarations et autres Instructions par lesquelles
les principes des Constitutions de la Congrégation sont appliqués aux
circonstances de lieux et de temps ;
c) chercher de
nouvelles possibilités de vie et de travail, communiquer à tous les
expériences et les essais de chacun des monastères, et les coordonner ;
d) élaborer des
projets et des plans qui, pour être menés à terme, demandent la mise en commun
des forces ; s'appuyer sur un effort commun pour trouver la solution des
difficultés ;
e) favoriser un
usage meilleur et plus rationnel des ressources matérielles et humaines ;
Pour veiller au mieux au bien commun, que le Chapitre de la
Congrégation se réunisse souvent ; et si cela apparaît nécessaire, que les
membres du Chapitre aient aussi plus souvent d'autres formes de réunion.
Art. 118 Les Congrégations ont une importance vitale dans notre
Ordre : car d'une part, chacun des monastères est trop petit et trop
faible pour vivre et travailler dans une pleine et absolue indépendance et
autosuffisance (autarcie) ; d'autre part, l'Ordre même comprend une telle
diversité et disparité d'observances, de formes de vie et de tâches, qu'il ne
peut généralement être gouverné par des normes et des méthodes uniformes.
Ainsi, la Congrégation est et doit être cette unité vivante et concrète dans
l'action, qui assemble les forces de plusieurs maisons ayant le même idéal et
des tâches semblables. Il s'ensuit que la nécessité et l'utilité des Congrégations
dans la structure de notre Ordre sont évidentes.
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hacun "a reçu de Dieu son don
particulier : l'un celui-ci, l'autre celui-là." (1Co 7,7) 2 Aussi avons-nous
quelque scrupule à régler l'alimentation d'autrui.
3 Toutefois, ayant égard au tempérament des
faibles, nous pensons qu'une "hémine" (Les commentateurs
cherchent, sans y parvenir, à préciser la contenance de l'hémine. Elle
équivalait probablement à un quart de litre) de vin par jour suffit à
chacun. 4 Ceux à qui Dieu donne la grâce de s'en abstenir, sauront
qu'ils recevront une grâce particulière. 5 Si la situation du lieu,
ou le travail, ou l'ardeur de l'été demandent davantage, le supérieur en
décidera ; mais il veillera en tout à ce qu'on ne tombe ni dans la satiété
ni dans l'ivresse.
6 Nous lisons, il est vrai, que le vin ne
convient aucunement aux moines. Mais comme on ne peut le persuader aux moines
de notre temps, accordons-nous du moins de ne pas boire jusqu'à satiété, mais
avec sobriété : 7 parce que "le vin fait apostasier même
les sages." (Si 19,2) 8 Si la pauvreté du lieu est telle qu'on ne puisse se procurer cette
mesure de vin, mais beaucoup moins ou rien du tout, ceux qui y demeurent
béniront Dieu et ne se plaindront point. 9 C'est l'avertissement que
nous donnons avant tout : qu'ils s'abstiennent de murmurer.
Art. 119 Nos Congrégations sont unies dans l'Ordre cistercien, aussi bien en
vertu d'une fin et d'un idéal communs qu'en raison des structures et
organisations juridiques communes. La fin première de cette union est de
s'inspirer réciproquement et de s'aider mutuellement sur le plan pratique pour
le maintien et le perfectionnement de la vie monastique. Nos Congrégations, par
suite de la diversité de l'évolution historique et de la variété des conditions
culturelles et sociales, présentent des différences considérables aussi bien
dans les formes et les traditions monastiques que dans la réalisation des
activités. Cependant ces différences ne détruisent pas l'unité supérieure de
l'Ordre ; au contraire, si les dons variés de la grâce sont répartis et
communiqués entre les membres, ils contribuent à la vigueur et à la fécondité
de la vie de l'Ordre. Aussi est-il d'une grande importance que ce pluralisme
soit reconnu dans sa signification positive sociale et spirituelle, et que ces
forces, diverses mais se complétant mutuellement, s'unissent pour une
coopération pratique et efficace.
Art. 120 Le Chapitre Général de l'Ordre est l'organe central de
délibération fraternelle, de législation et d'activité judiciaire, étant sauve
l'autonomie légitime qui, selon le droit universel et particulier, revient à
chaque Congrégation et à chaque monastère.
La fonction du Chapitre Général est de promouvoir l'effort vers la
réalisation de l'idéal commun de l'Ordre :
a) de déclarer et
d'expliquer les valeurs fondamentales qui constituent notre vocation commune
(chrétienne, religieuse, monastique, cistercienne), même si ces valeurs ne
peuvent être réalisées concrètement par tous de la même manière ;
b) de promouvoir
efficacement la communication entre les Congrégations, l'aide mutuelle et la
coopération dans les tâches communes.
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epuis la sainte Pâque jusqu'à la Pentecôte,
les frères dîneront à la sixième heure (La sixième heure, ou heure de Sexte,
finit invariablement à midi) et souperont le soir. 2 Depuis la
Pentecôte, au cours de tout l'été, s'ils n'ont point à peiner aux champs ou si
la chaleur excessive de l'été ne les accable, ils jeûneront jusqu'à la neuvième
heure, les mercredi et vendredi. (Cet usage de jeûner le mercredi et le
vendredi remontait à l'âge apostolique. La neuvième heure commençait, en été,
vers deux heures et demie) 3 Aux autres jours, ils dîneront à la
sixième heure.
4 Ils continueront de dîner à cette heure-là,
quand ils travailleront aux champs ou si l'ardeur de l'été est extrême. Il
appartiendra à l'abbé d'y pourvoir. 5 A lui de régler toutes choses
et de les disposer de telle sorte que les âmes se sauvent et que les frères
accomplissent leur tâche sans motif légitime de murmure.
6 Depuis le 13 septembre jusqu'au commencement
du Carême, ils prendront toujours leur repas à la neuvième heure. 7
Pendant le Carême jusqu'à Pâques, ils mangeront après les Vêpres. 8
Les Vêpres elles-mêmes seront célébrées de façon que l'on n'ait pas besoin de
la lumière d'une lampe durant le repas, mais que tout puisse encore être fini à
la clarté du jour. 9 Et même en tout temps, on réglera l'heure du
souper et du dîner, de façon que tout se fasse à la lueur du jour.
Art. 121 La fonction strictement législative du Chapitre Général, quoique très
importante, ne constitue plus aujourd'hui sa tâche première. En effet, à cause
de la diversité des formes de vie et des occupations dans nos communautés,
comme aussi des transformations très rapides des conditions de l'existence, une
régulation uniforme par des lois proprement dites est en général rendue
impossible ou inutile. Le Chapitre Général rédigera donc rarement des lois
obligeant l'Ordre tout entier ; et le plus souvent de telles lois ne
détermineront que des normes générales d'action, qu'il faudra ensuite adapter
aux besoins particuliers de chaque région ou Congrégation. Ainsi, tandis que
d'une part le champ de la fonction législative du Chapitre se réduira dans
l'avenir, d'autre part les autres fonctions du Chapitre Général indiquées
ci-dessus (interprétation des fins et des valeurs ; délibération
fraternelle sur l'aide mutuelle dans les affaires communes) prendront une
importance bien plus grande.
Art. 122 Aux premiers siècles de l'Ordre, les Chapitres
Généraux étaient annuels, selon les prescriptions de la Charte de Charité et
des Pontifes Romains. A notre époque, tant parce que les Chapitres de
Congrégation sont plus fréquents, que parce que les dépenses de voyage sont
trop lourdes pour certains, les Chapitres Généraux ordinaires sont plus
espacés, tous les cinq ans. Mais le Synode de l'Ordre se réunira plus souvent.
Le Synode de l'Ordre est un collège convoqué dans le
but de délibérer en commun sur les affaires qui concernent l'Ordre tout entier
et de les proposer à la décision du Chapitre Général, ou bien, si certaines
affaires sont urgentes, d'en juger par avance en attendant la décision du
prochain Chapitre Général, conformément aux Constitutions de l'Ordre. Il
appartient, de plus, au Synode de l'Ordre de hâter, autant que ce sera
nécessaire, l'exécution de ce qui a été prescrit par le Saint Siège ou par le
Chapitre Général de l'Ordre ; de rassembler des informations dignes de
foi sur l'état de l'Ordre, afin qu'on puisse pourvoir à son plus grand
bien ; enfin, d'entendre le rapport de l'Abbé Général sur l'état de
l'Ordre, et ceux des Abbés Présidents sur l'état de leur Congrégation.
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es moines doivent s'appliquer au silence en
tout temps, mais principalement pendant la nuit.
2 C'est pourquoi, en toute saison, soit que
l'on jeûne, soit que l'on dîne, 3 si c'est une époque où l'on dîne,
aussitôt après le repas du soir, les frères iront s'asseoir tous ensemble en un
même lieu : l'un d'eux lira les Conférences ou les Vies des Pères ou
quelque autre chose qui puisse édifier les auditeurs. (Ce sont les
Conférences de Cassien (v. 360-435). Les Vies des Pères sont des biographies
célèbres de moines, dues à divers auteurs ; parmi elles, l'Histoire des
moines en Égypte que Rufin traduisit du grec en latin) 4 On
ne lira pourtant pas alors l'Heptateuque ou le livre des Rois, parce qu'il ne
serait pas bon pour les esprits faibles d'entendre, à cette heure-là, cette
partie de Écriture On pourra la lire à d'autres moments. 5 Donc, en
période de jeûne, après le chant des Vêpres, suivi d'un court intervalle, les
frères se rendront promptement à la lecture dont nous avons parlé. 6
On lira quatre ou cinq feuillets, ou autant que l'heure le permettra, 7
tandis que tous s'empressent de rejoindre la réunion pendant la durée de cette
lecture, y compris ceux qui auraient été occupés à quelque obédience.
8 Tous étant ainsi assemblés, on récitera
Complies. Au sortir de cette Heure, il ne sera plus permis à personne de dire
quoi que ce soit. 9 Si quelqu'un viole cette règle du silence, il
sera puni rigoureusement ; 10 on excepte les cas urgents
d'hospitalité ou un ordre de l'abbé. 11 Mais, même en ces
circonstances, tout se fera avec une extrême gravité et une parfaite retenue.
Art. 124 A l'évidence, notre Ordre a de nombreux points communs avec les autres
Ordres monastiques, surtout l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance. C'est
pourquoi la collaboration avec eux est d'une grande importance dans ce qui est
commun, comme par exemple la promotion des recherches sur le patrimoine
monastique et cistercien, l'étude et l'approfondissement sur les questions
liturgiques, la solution des problèmes juridiques, la formation et
l'instruction des novices et des profès temporaires, la recherche des formes
adaptées de la vie communautaire, de l'organisation quotidienne ou de la
manière de gouverner.
En outre, il convient que nous priions les uns pour les autres, que
nous nous rendions avec empressement le secours de la charité, que nous communiquions
aux autres, de la meilleure manière possible, les nouvelles de l'Ordre, de la
Congrégation ou des monastères.
Art. 125 Notre Ordre, ses Congrégations et nos monastères avec
leurs membres, tant moines que moniales, ont été exemptés – bien qu'à des
degrés différents –de la juridiction des Ordinaires de lieu par les Pontifes
Romains, en vertu de la primauté de ces derniers sur l'Église universelle,
afin de mieux assurer la poursuite de la perfection monastique selon le
caractère propre de notre Ordre. Mais cette exemption n'empêche pas que nos monastères
soient soumis en certains points à la juridiction des Évêques, selon les
prescriptions du droit universel ou particulier, ni que nos monastères
collaborent étroitement, selon leur vocation propre, avec l'Église locale.
Nous voulons honorer toujours avec soumission et révérence le Souverain
Pontife et les Évêques comme successeurs des Apôtres, et les aider en vertu de
notre vocation, autant que nous le pouvons et selon notre devoir. Il est très
important que, dans les œuvres d'apostolat, il y ait une coopération organisée
avec les autorités ecclésiastiques, et même avec tout le clergé diocésain et
régulier, coopération qui est utilement affermie et encouragée dans les
synodes diocésains et autres réunions.
Ainsi travaillons-nous en faveur de cette communion ecclésiale qui doit
nous tenir tellement à cœur, et culmine dans la célébration de l'Eucharistie où
nous offrons quotidiennement nos prières pour les Autorités Ecclésiastiques et
tout le Peuple de Dieu.
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l'heure
de l'office divin, aussitôt le signal entendu, on quittera tout ce qu'on a dans
les mains, et l'on se hâtera d'accourir, 2 avec gravité néanmoins
afin de ne pas donner aliment à la dissipation. 3 On ne préfèrera
donc rien à l'Oeuvre de Dieu.
4 Si quelqu'un arrive aux Vigiles après le
Gloria du psaume quatre-vingt-quatorze – qui devra, pour ce motif, être récité
en traînant et lentement – il ne prendra point son rang au choeur, 5
mais la dernière place, ou se retirera à l'endroit que l'abbé aura désigné pour
les négligents de cette sorte, et d'où il puisse être vu par lui et par toute
la communauté. 6 Il y demeurera jusqu'à ce que, l'Oeuvre de Dieu
étant terminée, il fasse pénitence par une satisfaction publique. 7
Si nous avons jugé à propos de placer les retardataires au dernier rang ou à
l'écart, c'est afin que la honte qu'ils éprouveront d'être exposés au regard de
tous serve à les corriger. 8 Car s'ils demeuraient hors de
l'oratoire, il s'en pourrait trouver qui iraient se recoucher pour dormir ou
qui, assis dehors s'amuseraient à bavarder, donnant ainsi occasion au malin de
les tenter. 9 Il vaut donc mieux qu'ils entrent à l'oratoire ;
ainsi ils ne perdront pas tout, et ils auront des chances de se corriger.
10 Aux Heures du jour, celui qui arrivera à l'office
divin après le verset et le Gloria du premier psaume dit après le verset, se
tiendra au dernier rang, selon la règle que nous venons d'établir. 11
Il ne se permettra point de se joindre à la psalmodie chorale avant d'avoir
fait satisfaction, à moins que l'abbé ne lui en donne la permission, avec son
pardon. 12 Même dans ce cas, il devra encore réparer la faute
qu'il a commise.
13
A la table, celui qui n'arrivera pas avant le verset, de façon que les frères
puissent le réciter tous ensemble avec la prière et se mettre à table en même
temps : 14 si c'est par négligence ou par sa faute qu'il n'est
pas arrivé à temps, il sera repris jusqu'à deux fois. 15 Si ensuite
il ne s'amende pas, il ne pourra plus participer à la table commune, 16
mais il prendra son repas tout seul, séparé de la compagnie de ses frères et
privé de sa portion de vin, jusqu'à ce qu'il ait satisfait et qu'il se soit
corrigé. 17 On traitera de la même manière celui qui ne se
trouvera pas au verset qu'on dit après le repas.
18 Nul ne se permettra de manger ou de boire
quoi que ce soit, avant ou après l'heure fixée pour le repas. 19
S'il arrive que le supérieur offre quelque chose à un frère et que celui-ci ne
l'accepte pas, lorsqu'il viendra à désirer ce qu'il avait d'abord refusé ou
quelque autre chose, on ne lui accordera absolument rien jusqu'à ce qu'il ait
fait une satisfaction convenable.
Art. 88 Une certaine structure juridique et l'organisation de la vie par des
lois, comme nous l'avons vu, sont absolument nécessaires pour une communauté
monastique ; cependant, elles ne sont pas des fins en soi, mais seulement
des moyens de grande importance au service des fins de la vie monastique. La
loi est pour la vie, et non l'inverse ; les institutions et les prescriptions
légales doivent encourager et aider la vie des moines et de la communauté et la
poursuite de leurs fins propres, et non les empêcher ou les étouffer. La cause
de cette inquiétude et de cette "crise de l'autorité" qui se
manifestent partout aujourd'hui, non seulement dans la société civile, mais
même dans l'Église et les communautés religieuses, provient en grande partie de
ce que les lois et les formes institutionnelles répondent souvent
insuffisamment à l'état actuel des choses et aux justes exigences de la vie, et
apparaissent fréquemment aux personnes qui leur sont soumises comme désuètes,
étrangères ou déraisonnables. Il revient aux organes compétents de veiller à
ce que les lois et les institutions favorisent et soutiennent réellement la vie
actuelle de la communauté, au lieu d'empêcher son progrès à cause de leur
caractère démodé et inopportun.
Ainsi, ce que le Concile Vatican II nous a demandé, en décrétant que
nous examinions et révisions opportunément les Constitutions et méthodes de
gouvernement des monastères, des Congrégations et de l'Ordre, c'est de
supprimer les prescriptions dépassées.
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elui qui, pour faute grave, aura été
excommunié de l'oratoire et de la table commune, demeurera prosterné, devant la
porte de l'oratoire, pendant qu'on y célèbrera l'Oeuvre de Dieu, et ne dira
mot ; 2 mais il se tiendra le visage contre terre et le corps
étendu, aux pieds de tous ceux qui sortent de l'oratoire. 3 Il
continuera cette pratique jusqu'à ce que l'abbé juge la satisfaction
suffisante. 4 Et lorsque l'abbé le lui aura commandé, il viendra se
jeter à ses pieds et à ceux de tous les frères, afin qu'ils prient pour lui.
5 Alors, si l'abbé l'ordonne, il sera reçu au chœur et occupera le rang
que l'abbé aura déterminé. 6 Il ne lui sera cependant pas permis,
sans un nouvel ordre de l'abbé, ni d'entonner un psaume, ni de lire une leçon
ou quoi que ce soit. 7 De plus, à toutes les Heures, au moment où
s'achève l'Oeuvre de Dieu, il se prosternera à terre, à la place qu'il occupe,
8 et fera ainsi satisfaction jusqu'à ce que l'abbé lui ordonne de cesser.
9 Ceux qui, pour des fautes légères, sont
excommuniés seulement de la table, satisferont dans l'oratoire ; ils le
feront jusqu'à ce que l'abbé les en dispense, 10 en leur donnant sa
bénédiction, et en disant :"Cela suffit."
Art. 89 Pour que la structure du gouvernement et la législation puissent
réellement être au service des nécessités de la vie, on doit considérer ce qui
suit :
a) on ne
doit pas multiplier les lois à l'excès : on ne doit pas trop
restreindre la liberté d'action et les initiatives par des normes minutieuses.
Il faut seulement légiférer sur les matières qui exigent une uniformité d'action
ou la coordination des efforts dans la poursuite du but commun. Le reste doit
être laissé à la responsabilité des supérieurs et des officiers, et à la
décision libre et responsable des frères/sœurs.
b) on doit
adapter continuellement les lois aux conditions de vie. Comme les
conditions de vie, les exigences et les activités changent constamment, et
qu'à notre époque ces changements sont particulièrement profonds et rapides,
de même les moyens de l'organisation de la vie, c’est-à-dire les lois et
institutions juridiques, doivent être révisés et réformés fréquemment. Les
moyens et les institutions qui, à une autre époque, apparaissaient utiles et
même excellentes, peuvent, lorsque les circonstances ont changé avec le temps,
perdre de leur vigueur et de leur utilité, et même nuire au progrès de la vie.
Les intentions et prescriptions des fondateurs eux-mêmes, pour ce qui se réfère
à l'organisation de la vie monastique et aux structures juridiques, ne sont
pas, encore qu'il faille les tenir en grande estime, des normes intangibles et
perpétuellement valables, car elles dépendent évidemment des circonstances
transitoires de leur temps. Il faut donc examiner prudemment si et dans quelle
mesure elles répondent aux nouvelles exigences de la vie.
Une telle révision des lois et normes de vie ne doit pas être retardée
trop longtemps, au point que les règles trop rigides ou vieillies détruisent la
vitalité des communautés ou occasionnent des tensions dangereuses entre les
frères. Il faut aussi que, dans ces mêmes Constitutions et Statuts locaux, soient
inclus les motifs légitimes pour lesquels les communautés respectives puissent
demander et effectuer la révision et la modification des lois.
c) Continuité
de la loi : la tradition doit être prise en compte. La vie,
quoique variée et changeante, présente cependant une admirable continuité et
stabilité. Nous devons donc, dans l'organisation de notre vie, faire attention
à ne pas repousser toute la tradition cistercienne dont nous avons déjà parlé,
et à ne pas interrompre ainsi brutalement la continuité de la vie monastique.
Tout comme il est funeste de conserver des formes d'organisation dépassées et
des lois inadéquates, de même il est dangereux de nous séparer brutalement des
valeurs de notre tradition et, au nom de l'adaptation, de délaisser les
éléments fondamentaux de notre vie. Il est donc nécessaire que, dans la
révision des structures juridiques et dans la nouvelle législation, nous
prenions exemple des expériences des siècles passés, et que nous conservions la
continuité naturelle et l'harmonie avec la tradition. Cependant, il faut éviter
que la fidélité envers la tradition ne nous porte à l'immobilisme ou à une
fausse sécurité, et ne nous rende aveugles aux nouvelles exigences de la vie
dans l'Église ou dans la société de notre temps.
d) Les lois et
autres règles ne seront utiles pour la vie que si elles prescrivent une
norme d'action judicieuse et réalisable. Car si elles déterminent des
choses très difficiles et étrangères à l'homme d'aujourd'hui, elles engagent à
ne pas tenir compte des lois, et si elles imposent des fardeaux
insupportables, elles rendent amers les hommes les mieux disposés. Que la loi
soit donc simple et claire, pour pas ne perturber le cours normal de la vie par
son excessive complexité et ambiguïté. Qu'elle tienne toujours compte de la
réalité de nos monastères et de nos membres, et n'établisse rien d'absolument
étranger et éloigné de leur genre de vie, sans pour autant approuver les
imperfections et les défauts existants. Qu'elle soit modérée, montrant d'une
manière positive le chemin du bien plutôt que dissuadant d'une manière
négative, afin que les moines de bonne volonté l'accomplissent de bon gré.
Cette même considération nous fait comprendre que parfois la norme d'action ne
peut pas être déterminée par des lois et prescriptions édictées avec rigueur,
mais bien mieux par des directives plus souples qui indiquent les nombreuses
possibilités d'action.
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orsque quelqu'un se trompe en récitant un
psaume, un répons, une antienne ou une leçon, s'il ne s'en humilie point sur
place, devant tout le monde, en faisant satisfaction, il sera soumis à une
correction plus sévère : 2 c'est qu'en effet il n'a pas voulu
corriger par un acte d'humilité la faute qu'il a commise par sa négligence.
3 Les enfants, pour ces sortes de fautes, seront battus de verges.
Art. 90 Les conditions de la vie moderne, ainsi que le Concile Vatican II,
exigent que tous les membres prennent part en quelque manière à la préparation
des lois et à l'élaboration des décisions qui affectent la communauté. Car les
membres de la communauté se sentent, non sans raison, étrangers aux normes de
vie et aux dispositions prises, si tout est décidé au jugement des supérieurs
ou d'un petit nombre de conseillers. Il est clair que cette participation de
tous doit se faire de diverses manières et à divers degrés (consultation
préalable des personnes et des communautés ; vote du Chapitre
conventuel ; choix des officiers et des délégués ; droit de faire des
propositions ; etc.), mais il est absolument nécessaire que, partout et à
tous les niveaux de la structure de l'Ordre, on institue des formes adaptées
d'une participation réelle et active.
Chapitre
46 : CEUX QUI FONT DES FAUTES EN QUELQUE AUTRE CHOSE|
L |
orsqu'un moine dans un travail quelconque à la
cuisine, au cellier, dans un service, à la boulangerie, au jardin, dans
l'exercice d'un métier, ou en quelque lieu que ce soit, fait une faute, 2
brise ou perd quelque chose, ou commet un autre délit, 3 il ira
aussitôt s'en accuser spontanément devant l'abbé et la communauté. (Cette
pratique a donné naissance au "chapitre des coulpes") S'il ne le
fait pas 4 et que son
manquement soit connu par un autre, il subira une peine plus sévère. 5
Mais s'il s'agit d'un péché secret de l'âme, il le manifestera seulement à son
abbé ou aux pères spirituels, (Ces pères spirituels étaient des anciens que
leur âge, leur expérience, leurs connaissances avaient rendus experts dans la
voie spirituelle) 6 qui sachent guérir et leurs propres plaies
et celles des autres sans les découvrir ni les divulguer.
Art. 91 Tandis que les lois et autres normes écrites règlent les aspects plus
généraux et permanents de la vie monastique, l'organisation concrète de la vie
quotidienne et les décisions particulières relèvent en de nombreux points de
l'autorité personnelle des supérieurs et des officiers. A notre époque, l'exercice
de cette autorité est devenu certainement
plus difficile et plus compliqué qu'autrefois, autant du fait des
nouvelles circonstances des temps qu'à cause du changement de l'attitude de
l'homme moderne envers l'autorité.
D'une part en effet, à cause de la transformation et de l'évolution
très rapide des choses difficiles à prévoir et impossibles à régir avec des
lois générales, beaucoup d'affaires réclament une décision personnelle et
rapide des supérieurs, et cela dans des matières assez complexes et qui
requièrent souvent une compétence technique. D'autre part, les hommes
d'aujourd'hui respectent moins la fonction même du supérieur, mais ils exigent
souvent de sa part des qualités et perfections humaines très élevées, et jugent
ouvertement et sévèrement ses erreurs et ses déficiences ; ils veulent
connaître clairement les raisons d'un ordre, et ne sont pas disposés facilement
à l'obéissance si la chose commandée va contre leur jugement personnel ou leurs
convenances.
Bien que la fonction de ceux qui exercent l'autorité dans la communauté
soit vraiment ardue, ce n'est toutefois pas un labeur accepté en vain ;
bien plus, s'ils élaborent des formes et méthodes plus adaptées pour gouverner,
cette fonction peut être beaucoup plus efficace qu'autrefois : en effet,
les moines de notre époque sont beaucoup plus disposés à une collaboration
sincère et active, à partager avec les supérieurs le soin et le souci du bien
commun, et sont même mieux préparés à une telle participation.
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a charge d'annoncer l'heure de l'Oeuvre de
Dieu, aussi bien le jour que la nuit, incombe à l'abbé. Il l'exercera lui-même,
ou la confiera à un frère si ponctuel que l'office se fasse toujours aux heures
prescrites. (Avec les moyens rudimentaires dont on disposait alors, il
n'était pas facile de compter les heures, d'autant que la longueur de celles-ci
variait d'un jour à l'autre)
2 Ceux qui en auront reçu l'ordre, entonneront
psaumes et antiennes, à leur rang, après l'abbé. 3 Personne n'aura
la présomption de chanter ou de lire s'il ne peut s'acquitter de cette fonction
de manière à édifier les assistants. 4 Celui qui en aura reçu
l'ordre de l'abbé le fera avec humilité, gravité et profond respect.
Art. 92 Cette nouvelle manière d'exercer l'autorité suppose :
a) que les
supérieurs tiennent les moines au courant des affaires du monastère et de
l'Ordre, qu'ils leur exposent sincèrement et ouvertement les difficultés et
problèmes, et cherchent à connaître leurs avis et suggestions ;
b) qu'ils ne
craignent pas la critique ou la censure avisées, et ne refusent pas
d'accomplir les amendements nécessaires ;
c) que,
conscients de la complexité et de la multiplicité de leurs tâches et estimant
ne pas pouvoir tout faire par eux-mêmes, les supérieurs partagent leurs charges
et leurs fonctions avec des moines compétents, et même qu'ils tirent profit de
l'expérience de ces derniers.
d) qu'ils
concèdent une ample liberté d'action à chaque frère, surtout aux officiers et
à ceux qui sont chargés d'une tâche spéciale, et respectent leur compétence
dans la charge qui leur est confiée ; mais en même temps, qu'ils ne
négligent pas de demander une relation détaillée de ce dont ces frères ont soin
et de l'exécution des choses commandées.
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'oisiveté est ennemie de l'âme. Les frères doivent donc consacrer
certaines heures au travail des mains et d'autres à la lecture des choses
divines.
2 C'est pourquoi nous croyons pouvoir régler
l'une et l'autre de ces occupations de la manière suivante : 3
De Pâques au 13 septembre, les frères sortiront dès le matin pour s'employer
aux travaux nécessaires, depuis la première heure du jour jusqu'à la quatrième
environ ; 4 depuis la quatrième jusqu'à la sixième, ils
s'adonneront à la lecture. 5 Après la sixième heure, leur dîner
fini, ils se reposeront sur leur lit dans un parfait silence. Si quelqu'un veut
lire, il pourra le faire tout bas de façon à n'incommoder personne. (Les
anciens avaient coutume de lire, même en privé, à voix haute ou modérée)
6 On dira None plus tôt qu'à l'ordinaire, environ à la huitième heure et
demie. Après quoi, ils se mettront de nouveau à l'ouvrage jusqu'aux Vêpres.
7 Si les frères se trouvent obligés, par la nécessité ou la pauvreté, à
travailler eux-mêmes aux récoltes, ils ne s'en affligeront point ; 8
c'est alors qu'ils seront vraiment moines, lorsqu'ils vivront du travail de
leurs mains, à l'exemple de nos pères et
des Apôtres. 9 Que tout néanmoins se fasse avec modération, par
égard pour les faibles.
Art. 34 De nos jours, en théologie également on reconnaît mieux la valeur
positive qu'ont pour toute la vie humaine les choses créées, le travail et le
progrès humain, et l'on perçoit aussi mieux leur importance dans l'économie du
salut. A cause de cela, il faut que s'accroisse en nous le sens de la responsabilité,
pour que, unis à toute la communauté humaine, nous nous préoccupions aussi des
valeurs terrestres. Nous reconnaissons en effet que nous devons participer à
la tâche de promouvoir ce progrès par lequel la création entière est de plus en
plus soumise au pouvoir de l'homme, en respectant cependant la dignité propre
donnée aux créatures par le Dieu Créateur, et par lequel toute la société prend
part, de manière juste et équitable, aux fruits de son travail. Car c'est seulement
par ce travail réalisé avec sérieux que s'accomplissent la sanctification de
toutes choses dans le Christ et le retour de toute créature au Créateur.
Art. 69 Comme tous les hommes, nous aussi sommes soumis à la
loi commune du travail sérieux, afin de collaborer par notre travail à rendre
ce monde toujours meilleur et à achever les desseins de Dieu sur lui,
réalisant ainsi également notre vocation. De fait, il est faux d'affirmer que
la perfection de l'âme et les occupations de la vie présente s'opposent, alors
qu'au contraire elles peuvent très bien s'harmoniser. Il n'est nécessaire à
personne de s'écarter des activités de la vie mortelle pour tendre à la
perfection chrétienne, car ces activités dûment accomplies non seulement ne
mettent pas en danger la dignité de l'homme et du chrétien, mais la
perfectionnent.
Pour cette raison, notre travail n'est pas simplement un remède à
l'oisiveté ou une quelconque "occupation" uniquement pour remplir le
temps, mais il est une part constitutive de notre effort pour acquérir la
perfection chrétienne. En même temps, il est un service fraternel en faveur de
la communauté monastique et des hommes qui vivent dans le monde, surtout si
nous accomplissons notre travail avec compétence et un réel sens de la responsabilité.
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partir du 13 septembre jusqu'au
commencement du Carême, les frères vaqueront à la lecture jusqu'à la fin de la
deuxième heure ; 11 puis on dira Tierce. Ensuite, ils
travailleront jusqu'à la neuvième heure à l'ouvrage qui leur aura été enjoint.
12 Au premier coup de None, ils quitteront tous leur travail de façon à
être prêts quand le second coup sonnera. 13 Après le repas, ils
s'appliqueront à leurs lectures ou à l'étude des psaumes.
Art. 70 La valeur du travail dépendant aussi de la rigueur dans son exécution,
c'est une des obligations essentielles des Supérieurs d'assurer à leurs collaborateurs,
soit clercs, soit laïcs, une préparation soigneuse, même technique si
nécessaire, de sorte qu'ils puissent réaliser le mieux possible leurs travaux,
en considérant qu'à notre époque de spécialisation et dans les circonstances
actuelles, la bonne volonté et le don de soi ne suffisent pas.
Les principaux travaux que nous accomplissons dans les différentes Congrégations et dans nos monastères sont les suivants (l'ordre de l'énumération ne signifie pas en soi l'ordre de préférence ou d'importance) : éducation de la jeunesse, ministère pastoral, travail manuel, travail scientifique, hospitalité.
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urant tout le Carême, ils s'appliqueront à la lecture depuis le matin
jusqu'à la fin de la troisième heure ; ils feront ensuite jusqu'à la
dixième heure entière le travail qui leur a été enjoint. 15 En ces
jours de Carême, chacun recevra un livre tiré de la bibliothèque, qu'il lira à
la suite et en entier. (Le mot bibliotheca a eu le sens de Sainte Écriture
Bien qu'on ne puisse pas exclure ici cette signification, il semble qu'on doive
cependant s'en tenir au sens ordinaire et commun de bibliothèque) 16
Ces livres seront distribués au début du Carême. 17 On ne manquera
pas de nommer un ou deux anciens, qui parcourent le monastère aux heures
consacrées à la lecture. 18 Ils examineront s'il ne se trouve pas
quelque moine paresseux, perdant son temps à l'oisiveté ou au bavardage, au
lieu de s'appliquer à la lecture, et qui ainsi, non seulement se nuit à
lui-même, mais dissipe les autres. 19 Si, à Dieu ne plaise ! un
frère est surpris en cette faute, on le reprendra jusqu'à deux fois. 20
S'il ne s'amende point, on le soumettra à la correction régulière, de façon à
inspirer de la crainte aux autres. 21 Un moine ne se joindra pas à
un autre aux heures indues.
22 Le dimanche, tous vaqueront à la lecture,
excepté ceux qui sont employés à divers offices. 23 Si toutefois quelqu'un
était si négligent et paresseux qu'il ne voulût ou ne pût ni méditer ni lire,
on l'appliquera à quelque travail, afin qu'il ne demeure pas oisif. 24
Quant aux frères malades ou délicats, on leur donnera tel ouvrage ou métier qui
les garde de l'oisiveté, sans les accabler ni les porter à s'esquiver. 25
L'abbé doit avoir leur faiblesse en considération.
Art. 73 Le travail manuel doit être considéré par nous non seulement comme un
élément très utile et fréquemment nécessaire pour la vie commune, mais encore
comme un signe de solidarité avec tous les hommes, principalement avec les
pauvres, qui par l'humble travail quotidien se procurent le nécessaire pour
leur vie et celle des leurs. Il est aussi un instrument efficace d'abnégation
de soi et de participation à la croix du Seigneur, et également un instrument
de service du prochain, spécialement des frères dans le monastère. En raison de
cela, que jamais il ne soit considéré comme une simple occupation indifférente
pour la vie spirituelle, mais qu'il soit exercé d'une manière compétente et
efficace comme un instrument de charité.
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a vie d'un moine devrait être, en tout temps,
aussi observante que durant le Carême. 2 Mais, comme il en est peu
qui possèdent cette perfection, nous exhortons tous les frères à vivre en toute
pureté pendant le Carême, 3 et à effacer, en ces jours sacrés,
toutes les négligences des autres temps. 4 Nous le ferons dignement,
si nous nous préservons alors de tous les vices, si nous appliquons à la prière
avec larmes, à la lecture, à la componction du cœur et au renoncement. 5
En ces jours donc, ajoutons quelque chose à la tâche accoutumée de notre
service : oraisons particulières, restriction dans les aliments et la
boisson. 6 Chacun offrira de sa propre volonté à Dieu, dans la joie
du Saint-Esprit, quelque pratique surérogatoire ; (allusion 1Th
1,6) 7 il retranchera à son corps sur la nourriture,
la boisson, le sommeil, les entretiens ; et il attendra la sainte Pâque
avec la joie du désir spirituel. 8 Chacun cependant soumettra à son
abbé ce qu'il se propose d'offrir à Dieu et n'agira qu'avec sa prière et son
approbation : 9 car tout ce qui se fait sans la permission
du père spirituel sera imputé à présomption et à vaine gloire, non à mérite.
10 Partant, tout doit se faire avec l'assentiment de l'abbé.
Art. 30 L'histoire de neuf siècles a laissé des traces profondes dans notre
Ordre, qui a toujours été membre de l'Église et du monde, et a constamment pris
part à leurs transformations et crises. Aujourd'hui aussi, les mouvements,
aspirations, convictions et angoisses de notre temps sont vivement ressentis
dans l'Ordre, et déterminent pour une grande part le travail de rénovation.
Il serait trop long d'exposer ici, même de façon sommaire, les
mouvements principaux de l'Église et du monde actuel. D'ailleurs, nous les
trouvons en grande partie décrits dans les documents de Vatican II et les
documents postérieurs de l'Église, qui examinent de nombreux problèmes de
l'Église dans le monde contemporain. Ainsi, nous désirons seulement exposer
quelques unes des principales préoccupations de la vie religieuse moderne, et
nous les appliquer.
Art. 31 Dans les dernières décennies, la théologie catholique
s'est profondément renouvelée, et se trouve encore dans une période de
développement rapide. Le mouvement biblique scrute l'Écriture par des méthodes
nouvelles ; le mouvement patristique ouvre des trésors jusque là ignorés
de la tradition théologique et du patrimoine Cistercien ; le mouvement
liturgique éclaire d'une lumière nouvelle la vie sacramentelle et la vie de
prière de l'Église. L'anthropologie théologique, l'ecclésiologie, la théologie
de la vie religieuse, pour ne citer que quelques champs dans lesquels on travaille
intensément, offrent dans de nombreux domaines un nouvel aspect et une
compréhension nouvelle de la vie de Dieu en nous. Les
éléments principaux de la vie cistercienne aujourd'hui, et notre rénovation
adaptée, doivent être ordonnés selon les perspectives approuvées de cette
théologie contemporaine, qui a déjà porté des fruits si abondants au Concile
Vatican II.