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ORDO CISTERCIENSIS ABBAS GENERALIS |
19.08.2006: 225534
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AUX
INFIRMIERS Mes chers Frères et Sœurs, Le 3 février, j'ai visité les moniales de Porta Coeli pour la deuxième fois: depuis le mois d'octobre. Cette fois-ci, le monastère se trouvait sous une épaisse couverture de neige et il faisait très froid. I1 y avait juste un mois depuis la nomination de la nouvelle Prieure administratrice. J'ai fait cette visite en compagnie du Procureur général, afin que, lui aussi, connaisse la Communauté et le monastère, en cette nouvelle ère politique du peuple tchèque; d'autant plus que nous devrons collaborer pour la reconstruction de la Communauté de Porta Coeli et de la Congrégation du Cœur Très Pur de Marie. Nous avons pu nous rendre compte de la situation très difficile de la Communauté, tant au point de vue des personnes qu'en ce qui concerne les moyens sanitaires. Nous devons considérer cette réalité, sans toutefois tomber dans le pessimisme. Si les moniales de Porta Coeli ont dû être des femmes fortes pour faire face à leur sort si difficile, cette même force doit maintenant remplir les jeunes Sœurs, afin qu'elles puissent montrer une nouvelle présence de la vie monastique féminine dans l'Église tchèque, tout en s'occupant avec sollicitude des Sœurs âgées et malades qui les avaient précédées et qui vivent presque toutes leur dernière étape de vie. La situation de cette Communauté me rappelle celle de la Communauté de Casbas en Espagne qui a traversé des difficultés semblables. Celle-ci refleurit actuellement. Les moniales anciennes et malades sont soignées par leurs jeunes Sœurs. Et ces anciennes peuvent mourir en paix, tandis que leurs cadettes transmettent à l'avenir leur vie et leur prière. Le travail qui occupe presque entièrement le temps des jeunes Sœurs de Porta Coeli est le même, jour après jour : soigner leurs Sœurs anciennes et malades. Alors, ces jeunes Sœurs nous ont demandé si, de cette manière, elles vivaient encore selon la Règle de saint Benoît selon laquelle elles avaient fait profession. Voici notre réponse : Il est vrai que nous avons fait notre profession monastique selon la Règle de saint Benoît. Au chapitre 36 de cette Règle, se trouve toutefois l'ordonnance de notre saint Père concernant les frères malades. I1 y est dit expressément : "On prendra soin des malades avant tout et par-dessus tout, les soignant comme s'ils étaient le Christ en personne, puisqu'il a dit : 'J'ai été malade et vous m'avez visité' et 'Ce que vous avez fait à l'un de ces tout-petits, c'est à moi que vous l'avez fait' " (RB 36,1). Rarement, saint Benoît emploie des paroles aussi fortes et insistantes qu'en ce chapitre-ci. Et voilà que les moniales de Porta Coeli qui, jour et nuit, sont prêtes â obéir à cette parole, portant en plus le poids de tous les travaux domestiques, se demandent encore si elles suivent la Règle de saint Benoît! Leur question m'a incité, en ces jours de carême, à écrire une lettre à tous les malades, infirmiers et infirmières des monastères de notre Ordre, à l'instar de ma lettre à tous les novices durant l'Avent. Si par "observance de la Règle" nous entendons deux rangées de Sœurs aussi longues et bien ordonnées que possible, comme "une armée rangée en bataille", les mains dissimulées sous le scapulaire ou dans les manches de coule, qui avancent vers le chœur ou qui tiennent leur livre de prière à la main, s'inclinent ensemble face à l'autel, et finalement commencent cérémonieusement l'Opus Dei, puis passent leur journée de manière semblable, alors nous devrions dire que tout cela n'existe pas à Porta Coeli et que, par conséquent, il n'y aurait pas de vie monastique dans ce monastère. Cependant, si nous relisons le chapitre 36 de la sainte Règle, il existe bel et bien à Porta Coeli ce à quoi le Christ a promis le salut : les oeuvres de miséricorde: " Ce que vous avez fait à ces tout-petits, c'est à moi que vous l'avez fait." Je ne voudrais nullement prétendre que des situations analogues ne se trouvent pas dans de plus grandes communautés. Là aussi, il y a un ou plusieurs membres de la communauté chargés de cette tâche et qui l'accomplissent avec beaucoup de soin et de compétence. Je voudrais m'adresser aussi à ces Sœurs et à ces frères; la question des moniales de Porta Coeli concernant l'observance de la Règle, m'ayant incité à. écrire cette lettre. Je ne sais pas si nous sommes en mesure d'estimer de façon juste le travail des Sœurs et des frères qui, durant des années, sont responsables de l'état de santé de la communauté et qui doivent supporter les faiblesses physiques et psychiques des malades. Tous, nous sommes heureux d'avoir des collaborateurs et des aides, et pour notre travail, nous aimons entendre à l'occasion des paroles encourageantes de reconnaissance qui nous prouvent que notre peine est appréciée par la communauté. De nos jours, dans tant de familles, les vieillards et les malades sont considérés comme un poids, et les médias nous fournissent sans cesse de tristes informations sur la façon désolante dont les personnes âgées et malades sont traitées dans leurs familles, dans les homes et les hôpitaux; bien souvent la seule alternative est celle de l'abandon ou de l'euthanasie. Face à cela, nous sommes émus de voir comment dans nos monastères des frères et des Sœurs lavent et habillent leurs confrères et leurs consœurs et les aident à manger, et ceci durant des années. Ils donnent ainsi leur vie pour les autres dans ce service caché, car ils usent leurs propres forces dans ces humbles services rendus aux malades. C'est pourquoi il faudrait que, dans les infirmeries de nos monastères, il y ait tous les moyens aptes à alléger ces services et à éviter l'usure inutile des forces physiques et psychiques des infirmiers et des infirmières. Ceux parmi nous qui ont quelqu'expérience de collaboration avec les infirmiers et les infirmières – ne fût-ce qu'en portant les repas à des malades – savent bien que nous ne pouvons guère estimer à sa juste valeur leur activité de soignants, et qu'il n'y a nulle exagération à attribuer un très haut prix au don de soi qu'ils investissent dans leur service. Nous devrions estimer grandement leur travail et considérer avec une immense gratitude que ce sont eux qui, au nom de la communauté, accomplissent ce précepte de la Règle: "Avant tout et par-dessus tout...."(RB 36,1). Et que vais-je dire aux malades ? Nous devons avant tout rester conscients qu'il y a deux formes de maladies : c'est à dire celles du corps et celles de l'âme, que St.Benoît nous met sous les yeux au chapitre 72 de la Règle : "Ils supporteront avec une extrême patience les infirmités d'autrui, tant celles du corps que celles de l'esprit". Nous devons également être conscients que nous pouvons, nous aussi, être atteints de maladies de l'une et l'autre sorte. Nous tous, nous sommes à la fois malades et soignants, nous le sommes chacun à l'égard de l'autre. Qu'un infirmier soit pour les malades "un serviteur craignant Dieu, diligent et soigneux" dit encore la Règle (RB 36,7). A vous tous, frères et Sœurs âgés et malades, nous devons dire merci, parce que vous donnez votre vie pour les frères et Sœurs de l'Ordre. Le Seigneur lui-même sera votre vie pour le don de vous-mêmes dans votre vie consacrée. Vous avez fait ce que vous pouviez, aussi longtemps que vous jouissiez vous-mêmes de la santé. Nous ne voulons pas parler aujourd'hui des limites physiques et morales qui vous sont imposées. Dieu voit votre bonne volonté, et la communauté ne saurait juger de votre vécu intérieur. Votre monastère est justement tel qu'il est, parce que vous y avez vécu fidèlement selon votre vocation, et si la continuité de la vie monastique s'y est maintenue jusqu'à aujourd'hui, c'est parce que vous y avez persévéré dans la fidélité et qu'ainsi vous avez aplani la voie pour nous autres, afin que nous aussi, nous puissions y persévérer. C'est pourquoi nous nous préoccupons de vous avec grande gratitude, et nous vous prions, qu'arrivés à l'heure de la vieillesse et de la maladie, vous vous unissiez sur votre lit de douleurs aux souffrances du Christ et offriez les vôtres pour nous tous qui sommes encore en chemin et exposés à beaucoup de dangers. N'offrez et ne priez pas seulement pour vous-mêmes, mais pour l'Église entière et pour tous les hommes. Peut-être ne pouvez-vous même plus réciter le bréviaire, ni même répéter une oraison jaculatoire, parce que vos douleurs ne le permettent pas. Mais c'est alors justement qu'en supportant dans la patience vos souffrances du corps et de l'âme vous avez part aux souffrances du Christ qui vous conduit à la vie éternelle pour vous donner part à sa gloire. Je ne voudrais pas vous quitter avec ces paroles quasi comme avec une belle formule finale chargée d'émotion. Je voudrais bien plutôt vous montrer que je pense à vous, et puisque je ne peux pas être physiquement proche de chacun de vous, je désire au moins vous rejoindre par cette lettre. Et par là, je voudrais en même temps faire un acte d'amour et de réparation, parce que, dans mon propre monastère parfois, quand l'esprit et les mains étaient totalement accaparés par le travail, je n'ai pas visité chaque jour les frères âgés et infirmes. Le travail n'est pas une raison pour ne pas aller voir les malades, et le fait qu'ils ont un infirmier pour s'occuper d'eux et qui remplace la communauté auprès d'eux n'est pas une excuse. Autrefois, il y avait une prescription comme quoi il n'était pas permis de visiter les malades avant le 3e jour de leur maladie, et alors seulement avec l'assentiment de l'infirmier, et il n'était pas permis à tous de pénétrer dans les cellules des malades; car il existe diverses manières d'attirer l'attention des autres sur nous, même par des maladies. Et les prescriptions anciennes – bien qu'elles n'émanaient pas de docteurs en psychologie – étaient pourtant le fruit de l'expérience des moines. Mais là il s'agit d'autre chose que des longues maladies normales. Cette lettre découle de ma nouvelle expérience de ma propre vie monastique et je voudrais, en ce carême, tant que nous en avons le temps, vous témoigner à tous : malades et bien-portants, frères et Sœurs, ma grande gratitude envers les malades et ceux qui les soignent. Prions pour les Sœurs de Porta Coeli, qu'elles puissent jouir d'une santé du corps et de l'esprit ainsi que d'une âme forte, et qu'elles ne se découragent pas dans leurs efforts d'imitation du Christ : "J'étais malade et vous m'avez visité" et "Ce que vous avez fait à l'un de ces plus petits des miens, c'est à moi que vous l'avez fait" (RB 36,1). Quant aux infirmiers, qu'ils ne s'arrêtent pas trop aux paroles suivantes de la Règle, c'est à dire: "Que les malades, de leur côté, considèrent qu'on les sert pour l'honneur de Dieu et qu'ils n'attristent pas par des exigences abusives ceux qui les servent" (R836,4). Ceci est exact, mais il vaut mieux considérer la seconde partie: "Il faudra cependant les supporter avec patience, car c'est auprès de tels malades qu'on obtient une plus grande récompense" (RB 36,5). Affectueusement et avec gratitude votre fr.Maur Esteva Abbé Général O.Cist. |
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